Sara Imloul portrait de la photographe

Plongez dans l’introspection expressionniste de Sara Imloul

“Toutes mes images sont issues de mon imaginaire mais surtout de réflexions introspectives…” De sa première série – intitulée Le Cirque Noir – à sa consécration au Prix Levallois 2019 avec Passages, Sara Imloul nous entraine, depuis maintenant 13 ans, dans ses songes, ses peurs et ses pensées les plus intimes. Un long périple durant lequel l’artiste n’aura cessé d’expérimenter et de cultiver un rapport presque métaphysique avec la Photographie. Tout commence en 2008 à l’ETPA de Toulouse lorsque Sara Imloul, alors encore étudiante, découvre le calotype, un procédé apparu au milieu du 19ème siècle. “J’ai découvert le calotype dans les premiers six mois et je suis restée bloquée. Les deux années suivantes, je ne voulais faire que ça…” expliquait-elle ainsi lors d’une interview. La photographe se fascine donc pour ce procédé qui lui offre une immense liberté, mais qui surtout, lui permet d’entretenir un rapport sensitif, voire sensuel, avec la matière. Imloul peut ainsi retoucher le négatif même, et ce, à sa guise.

Portrait réalisé par la photographe parisienne Sara Imloul

Une réflexion transartistique

Cette découverte représente pour Sara Imloul le point de départ de sa première série, Le Cirque Noir. Inspiré par l’imagerie du cinéma expressionniste allemand des années 30, la série invite les spectateurs à s’immerger dans un théâtre dont l’esthétique oscille entre un surréalisme dérangeant et un romantisme noir et mystérieux. L’utilisation du calotype venant appuyer cette ambiance particulière grâce à un Noir & Blanc épais, sale et sombre, ce qui permet de faire resurgir de ces portraits, une impression de vieillesse. Comme, si ces clichés avaient traversé le siècle dernier, entre d’innombrables retouches et les affres du temps, pour enfin nous parvenir, bien des décennies plus tard. Le parallèle entre l’expressionnisme allemand et Le Cirque Noir saute d’autant plus aux yeux, que Sara Imloul a décidé de mettre en scène des pierrots, des danseuses et autres itinérants du spectacle provenant de l’univers du cirque – voire du freak show. Imloul donne ainsi le premier rôle à ces personnes vivant dans la marginalité, tant grâce à leur métier que leur état d’esprit. Plus qu’une histoire de photographie, nous sommes des spectateurs hypnotisés par un spectacle muet, d’une étrangeté fascinante et où toute vraisemblance du réel est suspendue pour laisser place à l’altérité et l’onirisme.

Sara Imloul va par la suite prolonger cette introspection métaphorique entamée dans Le Cirque Noir et va même, pour cela, briser les frontières qui séparent les différents moyens d’expressions artistiques pour incorporer à son processus créatif une écriture romanesque, de la poésie, de la vidéo ou encore, des illustrations. DAS SCHLOSS (Le Château) – publié aux éditions Filigranes en 2015 – va, par exemple, lui permettre de dresser une “constellation familiale surréaliste”, contenue dans un huit-clos déroutant, durant lequel les spectateurs/lecteurs pénètrent dans une demeure où le palpable rentre en collision avec l’abstrait, où l’onirique et le cauchemardesque chantent en chœur et où le symbolisme et l’ésotérisme règnent en maître. La série se dévoile même sous un paradigme des plus intimiste, vu que Sara Imloul y a notamment mis en scène sa mère, son grand-père, sa tante, sa cousine, elle-même et enfin, la maison familiale.

“Qui est derrière ce masque ? Qui joue le rôle de qui ? La maison est devenue l’écrin, la boite crânienne où se formaient les cadavres exquis de mon imaginaire.”

Seulement, l’artiste basée à Paris va brusquement mettre un coup d’arrêt à ses questionnements existentiels en prenant une longue pause à la suite de DAS SCHLOSS. Les attentats à Paris du 13 novembre 2015 l’ont, de fait, intimement bouleversé, ce qui l’aura poussé à prendre du temps pour elle. “Durant cette période, je suis restée enfermée longtemps chez moi.” Sara Imloul croisera à nouveau la route de la photographie trois ans plus tard, en entamant un de ses derniers projets personnels en date, à savoir la série intitulée Passages. La photographe a, pour cette occasion, poussé son processus créatif à son paroxysme. Surtout, que cette “pause” de trois ans fut un espace propice à de longs moments de réflexion et de déconstruction, ce qui est tout sauf négligeable quand on sait à quel point l’artiste puisse au plus profond d’elle-même lorsqu’elle crée. Les balbutiements d’une photo à venir passent ainsi presque systématiquement par l’étape de l’imagerie mentale, durant laquelle Sara Imloul creuse dans ses songes les plus enfouis pour en ressortir l’ébauche d’un visuel, d’une scène ou même, juste d’un sentiment. Elle en dessine ensuite les contours sur papier, avant de dénicher des accessoires et du mobilier pour sa mise en scène, pour finalement préparer l’installation.

À travers les 32 clichés qui composent Passages, le spectateur plonge véritablement dans les états d’âme de l’artiste, tant elle y a insufflé des années d’introspection. Sara Imloul ne délaisse pourtant pas cette imagerie surréaliste et expressionniste qui lui est tant chère. Les objets y trouvent donc une place toute particulière, notamment pour leurs symboliques respectives. Pourtant, si Le Cirque Noir était ce qui ressemble à un exercice de style et que DAS SCHLOSS était une comptine familiale et étrange, Passages se veut être plus universel dans son approche. Mais, finalement est-ce si étonnant ? Car, après tout, Passages est sûrement sa série la plus personnelle. Une série qui est le fruit d’un évènement bouleversant et des trois années qui suivirent. Une série qui représente tout simplement le reflet des états d’âme de son autrice.

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