Un café avec Iris Hatzfeld, interview.

Image d'avatar de Victoriavictoria roussel - Le 23 décembre 2013

Un café avec Iris Hatzfeld, interview.

C’est lors d’un dimanche bien gris que j’ai rendez-vous au café  Edgar avec Iris Hatzfeld, artiste aux dessins et animations aussi émérites que surprenants.

Beware Mag : décris moi un peu ton parcours. Comment en es-tu arrivée au dessin ?

Iris Hatzfeld : Je dessinais beaucoup enfant, comme tout les enfants, je faisais des bandes dessinées, et j’en lisais beaucoup. Et j’ai continué. Après 1 an à Estienne je voulais prendre des cours de dessin plus académiques. Je me suis donc inscrite dans une académie de dessin parallèlement à un cursus d’Histoire de l’art à la Sorbonne. J’y ai écrit un mémoire de maîtrise sur le portrait, interrogeant  l’identité et le retour à la figuration. Je faisais parfois des flyers,  pour des amis,  notamment pour la compagnie de théâtre Promiscuita. Un producteur a remarqué les animations que j’avais fait pour eux et m’a demandé de réaliser le premier clip des BB Brunes.

 

BM : As-tu des thèmes de prédilection ?

I H : Quand je fais des portraits, la question que j’essaie de creuser c’est la présence d’une personne, ce qui émane d’elle, son attitude, la possibilité de communiquer. D’un point de vue plastique c’est la lumière qui m’intéresse. Elle a une place importante dans la composition, sur les objets et les visages. Le contexte est aussi important. Pour les portraits de célébrités, j’aborde la question de la construction de soi à travers le regard l’autre : les célébrités ont le visage flouté comme dissous par le regard de la foule, dispersé dans ce que les gens projettent sur eux. Les personnages au second plan sont eux bien représentés, nets, ils sont dans l’action, naturels.

 

BM : Ce qui me fascine en regardant l’ensemble de tes travaux, c’est qu’on passe d’une figuration vaporeuse, quasi-onirique avec la série  Le Rêveur nu, à quelque chose de beaucoup plus léché et « réaliste » (d’un point de vue technique) avec la série Attrape-moi si tu peux. Tu as des pratiques très très éclectiques, de la peinture au dessin sur l’Iphone! Comment expliques-tu cet éclectisme?

I H : J’essaie de coller le plus possible à mon sujet et à un moment, ce n’est pas particulièrement réfléchi. Je ne cherche pas à maintenir un style mais j’espère qu’il y a une cohérence dans l’ensemble.  Pour Le Rêveur Nu, l’encre noire, fluide et très opaque semblait appropriée par exemple. Je rentrais de l’expo Chalayan aux Arts déco. Dans un de ses défilés, des filles arrivaient avec des burqa de plus en plus courtes, jusqu’à ce qu’une soit nue avec un juste un voile sur le visage. Juste avant, j’avais vu Attack the Block, un film anglais sur des bêtes de l’espace envahissant la banlieue sud de Londres, et Oncle Boonmee, d’A. Weerasethakul, où on croise une bête fantomatique dans la forêt, silhouette noir mat avec deux yeux rouges brillant dans la nuit. Il y avait des ressemblances formelles entre ces trois silhouettes, et sans doute entre les sentiments ambigus qu’elles font naître. Du coup je les ai fusionnées pour évoquer cette hantise.

« Je ne cherche pas à maintenir un style mais j’espère qu’il y a une cohérence dans l’ensemble. »

 

Le dessin sur iPhone, je l’ai découvert par David Hockney, j’ai trouvé ça incroyable. C’est très spontané et actuel, il n’y a pas de support original et on sent le plaisir de dessiner. Avec cette technique on peu ajouter et enlever de la matière, foncer ou éclaircir autant qu’on veut, c’est très modelable. La matière est virtuelle et le dessin est pourtant très sensuel.

 

BM : On sent une grande présence du noir et blanc, de plans au cadre/ contexte bien travaillés, la photographie influence-t-elle tes dessins ? Et si oui de quelle manière ?

I H : La photographie et le cinéma influencent mon dessin. Tarantino, Wes Anderson, Polanski. J’adore Chinatown. En noir et blanc, le Papermoon, de Peter Bodganovitch, ou de vieux films hollywoodiens comme Sunset Boulevard ou All About Eve où les robes et les verres en cristal scintillent de partout. Pour ma série sur l’hiver nucléaire j’ai été directement influencée par Stalker, La Jetée, Twister et Mosquito Coast. J’ai regardé des films sur ce thème au mètre jusqu’à tomber sur les bonnes images. J’en ai tiré les atmosphères nocturnes, des paysages, des attitudes.

Site internet : http://irishatzfeld.com/

Huston

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Iris

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victoria roussel
Article écrit par :
victoria roussel
Illustratrice et curatrice passionnée de graphisme. Egalement issue d'une union illégitime entre Régine et le monolithe de Kubrick. Je dessine ici : victoriaroussel.com

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