Originaire de Shanghai, Tsunano pousse les portes pour se construire en Europe. Suite à sa collaboration avec le label hollandais Barong Family, il fera une rencontre déterminante, attendue. Une année seulement s’écoule, pour donner naissance à “Doors”, avec le producteur Aazar. Au cours du temps, cet artiste doté d’une polyvalence certaine, laisse découvrir son univers musical. Entrevue.

@GladysPeltier

Pourrais-tu te présenter en quelques mots? 

Tsunano: Je suis originaire de Shanghai, amoureux avant tout de la musique et de la mode. J’essaie vraiment de croiser ces domaines dès que j’en ai l’occasion. Aujourd’hui, on assiste vraiment à un rejet des cases, nous tendons vers davantage de liberté, de mouvement. J’aime la notion de partage qui découle de la musique, le fait de transmettre des messages tout en suscitant des émotions.

Un jour, tu as dit à ta famille vouloir débuter une carrière musicale. Pourrais-tu nous raconter ce tournant?

Tsunano: La musique est présente depuis un moment, mais le changement est survenu à la suite de ma rencontre avec le producteur, Troyboi. Après avoir découvert mon univers, il m’a conseillé de me lancer en soulignant le fait que cette opportunité ne se représenterait peut-être pas. J’avais peur de sauter le pas mais l’insatisfaction que je ressentais au fond de moi, m’a donné cette impulsion. J’avais profondément envie de devenir acteur et non spectateur, je voulais écrire. Quand tout est devenu concret, j’ai annoncé cette nouvelle à mes parents. Je ne pouvais plus reculer ni renoncer, seulement avancer.

As-tu un souvenir d’enfance marquant lié à la musique? 

Tsunano: J’ai une anecdote oui, que je ne raconte pas souvent. Enfant, je passais mon temps à écouter de la musique, j’avais envie de comprendre comment on construisait un morceau. En cours de langues, on écoutait régulièrement des cassettes et j’ai demandé à mes parents de m’acheter un magnétophone. Régulièrement, je pensais l’avoir perdu et nous devions en trouver un nouveau. Ces trois magnétophones me permettaient d’enregistrer des sonorités diverses une par une et de les superposer par la suite. J’improvisais, c’était un jeu.

@GladysPeltier

Quels sont les artistes que tu gardes à l’esprit depuis toujours?

Tsunano: Pour être honnête, je n’ai jamais développé une fascination pour un artiste en particulier. Pendant mon adolescence, mes inspirations étaient basiques mais intemporelles. J’écoutais Eminem, Snoop Dog, 50 Cent ou encore R.Kelly. La notion d’ouverture est importante pour moi, c’est la raison pour laquelle le travail de Mura Masa est intéressant. Il a collaboré avec des artistes variés tout en conservant son empreinte musicale. Comme quoi, les productions massives ne perdent pas forcément une forme d’authenticité, de charme.

Dans quel environnement produis-tu ta musique?

Tsunano: Désormais j’ai un studio, mais j’alterne avec ma chambre. Avant, je ne pouvais pas me permettre d’avoir un endroit pour produire ma musique, et je ne trouvais rien. J’ai une petite pièce dans un bunker, mais quand une idée survient, je n’ai pas envie de me déplacer pour cela. Je construis la base dans mon appartement et le reste au studio. Une fois sur place, les heures tournent et je perds la notion du temps. Chaque déplacement est une forme d’expédition à Shanghai, la circulation omniprésente peut nous dissuader.

Tu composes et joues derrière les platines. Quelle est la partie qui te rend le plus vivant? 

Tsunano: Au début, tout était un passe-temps dans le but de partager des morceaux. Je me tournais vraiment vers le reggae ce qui n’est pas anodin pour une personne chinoise. Je ressentais cet étonnement, ce qui ne me déplaisait pas. L’envie de créer s’est imposée à moi mais que ce soit jouer ou produire, le but reste le même. La musique possède ce don de rassembler. Il faut simplement ressentir une certaine satisfaction dans ce que nous faisons. Tout est complémentaire.

@GladysPeltier

Pourquoi l’Europe? 

Tsunano: Le label hollandais Barong Family m’a contacté dans le but de donner une impulsion à la scène émergente chinoise et de construire quelque chose. C’est par cet intermédiaire, d’ailleurs que j’ai rencontré Aazar. Tout s’est enchainé ensuite pour la France. Je dirais que les français prennent le temps de développer des projets, de partir de rien pour bâtir un empire. C’est bien de voir les choses en grand.

En quoi les collaborations sont-elles importantes pour toi? 

Tsunano: Je suis Gémeaux ce qui signifie que l’indécision, l’instabilité dominent. Je suis ici et ailleurs, ce qui est compliqué quand on travaille seul. Quand je compose, je demande constamment un avis extérieur pour me diriger ensuite dans telle ou telle direction. Les collaborations me permettent de me dépasser et non de rester coincé dans ma tête. C’est un chevauchement d’idées, de visions qui ne peuvent que nourrir et enrichir ton travail.

Et la suite? 

Tsunano: Je vais bientôt sortir un nouveau morceau qui me représente entièrement. Je parle de femmes, de relations passées ce qui relève d’une forme d’intimité. Progressivement, j’essaie de me livrer que ce soit à travers les mots ou les sonorités. Une vidéo tournée à Hong Kong accompagnera cette sortie. Ce sera comme une réelle présentation.