identité de banksy révélée

Banksy (enfin) démasqué ? Reuters lève le voile sur la plus grande énigme du Street Art

Image d'avatar de Erwan ManchecErwan Manchec- Le 16 mars 2026

Un an d’enquête, des archives exhumées à New York, un village ukrainien bombardé et une date de naissance qui revient une fois de trop. Reuters estime avoir réuni les éléments les plus solides jamais publiés pour identifier Banksy, un nom qui revient depuis des années, celui de Robin Gunningham.

Le 13 mars 2026, Reuters publie ce qui restera probablement comme l’une des enquêtes journalistiques les plus attendues de la décennie dans le monde de l’art. Plus de 7 000 mots, un an de travail, des journalistes déployés entre Bristol, New York, Londres et les faubourgs de Kiev. La conclusion est posée sans trembler : Banksy s’appelle Robin Gunningham. Il est né à Bristol en 1973. Et il s’appelle désormais David Jones.

On a tous eu nos théories. On vous avait même, en 2020, parlé de Neil Buchanan — l’animateur d’Art Attack — qui avait défrayé la chronique sur Twitter à coups de coïncidences géographiques avec son groupe de heavy metal Marseille. C’était drôle, un peu fou, parfaitement inutile. La vérité, elle, est beaucoup plus sobre.

Bristol, Ukraine, New York — les trois preuves

Tout commence fin octobre 2022, dans le village de Horenka, à une vingtaine de kilomètres de Kiev. Une ambulance s’arrête devant un immeuble d’habitation éventré par les bombes russes. Trois hommes en sortent. Deux sont masqués, chargent des pochoirs en carton. Le troisième est facilement identifiable : il n’a pas de masque, un seul bras, deux prothèses. C’est Giles Duley, photographe documentaire ayant perdu ses membres sur une mine en Afghanistan, dont la fondation achemine des ambulances aux ONG ukrainiennes. Banksy confirme quelques jours plus tard sur Instagram l’authenticité de sept fresques dispersées à travers le pays.

Reuters envoie des journalistes sur place. Une habitante de Horenka, Tetiana Reznychenko, explique avoir préparé du café pour deux hommes qui peignaient la fresque, et les avoir vus à visage découvert. Confrontée à une sélection de portraits, sa réaction face à l’une des photos devient un élément central du dossier.

Vient ensuite le coup de filet : les archives d’immigration ukrainiennes. Le 28 octobre 2022, le jour où Giles Duley et Robert Del Naja — le frontman de Massive Attack — entrent en Ukraine, un certain “David Jones” franchit la même frontière. Avec la même date de naissance que Robin Gunningham. David Jones est l’un des noms les plus portés au Royaume-Uni. C’est aussi, ironie impeccable, le vrai nom de David Bowie — un autre artiste qui avait compris que l’alter ego pouvait devenir plus grand que l’homme.

Et puis il y a New York, septembre 2000. Banksy est arrêté à 4h20 du matin sur le toit du 675 Hudson Street, en train de taguer un panneau publicitaire Marc Jacobs. Les dégâts dépassent 1 500 dollars, ce qui en fait un délit. Dans les archives du tribunal de Manhattan, Reuters exhume une confession manuscrite, signée de la main de l’artiste. Le nom qui y figure : Robin Gunningham.

Del Naja : un ami mais pas l’auteur

Il était bien en Ukraine au même moment, sans doute impliqué dans le voyage — mais Reuters le présente comme un proche, pas comme l’auteur. Un collaborateur de longue date, présent dans l’ombre depuis les années Bristol underground, peut-être le “he can actually draw” auquel Banksy a fait référence un jour. En 2017, le producteur Goldie avait failli vendre la mèche en l’appelant “Rob” dans un podcast. La piste menait au bon endroit, juste au mauvais homme.

L’effacement de Robin Gunningham

En 2008, le Mail on Sunday avait déjà nommé Gunningham. L’article avait fait du bruit. Puis le silence. Selon Steve Lazarides, l’ancien manager de Banksy, c’est lui qui avait tout organisé : un changement de nom légal, discret, efficace. “Il n’y a pas de Robin Gunningham”, dit-il à Reuters. “Ce nom, je l’ai tué il y a des années.” Il précise ne pas confirmer que Gunningham est Banksy — mais ne le nie pas non plus. “C’est juste un autre nom.”

La réponse de l’avocat

L’avocat historique de l’artiste, Mark Stephens, a répondu à Reuters avant publication : son client “ne reconnaît pas l’exactitude de nombreux éléments de votre enquête”, et publier ces informations “violerait sa vie privée, interférerait avec son travail et le mettrait en danger”. Il rappelle que l’anonymat, pour Banksy, n’est pas une coquetterie — c’est une protection, artistique et physique, contre des comportements “menaçants et extrémistes” dont il aurait été victime.

Reuters a quand même publié, arguant que quelqu’un dont l’influence sur le discours politique et culturel mondial est aussi massive ne peut pas s’exonérer indéfiniment de toute transparence. La fresque de la Royal Courts of Justice — un juge frappant à coups de marteau un manifestant désarmé, en réaction à la criminalisation des soutiens à la Palestine — est citée en exemple. Quand on parle à ce point aux sociétés, on devient un sujet d’intérêt public.

Ce que ça change

Officiellement : rien. Banksy n’a pas répondu. Ses œuvres valent ce qu’elles valaient. Love is in the Bin — l’ex-Girl with Balloon auto-déchiquetée chez Sotheby’s — a été vendue 25 millions de dollars en 2021. Le marché ne se soucie pas d’un prénom.

Ce qui change, peut-être, c’est la nature du jeu. L’anonymat de Banksy a toujours été une œuvre en soi — une performance durable, un pochoir appliqué sur sa propre existence. Ce que Reuters vient de faire, c’est coller une signature sur ce pochoir. Robin Gunningham. David Jones. L’homme derrière le sweat à capuche.

Est-ce que ça réduit quelque chose ? Probablement pas. Les murs de Bristol, de Bethléem, de Horenka sont toujours là. Les questions qu’ils posent aussi.

Pour lire l’enquête de Reuters, qui est probablement la tentative de démasquage la plus sérieuse jamais publiée sur Banksy, c’est par ici.

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Erwan Manchec
Article écrit par :
Fondateur de Beware! (Magazine), ex photographe, actuellement CEO de Heave Studio agence de création de site Wordpress & Woocommerce.

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