The Anonymous Project

The Anonymous Project : la sublime série de diapositives anonymes et nostalgiques de 1940 à 1980

« C’est la plus grande collection de diapositives du monde. On dépasse les 800 000 diapositives. Ce sont toutes des photographies amateurs que j’ai collectionnés sur internet qui datent des années 40 jusqu’aux années 80. » explique Lee Shulman, créateur de “The Anonymous project”. La série de photographies est incroyable. Toutes les photos dégagent une atmosphère unique. Le cinéaste et réalisateur de publicités a collectionné des centaines de milliers de diapositives depuis 2017. “The Anonymous Project” est un petit bijou pour les amoureux de la photographie.

bonnet bain jaune femme plage famille enfant filles adolescente

Travail de mémoire

« On achète les lots, on les reçoit, on les édite, parfois on a des petits mots assez intimes laissés par les gens. Parfois on va recevoir un lot de 5 000 images sur lesquelles on va sélectionner que 10 diapositives et parfois on a un lot de 20 images sur lesquelles on va tout garder. » explique Emmanuelle Halkin, diplômée du Louvre et associée au projet au côté de Lee Shulman. Le cinéaste et réalisateur de publicités achète une boîte de diapositives sur eBay à l’occasion d’une enchère en 2017. Il acquiert un lot de photos de famille d’anonymes, en 35mm Kodachromes.

deux femmes salon canapé robes rigolent
homme dort anniversaire fauteuil veste chemise cravate  the anonymous project

Ils ne savent pas sur quoi ils vont tomber. Le prix n’est pas élevé mais le travail est immense : « Une fois qu’on a fait notre editing, on va numéroter ce lot, le classer et après on va passer au scan. Les images sont toutes numérotés, on a donc mis en place une numérotation assez précise qui nous permet assez facilement de retrouver la datation, le lieu de provenance et le numéro du lot. » continue d’expliquer Emmanuelle Alkin.

Les deux protagonistes font aussi un travail de mémoire. Sur le site officiel du projet, ils expliquent la nécessité de s’occuper des diapositives : « La magie de la photographie en couleurs réside dans le fait que lorsque les produits chimiques présents sur la pellicule sont exposés à la lumière, la couleur est créée. Le problème est que ces produits chimiques se dégradent au fil du temps, ne laissant finalement aucune trace de l’image. La plupart des diapositives couleur ne survivront pas plus de 50 ans. Si aucune mesure urgente n’est prise, ce morceau coloré de notre mémoire collective, artefacts de la vie quotidienne des années 40 à l’ère numérique, disparaîtra complètement. »

portrait lee shulman emmanuelle alkin veste kappa boucle d'oreilles
Emmanuelle Alkin et Lee Shulman / Crédit photo : Léa L’Azou

Le travail est pharamineux. Les deux passionnés continuent d’acheter et de recevoir des centaines de milliers de diapositives qu’ils doivent ensuite sélectionner, trier et retravailler. Mais le boulot en vaut la peine : « Quand on reçoit un lot y’a toujours un moment ou on s’identifie à une des photos. Quelqu’un qui pose avec un chien, quelqu’un qui va sauter dans une piscine, une fête de famille, des amis qui sont entre eux, en train de danser. C’est un peu nos vies à tous qui sont là finalement. »

C’est la force des photographies récoltées par Lee Shulman et et Emmanuelle Alkin : on s’identifie tous à ces clichés d’anonymes, pris par des anonymes.

Intimité et nostalgie

Nos souvenirs peuvent être contenus aujourd’hui dans nos smartphones. Nous prenons des milliers de photographies chaque année. De tout et de rien. Tout a changé depuis 1940. Rien n’a changé depuis 1940… à part le médium : Les argentiques, les instamatics et autres appareils photos. Il faut développer les pellicules pour détenir les photographies. Chaque photo a alors un coût. Les photographes doivent réfléchir au cadrage, au plan, à la composition prudemment pour ne pas gâcher une photographie. On le voit, avec les photos récoltées par The Anonymous Project, les compositions semblent toujours travaillées :

femme se baigne dans piscine hublot bonnet bain blanc
enfant reflet tv post cadrage
femme cheveux blanc reflet miroir tableau

Ces diapositives sont surtout des instants de vie. C’est ce qui a touché en premier Lee Shulman. Ces clichés lui donnent accès à des moments d’intimité, des instants privés et authentiques qui lui sont désormais accessibles.

Chaque photographie touche celui qui la regarde d’une manière ou d’une autre puisque nous pouvons facilement nous identifier à elles. Les clichés sont banals. Ce sont des moments que tout le monde a vécu : un anniversaire, une après-midi piscine, des instants gaga avec nos animaux de compagnie. C’est la force des images récoltées par Lee Shulman et Emmanuelle Alkin. Nous confronter à ces diapositives c’est aussi tomber dans une sorte de nostalgie où les souvenirs, clichés, semblent embellir la réalité. Mais pourtant on se sent bien lorsqu’on regarde ces photos. On esquisse des sourires et on lâche parfois quelques rires.

« Je crois que les portraits sont aussi beaux parce qu’il y a un lien extrêmement intime entre le sujet photographié et le photographe. On voit une émotion très rare s’exprimer. »

Lee Shulman pour Blind Magazine

Les photographies sont triées et classées en plusieurs catégories :

« Sofa Life » :

photo famille grand-mère enfants petits enfants rires garçons filles
canapé motifs jumeaux garçons debout chemises short noirs chaussettes blanches

« Splash » :

femme plonge dans la mer eau éclaboussures
piscine communes saut enfants femme champs prairie arbre

« My best friend » :

femme bigoudis dort lit pull jaune draps motifs fleurs chien
enfant fille chemisier rouge bandeau rouge tient chatons ferme foins

« Pic Nic » :

deux grand-mère pic nic devant lac voiture renault rouge
pic nic forêt buches hache voiture grise sapins

50ème édition des Rencontres d’Arles

En 2019, c’est la consécration pour le travail de fourmis et de folie de Lee Shulman et Emmanuelle Alkin. Ils sont exposés aux Rencontres d’Arles. L’exposition s’intitule “The House” et reproduit une maison des années de l’époque. Tout y est pour que le visiteur pense pénétrer l’intimité des vies des années 40 à 80. Une maison est créée à l’intérieur de laquelle sont affichées des diapositives d’ “Anonymous Project”. Le visiteur navigue entre plusieurs générations, plusieurs salles décorées comme dans les années 60. L’illusion est parfaite.

On vous laisse avec quelques diapositives, pour le plaisir :

amoureux fille tee shirt rouge homme polo gris bleu ferme voiture ford
plage sable noir fille copines jouent courent mauvais temps
parent fille casquette jaune deux voiture bleu grise matte chien blanc
fille dort soleil yeux fermés drap fin rose pale
anniversaire mariage noces 50 ans lunettes femme homme
bâteau amour love femme lunette soleil bandeau vert point noirs homme chemise blanche accoudé banc bois

Lee Shulman a décidé de publier un livre qui répertorie plusieurs centaines d’images aux éditions Taschen : “Midcentury Memories. The Anonymous Project”.

Si vous avez aimé The Anonymous Project, vous pouvez visiter leur site officiel et leur compte Instagram.

On vous avait parlé d’un lieu dédié à la photographie historique à Paris : notre article.

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