New-York City, 1950 : des moments contemplatifs du tumulte new-yorkais, quelques images chaleureuses et parfois intimes. Des peintures, ou des clichés couleurs ? Cadrages surprenants ou flous, jeux de transparences quasiment abstraits, peintre et photographe de mode, pionnier de la photographie couleur des années 1950, Saul Leiter par Beware!.

Photographie floue d'une femme entrain de bronzer nue Saul Leiter

Qui est Saul Leiter ?

Saul Leiter n’était pourtant pas voué à devenir photographe. C’est en 1923 à Pittsburgh, dans l’État de Pennsylvanie, aux États-Unis qu’il naît. Fils d’un rabbin renommé de la ville qui espérait le même avenir pour ses trois fils, Leiter fréquente à son tour l’école rabbinique. Dans un esprit de contradiction, considéré a fortiori comme le “rebelle de la famille” et marqué par des relations difficiles avec son père, il refuse de devenir un “juif professionnel” et interrompt ses études au milieu des années 1940, part pour New-York et se consacre à la peinture.

Autoportrait Saul Leiter

Fraichement débarqué à New-York, c’est à la bibliothèque publique qu’il découvre les livres et l’art. Il y fréquente Richard Poussette-Dart, peintre expressionniste abstrait qui deviendra son ami. Il se mettra à la photographie de rue sur les conseils de celui-ci, flâne dans la rue de 1948 à 1960, s’inspirant de la vie urbaine de New-York, Paris, ou parfois des villes italiennes, photographiant, d’abord en noir et blanc, avec passion. Il se tourne ensuite vers la couleur, support qu’il alternera avec le noir et blanc mais qui fera du photographe un pionnier en la matière.

Saul Leiter inscription sur une vitrine et buée romantique
Saul Leiter, pluie, buée, floue et parapluie

En 1953, Steichen, alors conservateur de la photographie du MoMA, sélectionne une vingtaine de tirages en noir et blanc de l’artiste pour l’exposition “Always the Young Stranger”. Leiter en profite pour ouvrir son studio de photographie et en 1957, Steichen s’intéresse de nouveau à son travail, mais cette fois pour ses images couleurs afin de contribuer à l’exposition “The family of man”. Leiter déclinera l’offre, peu enthousiaste vis-à-vis de son propre travail, préférant les conserver sous forme de diapositives ou de négatifs. Dans le même temps et jusqu’aux années 1980, il travaillera en tant que photographe de mode pour les magazines Harper’s Bazaar, ELLE, Vogue, Esquire, ou British Vogue, devenant un des photographes de mode les plus prestigieux.

Saul Leiter, jeu de reflet sur une vitrine
Photographie Saul Leiter, homme traversant devant un taxi

Mais c’est dans les années 1990 que Saul Leiter est redécouvert, lui permettant d’atteindre la célébrité, plutôt tardive, grâce notamment à la Howard Greenberg Gallery de New-York qui organisa, en 1993, une exposition de ses photographies noir et blanc. En 2000, c’est la photographie couleur des années 1970 qui connaît un regain d’intérêt dans les musées ainsi que sur le marché de l’art.

Les expositions de ses œuvres de Leiter s’enchainent. En 2012, Tomas Leach lui consacre un documentaire : In no Great Hurry : 13 Lessons in Life with Saul Leiter (2012).
Saul Leiter meurt en 2013, à New York.

Travail photographique

Saul Leiter est un photographe à part. Il commence par s’exercer à la peinture abstraite, tout en courant à travers la jungle urbaine qu’est New-York, terrain de jeux naturels l’orientant instinctivement vers la photographie de rue. Néanmoins, il est loin de la “street photography” traditionnelle, les cadrages de ses photos sont parfois surprenants et originaux, flous ou embués, romantique avec des jeux de reflets directs ou indirects, loin des illustrations de la vie citadine. Il utilise la couleur comme une matière qu’il étale sur ses images comme des aplats dans ses toiles.
Néanmoins, à l’époque la couleur en photographie n’était que peu appréciée, loin du noir et blanc artistique jugé par les critiques, parfois associé à la photographie commerciale, la publicité, ou la mode. C’est d’ailleurs pour ses photos de mode qu’il fut d’abord reconnu, la jugeant comme une prolongation de son art, de sa vision, et qui fera de Leiter un des pionniers de la photographie couleur.

Saul Leiter et le taxi
Photographie Saul Leiter flou dans un bar

Les expositions personnelles de Saul Leiter

  • 1944 : Ten Thirty Gallery, Cleveland
  • 1945 : The Outlines Gallery, Pittsburgh
  • 1947 : Butler Institute of American Art, Youngstown, OH
  • 1950 : Tanager Gallery, New-York
  • 1954 : Emerging Talent. Curated by Clement Greenberg. Samuel Koontz Gallery, New-York
  • 1972 : Midtown Y, New-York
  • 1984 : Gallery Lafayette, New-York
  • 1985 : Gallery Lafayette, New-York
  • 1993 : Howard Greenberg Gallery, New-York
  • 1994 : Howard Greenberg Gallery, New-Yokr
  • 1997 : In Color. Howard Greenberg Gallery, New-York
  • 1997 : In Color. Martha Schneider Gallery, Chicago
  • 2004 : In Color. Staton Greenberg Gallery, Santa Barbara
  • 2005 : Early Color. Howard Greenberg Gallery, New-York
  • 2006 : The Fashion Photographs of Festival International de mode et de photographie, Hyères
  • 2006 : Color, Fifty One Fine Art Photography, Anvers
  • 2006 : In Living Color, Photographs by Milwaukee Art Museum
  • 2007 : Early Color, University of Maine Museum of Art, Bangor
  • 2008 : Galerie Camera Obscura, Paris
  • 2008 : Faggionato Fine Arts, Londres
  • 2008 : Howard Greenberg Gallery, New-York
  • 2008 : Jackson Fine Art, Atlanta
  • 2008 : Galleria Carla Sozzani, Milan
  • 2008 : Fondation Henri Cartier-Bresson, Paris
  • 2009 : Dancing in the street, Musée Nicéphore-Niépce, Chalon-sur-Saône
  • 2010 : Mois de la Photo, Paris
  • 2011 : New-York Reflections, Musée historique juif, Amsterdam
  • 2011 : Fifty One Gallery, Anvers
  • 2012 : Retrospective, Deichtorhallen Hambourg, Allemagne
  • 2013 : Kunst Haus Wien, Vienne, Autriche
Saul Leiter, la photographie jugée la plus belle
Photographie de Saul Leiter en noir et blanc