Cécile Dormeau, illustratrice française de 37 ans basée à Paris, a un sujet de prédilection : la femme. Mieux : les femmes, dans leur pluralité. Avec un fond de sororité, elle crée des illustrations poignantes et pleines d’humour dans le but d’aider les femmes à s’accepter et de dénoncer les agressions dont elles sont encore trop souvent victimes.

Un succès international
Connue du public pour ses collaborations avec Google, GQ, ou encore la chanteuse Angèle dans son clip « Balance ton quoi », la notoriété de Cécile est déjà bien établie.
Quand on lui demande comment a débuté sa collaboration avec Angèle, elle explique : “L’équipe d’Angèle avait vu mes gifs sur le harcèlement sexuel dans les transports, et je leur ai fait une version sur le harcèlement sexuel au travail, sur le fait de dire ‘non’ à ces agressions, un cri de la part de toutes les femmes.”
Dans cette illustration, Cécile touche à la notion de consentement. Un “Non” puissant vient neutraliser un homme sourd aux refus d’une femme.
Parce que ces sujets sont universels, les illustrations de Cécile voyagent bien au-delà des frontières françaises. Nos voisins anglais, allemands, espagnols et italiens font souvent appel à ses talents.

De nouvelles représentations
Si le corps féminin est encore si scruté, autant en donner une représentation large et plurielle. Dans sa série Women, Cécile donne à voir un monde où les femmes sont libres d’exister telles qu’elles sont, quelles que soient leurs couleurs de peau, leur pilosité ou leur taille. On y célèbre des aspects du corps tout à fait normaux mais encore trop diabolisés, tels que les vergetures ou les rondeurs. Women offre un monde bienveillant, une douce parenthèse pour toutes les femmes du monde.
“J’ai décidé de me lancer dans ces illustrations qui me tenaient à cœur sur la représentation des femmes. Les représenter comme elles sont, avec leurs ‘imperfections’”, confie Cécile.
Elle poursuit : “Ado, quand je piquais le magazine féminin de ma petite sœur, je me comparais aux meufs photoshopées dedans et je me trouvais répugnante. J’ai vraiment voulu tourner en dérision tous ces complexes, toutes ces critiques qu’on peut avoir envers nous-mêmes.”



Des femmes qui s’imposent
Comme Les Nanas de Niki de Saint Phalle, les femmes que Cécile dessine sont belles, colorées et imposantes. Cécile Dormeau dénonce la grossophobie ambiante qui asphyxie nos médias et la société plus largement.
“Dans beaucoup de films, séries, on montre encore tellement souvent les gros comme des personnes moches, incapables de trouver l’amour, que je voulais vraiment montrer une autre image. Montrer que ce sont des personnes comme tout le monde ! Beaucoup de gens m’ont demandé de me justifier en disant ‘Pourquoi tu dessines des grosses ?’ car la normalité, c’est de représenter des gens minces. D’où la nécessité de représenter différents modèles !” confie Cécile.
Dans ses illustrations, Cécile autorise les femmes à prendre plus de place. Si le manspreading est encore toléré, alors il paraît juste qu’elles se sentent légitimes à exister dans l’espace public sans chercher à se réduire, à maigrir ou à se taire. Elle revendique ce droit dans la joie, et ses dessins enrichissent, au passage, notre notion de la beauté.
“J’aimerais que mes illustrations soient comme une sorte de câlin virtuel pour dire aux gens qu’ils ne sont pas seuls à lutter contre leurs problèmes et leur manque de confiance en eux. […] J’espère que ça peut les aider à s’accepter plus facilement, à dédramatiser leur image et à se questionner sur ce que la société attend de nous”, explique Cécile.


L’humour comme outil féministe
Cécile dénonce les agressions sexuelles dans sa série pleine d’ironie au titre explicite Fuck You. Harcèlement de rue, attouchements dans les transports ou commentaires non sollicités sur le physique – elle passe tout au crible.
Les parties du corps touchées, qu’il s’agisse des poitrines ou des fesses, deviennent presque des personnages à part entière. Elles giflent, mordent, se défendent de manière autonome, sans jamais troubler la sérénité de la femme. Efficace ! Ces zones du corps, souvent perçues comme des objets de désir ou de possessivité mal placée, se transforment en véritables armes que les hommes doivent désormais craindre.
Cécile dit : “Rire de ce qui nous fait peur, de ce qui nous fait mal, ou de ce qui nous oppresse est pour moi la meilleure façon de se valoriser, de prendre confiance, et aussi de rendre les gens plus conscients envers certains problèmes.”
Le travail de Cécile Dormeau est coloré, drôle, puissant, et malheureusement encore trop nécessaire. Il contribue, à sa manière, à transformer notre regard sur les corps et sur les femmes.


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Elle vient aussi de lancer un jeu pour enfants qui s’appelle Beat the Cheetah, publié chez Laurence King au Royaume-Uni.



