Victor Solf fuit le studio pour se retrouver, composer dans son appartement, entouré de ses machines et instruments. Une musique de l’âme teintée d’authenticité, de modernité qui renferme des influences musicales multiples : Elton John, Nina Simone, vagues de soul et de gospel. Une construction minutieuse pour aboutir à une renaissance, à une libération. Rencontre et présentation.

Victor Solf - Traffic Lights
@AntoineHénault

Tes morceaux sont nés dans ta chambre, un endroit intimiste, ce qui se ressent dans ta musique. Quelles sont les couleurs et la dimension que tu voulais donner à ton projet ?

Victor : Finalement, la musique est similaire à la cuisine, nous devons mélanger des ingrédients divers pour créer un équilibre intéressant, cohérent et constituer une recette. J’ai mis du temps à chercher, construire, déconstruire ces éléments pour me convaincre. Le piano reste au coeur de mon processus de création avec des influences majeures comme Yann Tiersen, Max Richter ou encore Debussy. Je souhaitais surprendre, ne pas suivre une seule et même direction. J’ai eu une révélation pour la musique par le biais du piano mais un éveil à travers la soul et le gospel. Il me restait un dernier ingrédient à trouver et il est vrai que je me considère comme un enfant de la techno. Je suis observateur, admirateur des nouvelles techniques de travail, notamment celles de James Blake, Rosalia, et de Billie Eilish. Trois ingrédients qui se mélangent et qui me permettent de me présenter.

Pourquoi avoir fait le choix de “Traffic Lights” pour introduire ce retour ?

Victor: Je ne cherche absolument pas la complexité, je me tourne simplement vers mon morceau coup de coeur. “Traffic Lights” est le premier que j’ai terminé et renferme toutes mes influences musicales. Guillaume Ferran de Quadricolor m’a accompagné, incité à amener le piano encore plus loin. Ce morceau incarne une forme de renaissance, un peu comme une libération, une respiration. Chaque couplet relate un tableau de ma vie, où je me sentais prisonnier, comme enfoncé dans le sol. Au contraire, les refrains incitent à tout éteindre, fermer les yeux pour faire taire ces angoisses. C’est un morceau solaire qui traduit une forme d’évasion, juste, allons à l’essentiel. Pour la première fois, je dépasse une musique solennel autour du deuil. Je me retourne vers la vie et vers l’avenir.

Victor Solf - Traffic Lights photo shoot
@AntoineHénault

En quoi revenir à des sonorités organiques était une démarche importante pour toi ?

Victor : Je ne souhaitais pas développer mon projet dans un studio classique, mais dans un endroit intimiste comme mon appartement. J’ai collaboré avec David Spinelli et Nomak qui travaillent de la même manière. Je commence à composer sur mon piano, ce qui nécessite une certaine concentration. Je n’ai pas envie de m’imposer une contrainte de temps mais de me laisser porter par les sonorités et par les émotions suscitées. Composer dans un endroit qui nous sécurise, nous permet une grande liberté.

As-tu ressenti le besoin de prendre du recul entre ces deux projets pour te retrouver ?

Victor : Beaucoup de recul, beaucoup de temps, pour être honnête. La disparition de Simon m’a affecté à la fois personnellement et artistiquement. J’ai composé une quinzaine de morceaux, un peu comme une thérapie pour comprendre, faire mon deuil et apprendre à gérer ce manque. Au cours des mois, j’ai compris toutes ces émotions qui se bousculaient en moi. Ces quinze morceaux resteront chez moi mais étaient nécessaires à ma guérison.

photo artiste
@AntoineHénault

Comment l’idée des “Sunday Sessions” est-elle survenue ?

Victor : Je me suis beaucoup questionné sur mon nouveau projet mais également sur la manière de communiquer. Lors des tournées, je passais parfois deux heures au merchandising à chanter et à discuter avec les fans. Les réseaux sociaux étaient un intermédiaire évident pour créer une proximité, pour me présenter réellement. Dans un premier temps, je me filmais en piano-voix et publiais des squelettes de mes morceaux. Par la suite, j’ai décidé de proposer des formats de 10-15 minutes pour décrire ce processus de création, pour expliquer ma nouvelle direction et pour échanger en toute transparence. Je me souviens avoir composé une mélodie, mais aucun titre ne me venait à l’esprit. J’ai tellement reçu de propositions, que toutes mes paroles étaient finalement devant moi, écrites. Contre toute attente, ce morceau est devenu collaboratif. Le rendez-vous est venu naturellement, le nom, le jour, tout était spontané.

Ton identité visuelle est teintée de nuances chaudes. Que souhaitais-tu transmettre comme message ?

Victor : L’image devait refléter ma musique, mon processus artistique et traduire une certaine intemporalité. Richard Dumas est un portraitiste classique qui a notamment photographié Charlotte Gainsbourg, Kate Moss ou Alain Bashung. Pour moi, il incarnait tout ce que je voulais représenter à travers l’argentique, le noir et blanc. Je voulais apporter une pointe de modernité avec le graphisme, pour créer un contraste, une valeur ajoutée. J’ai contacté Rægular qui avait carte blanche en partant de la photographie de Richard Dumas. Au début, tu parlais de couleurs, c’est ce que je souhaitais, étant donné que je suis une personne souriante. Dans Her, la direction artistique était formelle, avec les costumes, le noir et blanc omniprésent. Je voulais apporter de la lumière à mon nouveau projet.

portrait
@AntoineHénault

Les chœurs présents dans tes morceaux apportent une dimension presque spirituelle. Comment cette admiration pour le gospel est-elle apparue ?

Victor : Avant de découvrir le gospel et la soul, je me sentais limité dans ma voix comme submergé par ma propre énergie. J’étais influencé par les Strokes mais quelque chose restait coincé en moi, encore et encore. David Féron, professeur de chant au Studio des Variétés m’a fait découvrir les harmonies, les choeurs gospel ce qui m’a considérablement libéré. J’ai enregistré trente voix dans “Traffic Lights” qui sont toutes les miennes pour retrouver cette énergie, cette force du nombre.

Quelles sont les thématiques que tu souhaitais défendre dans le cadre de ton nouveau projet ?

Victor : Les thématiques peuvent être variées, mais susciter des émotions est ce qui compte réellement. Il fallait que mon travail réveille des choses en moi, que je me mette en danger, que je me livre sans pudeur. J’aborde des périodes compliquées, chacun peut s’identifier à travers cette submersion tout en réussissant à la dépasser. Fermer les yeux, imaginer son monde sans ces agressions. “Stone House” représente une maison dans le Finistère où je me suis marié, où mon fils est né. Je décris cette maison comme une source d’apaisement. Ce nouveau projet incarne une retrouvaille, une réconciliation avec moi-même.

Un dernier mot ?

Victor : Mon premier concert se déroulera le 2 juin prochain à la Gaité Lyrique, un premier rendez-vous sur fond de renouveau. La suite sera belle.