Jusqu’au 11 janvier 2027, la Cité de l’architecture et du patrimoine propose une exposition exceptionnelle réunissant un ensemble de documents graphiques, d’œuvres d’art contemporain et de répliques numériques des sites perdus.
« En 2012, les mausolées de Tombouctou, patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1988, s’écroulent sous les coups de pioche des djihadistes d’Ansar Dine. Pour la première fois, cette destruction sera qualifiée de ‘’crime de guerre’’ par La Haye et une mobilisation internationale sans précédent s’engage pour reconstruire les sites perdus », explique la Cité de l’architecture et du patrimoine.
Des bouddhas de Bamiyan, en Afghanistan (détruits en mars 2001) aux vestiges antiques de Palmyre, en Syrie, en passant par ceux d’Hatra et de Nimrud, en Irak, les fanatismes religieux ne sont pas les seules causes de destruction du patrimoine : ainsi de la Laure de Kyiv-Petchersk, un grand ensemble historique et religieux d’Ukraine dont la cathédrale de la Dormition subit d’importants dommages depuis le début de l’invasion russe de l’Ukraine.
La Cité de l’architecture et du patrimoine note que, depuis le début du XXᵉ siècle, le « patrimoine est devenu une cible privilégiée des conflits armés » : réunir des cartes (conçues par l’atelier de cartographie de Sciences Po), des textes, des maquettes, des photographies et des vidéos est donc une façon de lutter contre ce phénomène et, espérons-le, de pouvoir reconstruire ce patrimoine – ou, à défaut, d’en garder la trace.

Extrait d’un film Iconem © Iconem/DGAM

Photographie Maks Levin © Reuters
Deux volontés opposées
Le musée oppose deux volontés : celle d’effacer et celle de résister, la seconde répondant à la première dans cette volonté de lutte évoquée plus haut, et afin de contrecarrer la destruction.
Effacer donc : des vies, des lieux, des personnes, des histoires, des pays ou nations, ses habitants, son passé et, par la même, son futur. Car l’effacement de la vie et celui du patrimoine signent la disparition du passé – par les voix qui auraient pu le raconter et les vestiges qui auraient pu le montrer – et fragilisent la possibilité d’un avenir. Ajoutons que la perte des habitants, de la jeunesse et du patrimoine participe à l’effacement progressif d’une identité collective.
Et, de l’autre côté, résister. Résister à la destruction et à la barbarie, résister à l’oubli et à la mort, « à l’effacement de la mémoire » comme le note le musée, résister à un renouveau imposé par des fanatiques de tous bords. « Sur le terrain des conflits, tout geste et récit du quotidien devient une forme de résistance, contribuant à la survie physique et psychologique des populations », précise le musée.
La guerre n’est pas la fin
Cette résistance, non contente d’empêcher la mort d’un peuple et de son histoire – qui se raconte aussi dans ses vieilles pierres – ouvre un troisième volet essentiel à la reconstruction des personnes, des âmes et de l’identité nationale : la réparation.
Le musée de préciser que « Au XXIᵉ siècle, on ne parle plus seulement de ‘’reconstruction ‘’, mais aussi de ‘’réparation post-conflit’’. Il s’agit d’adopter une approche globale qui, en réalité, intervient souvent en amont de la fin des combats ». Et de faire le lien entre la réparation des lieux et des personnes déjà établi plus haut : « il s’agit de ‘’refaire société ‘’, de recréer les conditions psychosociales, spatiales et temporelles de la vie, ensemble ».
Les éléments graphiques, les cartes, les photographies, les vidéos, les œuvres d’art contemporain et les répliques numériques deviennent outils de cette réparation en fournissant des informations précieuses sur l’apparence des bâtiments et du patrimoine à recréer.
Ce travail de résistance et de reconstruction rejoint ainsi le travail de mémoire mené par d’autres, comme Antoine Lecharny, dont le travail photographique sur les traces de la “Shoah par balles”, en Europe de l’Est, témoigne, lui aussi, de la nécessité de conserver les traces du passé. Car « ceux qui ne peuvent se souvenir du passé sont condamnés à le répéter », comme l’écrivait George Santayana dans son ouvrage The Life of Reason.
Exposition jusqu’au 11 janvier 2027. Musée ouvert tous les jours sauf le mardi, de 11H à 19h, avec des nocturnes les jeudis jusqu’à 21h.

Photographie Yan Morvan © Archives Yan Morvan

décembre 2020 : transport de charbon de bois à dos d’hommes vers le marché de Kulupango.



