Woodini – 113 : un retour teinté de sonorités japonisantes

Introduit par Akira en 2017, Woodini perpétue sa quête musicale en nous révélant 113, un premier album riche qui induit une profusion d’émotions.

WoodiniDébutons par une question généraliste. Pourquoi utiliser un pseudonyme et pourquoi Woodini ?

Au début, j’ai commencé par le rap. Mes références étaient le Wu Tang, Boot Camp Click… Quand tu as 12, 13 ans tu t’inspires de ces personnes et tu reproduis facilement et naturellement les processus. Tous ces artistes utilisaient un pseudonyme, je devais simplement trouver le mien. Un jour, j’ai découvert l’histoire du magicien Houdini ce qui m’a fasciné. J’ai transformé l’orthographe pour finalement le conserver ainsi.

Un retour attendu avec un premier album intitulé 113. Que représentent ces compositions pour toi ?

Depuis mon dernier EP intitulé Gone, j’ai malheureusement connu une période tragique qui est la perte d’un parent mais également une période heureuse comme la naissance d’un enfant. Nous ne sommes jamais réellement préparé à perdre un proche ce qui était un bouleversement réel. J’ai perdu mon père mais je suis devenu père à mon tour, autrement dit le cycle de la vie. Un changement profond est survenu à la suite de ces événements, un changement au niveau de ma musique notamment. J’ai rencontré des nouvelles personnes, et une nouvelle dimension est apparue concernant ma musique live. J’ai ressenti le besoin de m’épanouir à long terme, le reste n’est que spontanéité. Je choisis les titres par instinct et la sensation de retenir des sonorités qui me correspondent à 100%.Woodini

Comment pourrais-tu décrire l’évolution entre Chrysalid et 113 ?

J’ai composé Chrysalid avec naïveté et insouciance sans attente de retours ou retombées potentielles. Je conserve actuellement ce même processus de création tout comme ce même état d’esprit. Les moyens financiers me permettront de tendre vers une évolution certaine, de réaliser mes idées. J’aimerais pouvoir enregistrer un quatuor de violons ou une harpe mais pour le moment, je dirais que la débrouille a son charme également. L’évolution vient de la manière d’appréhender et de travailler le projet. Avant, je réalisais l’ensemble seul. Pour ce premier album, je me suis entouré de Randy Charlery, Louis Stimes et ma femme Félicia ce qui signifie faire des concessions pour que chacun puisse s’exprimer.

Nekomamushi est une mélodie délicate qui comportent des sonorités japonisantes. Dans quel état d’esprit étais-tu lors de la composition ?

Nekomamushi est une mélodie oubliée, délaissée dans un disque dur. Je n’aime pas m’enfermer dans un titre précis c’est la raison pour laquelle j’en compose souvent une dizaine en parallèle. Un jour, j’ai retrouvé ces sonorités par hasard et je devais en faire quelque chose. J’aimais la base, je devais simplement travailler à nouveau la première partie pour dessiner un univers onirique. Je me suis ensuite concentré sur la deuxième partie en intégrant du piano. Robin Notte a sublimé cette entité.Woodini

Réalisation sombre voire intriguante pour Antidote. Que souhaitais-tu véhiculer comme émotions ?

Il y a quelques années, j’avais sollicité Young Lust pour utiliser sa voix sur mon premier EP. J’ai conservé quelques éléments de cette production puis superposé des sonorités électro-rock pour créer une texture et une forme de puissance. À travers mes compositions, je souhaite amener les personnes au sein d’un univers distinct tout en faisant émerger des émotions enfouies. Fasciné par le cinéma, je conçois ma musique comme une bande son originale de film. La direction artistique résulte d’une collaboration avec Jakub Blank (Vince Staples, SZA).

113 incarne une source inépuisable de collaborations. Parle-nous des artistes qui figurent sur ton premier album.  Que recherches-tu à travers toutes ces collaborations ?

Réaliser mon idée initiale est mon unique but. Pour cela, je superpose des éléments variés avant de les trier. Je suis issu du milieu Hip-Hop et Soul, je considère donc que la voix est une base notable et essentielle pour véhiculer des émotions. Quand un artiste m’autorise à utiliser sa voix, c’est une forme de partage humain et artistique basé sur la confiance. Je conserve uniquement les parties qui me permettent de tendre vers une idée précise. J’aime développer une relation particulière avec les artistes qui m’entourent.Woodini

Les hiéroglyphes de Louis Stimes se propagent sur ta pochette d’album ainsi que dans ton clip. Quelle est ta perception de son travail ?

L’image façonne entièrement un projet, c’est une recherche fondamentale qui doit être cohérente et signifiante. Je travaille avec un artiste différent sur chaque sortie pour exprimer des émotions variées. Au début, nous réalisons un moodboard d’inspirations avec Randy ce qui nous sert de base réelle. Pour ce premier album, nous avions un univers urbain, nocturne sublimé par la culture asiatique. J’ai découvert les dessins de Louis sur Instagram, la cohérence était présente. J’aime ressentir une empreinte, une identité forte chez un artiste. J’ai apprécié sa manière de détourner des photographies de mode en les habillant de sa typographie. Cette démarche me faisait penser au sampling et à la culture Hip-Hop. Visuellement, c’est une claque, nous avons plusieurs sens de lecture mais chaque lettre est différente. Je dirais que le monde de Louis Stimes est codé, crypté, c’est un véritable travail d’orfèvre.  L’accès est réservé aux initiés et en même temps tu n’as pas besoin de déchiffrer le message développer une forme de sensibilité. Cette collaboration était une réelle bénédiction.

Remontons le temps. Quel est ton premier souvenir lié à la musique ?

Finalement, j’ai plusieurs souvenirs marquants. En primaire, mon professeur nous avait présenté un musicien pour nous initier et nous sensibiliser à la musique. Dès les premières notes de saxophone, j’ai voulu faire de la musique, je ne savais pas encore comment mais c’était en moi. Enfant, j’aimais écouter les vinyles de mes parents, je cherchais dans les étagères pour découvrir des nouvelles sonorités. J’essayais de deviner ce qui se cachait derrière les illustrations des pochettes. Pour terminer, les musiques de film qui me touchent particulièrement. La musique permet de déployer un univers, c’est une forme de langage. Le cinéma incarne la base de ma culture musicale.Woodini

Quel est ta première machine achetée ?

MPC 2000 XL. J’ai longtemps composé sans ordinateur, uniquement par le biais de cette machine. Je m’en sers toujours, c’est robuste tout en étant ludique.

Quel est ton prochain live ?

Nous sommes en train de mettre en place la tournée, rien de précis pour le moment. Nous vous tiendrons informé des prochaines dates. Merci à vous Beware!

Woodini-Spotify

Photos: Guillaume Landry

 

 

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