The Batman de Matt Reeves

“The Batman” de Matt Reeves : une vision plus sombre et radicale du héros de DC

« The Batman » de Matt Reeves, est sorti mercredi dernier au cinéma. L’occasion d’une refonte sombre et crépusculaire de l’univers de Gotham, et de son justicier tant de fois porté à l’écran.

Le premier trailer du film, sorti en 2020, donne le ton.

Le Pitch

À Gotham City, un criminel se faisant appeler « The Riddler » entreprend une série d’assassinats ayant pour cible des personnalités influentes de la ville. Le jeune Bruce Wayne, riche héritier d’une famille de philanthropes, et justicier auto-proclamé officiant sous le nom de « Batman », se lance alors dans une enquête qui pourrait bien remettre en doute ses valeurs et son engagement auprès de la population.

"The Batman" de Matt Reeves affiche

Un rescapé du SnyderVerse, progressivement délié des autres films de la franchise

En 2015, l’acteur et réalisateur Ben Affleck, qui s’apprête à enfiler le costume de l’homme chauve-souris pour le Batman Vs Superman de Zack Snyder, annonce qu’il est en pourparlers pour co-écrire et diriger un film centré sur son personnage. Un an plus tard, Jeremy Irons et Jared Leto dévoilent leur interêt pour le projet, qui devrait donc logiquement prendre place dans le DC Universe (et donc s’ancrer dans le même cadre spatio-temporel que les autres films de la franchise DC, où l’on peut notamment retrouver le Superman de Henry Cavill, l’illustre Wonderman incarnée par Gal Gadot ainsi que toute la clique de la Justice League…) Si les fans semblent séduits à l’idée de retrouver le BatFleck dans un film solo, l’enthousiasme est de moins en moins présent du côté du réalisateur qui se distancie peu à peu du projet, pour des questions évoquées de divergences artistiques.

L'acteur Ben Affleck, qui incarnait Batman dans le SnyderVerse, devait à l'origine réaliser le film centré sur son personnage
L’acteur Ben Affleck, qui incarnait Batman dans le SnyderVerse, devait à l’origine réaliser le film centré sur son personnage.

C’est en février 2017 que le projet prend une autre tournure, lorsque le studio Warner Bros annonce que Matt Reeves, auréolé du succès des deux derniers opus de La Planète des Singes, a été choisi pour réalisé le film. Il faudra attendre 2019 pour voir Ben Affleck se détacher définitivement du projet, laissant ainsi le rôle principal à Robert Pattinson. En Août 2020, et alors que le tournage du film est marqué par la pandémie de Covid 19, Walter Hamada, président de DC Films, confirme que le film ne prendra finalement pas place dans le DC Universe, à la manière du Joker de Todd Philips.

"The Batman" de Matt Reeves : une vision plus sombre et radicale du héros de DC 1
Matt Reeves sur le tournage de “The Batman”.

Une enquête à la Seven dans les bas fonds de Gotham City

S’il y a bien un aspect marquant dans cette nouvelle adaptation, c’est la noirceur de l’univers dépeint, ainsi que la vulnérabilité de son héros face à des meurtres d’une sordidité exemplaire. À ce titre, le film s’inscrit dans la lignée des enquêtes horrifiques de David Fincher tels que Zodiac ou Seven  (on pense également à Saw pour les méthodes employées par le Sphinx envers ses victimes), tout en proposant une variante vulnérable et torturée du personnage de Bruce Wayne. S’éloignant un peu plus de la carrure monolithique des précédentes incarnations de son personnage sur grand écran, Robert Pattinson impose une force brute toutes en nuances et fêlures, et il n’est pas rare de voir ses ennemis lui rendre les coups de manière équivoque. Tel un boxeur flirtant constamment avec le chaos technique, le Bruce Wayne de Matt Reeves n’hésite pas à se jeter corps et âme dans la mêlée, chutant et se relevant malgré les ecchymoses. À l’opposé du rationalisme d’un Batman de Nolan, campé à l’époque par Christian Bale, ce justicier là a les mains dans le cambouis, et le costume salis par les caniveaux de Gotham qu’il arpente lors de ces nuits de fureur.

La relation entre Batman et Catwoman est au coeur du film.
La relation entre Batman et Catwoman est au coeur du film.

Des personnages incarnés tout en nuance, loin du manichéisme des clichés du genre

De la posture bedonnante du pingouin de Collin Farrel, irrémédiable truand à l’affut de la moindre poussée insurrectionnelle, jusqu’aux coups d’éclats de la Femme Chat, (incarnée par Zoë Kravitz) prise en étau entre son devoir moral et son désir de justice, les traits des personnages esquissés dans The Batman sont d’une crédibilité viscérale. Hormis une petite incohérence quant à la carrure de Robert Pattinson en vue des coups assénés par le justicier aux oreilles pointues, l’acteur incarne à merveille la dualité intérieure de ce milliardaire paumé, prêt à mettre sa vie au service du peuple pour éviter de se retrouver seul face à ses doutes et névroses nocturnes. Gracieux dévouement ou désir coupable de se rendre utile ? À ce titre, on sent que Matt Reeves a relativement bien perçu le dilemme du héros, pris en étau entre une posture sociale privilégiée et une volonté d’aider les plus pauvres, sans toutefois pouvoir agir autrement que sur les symptômes de la précarité qu’il voudrait résoudre. Et c’est certainement le méchant, campé par Paul Dano, qui en est le produit le plus infectieux et turbulent. Sorte d’ersatz du tueur sociopathe de Seven, ses motivations résultent d’une souffrance semblable à celle de Bruce Wayne, à ceci près qu’il n’a pu bénéficier des privilèges et de la fortune de son adversaire, qu’il jalouse férocement.

Collin Farrel s'est littéralement métamorphosé pour incarner le rôle du pingouin.
Collin Farrel s’est littéralement métamorphosé pour incarner le rôle du pingouin.

Un film à voir

Librement inspiré de la personnalité de Kurt Cobain (le musicien aurait été l’une des premières références pour le Bruce Wayne de ce métrage), The Batman de Matt Reeves est un film sombre, où se dénoue durant près de trois heures une enquête dans les bas fonds d’un Gotham gangrené par la corruption et la détresse sociale. Si les scènes d’actions ne sont pas en reste (mention spéciale à la course poursuite contre le pingouin), le cinéaste en profite pour questionner la démarche du justicier, en évoquant le fait que la répression aussi a ses limites, et qu’il faut parfois et surtout, traiter le problème à la racine. Un retour salutaire pour ce héros de DC, à même de combler de joie les plus fervents détracteurs de Pattinson. Et si le box-office répond présent, une suite est d’ores et déjà envisagée, avec peut-être le retour d’un autre grand-méchant de la saga…

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