Etienne Robial

Etienne Robial, une précision chirurgicale au service de l’art typographique

Image d'avatar de Thomas DagnasThomas Dagnas - Le 30 janvier 2024

Consacré par le Musée des Arts Décoratifs de Paris dans le cadre d’une exposition intitulée ÉTIENNE + ROBIAL. GRAPHISME & COLLECTION, DE FUTUROPOLIS À CANAL+, le créateur français Étienne Robial dispose enfin d’une rétrospective digne de son nom et de son impact sur le paysage culturel français.

Etienne Robial visitant son exposition au Musée des Arts Décoratifs à Paris
© Musée des Arts Décoratifs

L’exposition, dirigée par la conservatrice en chef du MAD Amélie Gastaut et par le scénographe Kevin Lebouvier, explore les différentes périodes de la vie de l’artiste. De la fondation de la maison d’éditions Futuropolis jusqu’à la réalisation de la charte graphique du journal L’Equipe, le musée s’attelle aussi à détailler ses techniques, son usage réfléchi des couleurs, des dimensions…

Étienne Robial est principalement reconnu pour ses œuvres typographiques et ses réalisations de logotypes. Il est de ces créateurs pour qui laisser ne serait-ce qu’un élément au hasard dans ses productions constituerait un crime envers la bienséance graphique. Robial est un scientifique. Il suffit de se pencher sur ses schémas, ses croquis, ses tracés pour apercevoir les nombreuses lignes parallèles et perpendiculaires, les angles pensés au degré près… Dans chacune de ses œuvres, le positionnement du logo signifie quelque chose, l’inclinaison de la typographie procure un sentiment, marque le spectateur.

Logo et schémas du quotidien français de sports L'Equipe
© Etienne Robial

Un modernisme remodelé à la sauce Etienne Robial

Lorsque l’on regarde la majorité des œuvres de l’artiste français, on remarque une vraie influence moderniste. Les caractères gras et les lignes droites. Les formes géométriques qui se dessinent, comme si elles avaient été conçues industriellement, sans aucun défaut de fabrication. Ce rattachement à un style, on le retrouve dans les artistes qui ont inspiré Robial. Il évoque en effet Malevitch et ses carrés rouge et noir, l’école du Bahaus, ou encore l’architecte suisse Max Bill.

Oeuvre Carré noir et carré rouge de Malevitch
“Black square and Red square” – Kazimir Malevitch

Pourtant, même s’il ne nie pas cet héritage moderniste, il le dépasse. Pour comprendre cela, il faut se pencher sur quelque chose d’intéressant dans sa mentalité, qui se transpose dans ses œuvres. Etienne Robial est un grand curieux, avide de nouveaux points de vue, de nouvelles œuvres qui viennent titiller sa fibre créatrice. Ce trait de caractère se retrouve dans l’une de ses passions connexes : celle de collectionneur. Il explique : « Je trouve dans les images et les objets qui m’entourent et que je collectionne des repères rassurants. ». Robial ne se contente donc pas d’appliquer les codes de ses parrains artistiques, il perçoit leurs œuvres comme des bornes. Il les regarde, les transforme, les adapte à sa guise.

Ainsi, lorsqu’il s’occupe par exemple de créer un tout nouvel alphabet pour la section sport de Canal +, il s’amuse complètement en disposant aléatoirement les caractères en capitales et bas de casse. On remarque bien évidemment les influences modernistes dans les formes des lettres, mais on distingue aussi une folie qui lui est propre et qui est sans doute le ciment de la création d’un quelconque ressenti chez le spectateur.

Alphabet Canal + Sports désigné par Robial où se mêlent plusieurs couleurs et bas de casse et lettres majuscules.
© Etienne Robial

En réalité, c’est sa capacité à créer une œuvre clairement marquante et identifiable qui impressionne. Alors même que le modernisme pourrait avoir tendance à se terrer dans un processus artistique facilement reproductible, copiable, Etienne Robial arrive toujours à trouver le grain d’originalité qui fait passer son logo, son œuvre, dans un autre registre.

Le roi français de l’habillage télévisuel.

Ce créateur multi-casquette (également directeur artistique, éditeur, enseignant, dessinateur..) a aussi marqué de son empreinte le paysage audiovisuel français de la fin du XXe siècle.

Les nostalgiques de l’âge d’or de Canal+, des années 1980 au début des années 2000, ne peuvent dissocier les programmes historiques de la 4 (Les nuls l’émission ; Le grand journal ; Les guignols de l’info) des logos iconiques qui les accompagnaient. Ils ont tous été réalisés par le pétris de talent Étienne Robial. Le designer français a apporté une vraie charte graphique complète à cette nouvelle chaîne de télévision en vogue. Des associations de carrés de deux ou trois couleurs, une police Futura remodelée, un mélange de lettres bas de casse et capitales. Des codes simples, efficaces, mais qui parviennent à créer une potion magique pour que les designs restent gravés dans les esprits des téléspectateurs.

Mesurant l’impact du travail d’Étienne Robial, d’autres chaînes se bousculent au portillon du créateur français pour lui demander de réaliser leur habillage télévisuel. Ce sera le cas de La sept en 1986, de M6 en 1987 et d’I-Télé en 2002.

Une volonté de transmettre son savoir.

Diplômé de l’école des Beaux-Arts de Rouen ainsi que de l’école des Arts et Métiers de Vevey en Suisse, le designer français a toujours vu dans l’enseignement une manière de structurer et d’accompagner au mieux sa curiosité. C’est pour cette raison que dès la fin des années 1990, il a, lui aussi, décidé de prendre le rôle d’enfiler la cape de professeur en enseignant à l’école d’architecture intérieure et de communication Penninghen à Paris. Là-bas, il donne un cours de « conception graphique et visuelle » où il partage aux étudiants les codes qui ont fait de lui un artiste reconnu : forme, couleur et typographie.

Etienne Robial, une précision chirurgicale au service de l’art typographique 3
© Penninghen

L’apprentissage et le partage sont des notions essentielles, il le déclare lui-même : « la pédagogie est une partie intégrante du métier de graphiste : savoir élaborer clairement et précisément une mission avec un client rend beaucoup plus aisée la réponse que l’on va lui apporter tout en le persuadant de sa pertinence ». Au fil de l’exposition au MAD, on comprend que lorsque Robial propose un logo à un prospect, il lui transmet également l’ensemble de ses tracés « scientifiques » pour lui faire comprendre la signification de chacun de ses choix. Face à la certitude de son travail, difficile pour le client de refuser ce que lui propose un tel ponte du graphisme français.

Le rouennais doit très certainement transposer cette idée à ses élèves de Penninghen. À savoir l’importance d’accompagner leurs travaux d’explications, de clarifications. Immédiatement, ils se retrouvent plongés dans cette démarche de sérieux, de complétude et surtout d’efficacité, le crédo principal d’Étienne Robial.

Pour vous pencher sur le travail d’Etienne Robial, rendez-vous sur son site web.

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Thomas Dagnas
Article écrit par :
Etudiant Grand amoureux de musique et de culture, je traite des sujets qui touchent aux variantes du rap et du RnB, mais aussi à la culture graphique.

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