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Robert Adams : Pionnier de la photographie de paysages modifiés par l’homme

Le photographe Robert Adams est mondialement connu pour ses photographies en noir et blanc de l’Ouest Américain. Il documente sans artifices l’urbanisation. C’est aussi l’un des pionniers de la photographie moderne : il est une figure clé du mouvement New Topographic.

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“Colorado Springs”

Les photographies écologistes de Robert Adams

« Quand j’étais au lycée, ma famille a déménagé au Colorado. Et au début, pour être honnête, je n’aimais pas. Il semblait que les saisons étaient étranges et ne changeaient pas vraiment. Mais après un peu de travail dans les montagnes, j’ai commencé à l’aimer passionnément. » explique Robert Adams dans une interview pour le San Fransisco Museum Of Modern Art.

Les paysages de l’Ouest Américain, Robert Adams les voit comme personne : en noir et blanc, simple, sans artifices. “Colorado Springs” est sans aucun doute sa photographie la plus célèbre. le photographe joue avec les lignes verticales et horizontales de la petite maison qu’il prend en photo. La silhouette féminine se détache de la composition grâce à l’embrasure des fenêtres. Elle donne de la perspective à la photographie, écrasée par la maison plutôt ras de terre.

Il publie cette photographie dans son livre le plus connu : “The New West, Landscapes Along the Colorado Front Range” en 1974. Sa série s’attache à photographier les constructions humaines dans le paysage occidental : les terrains, les mobile-homes, les lotissements, les centres commerciaux. Petit à petit, Robert Adams s’intéresse aux terrains déserts, grignotés par les humains.

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« Le sujet des photos, ce n’est pas (…) les maisons de campagne ou les autoroutes mais la source de toutes formes, la lumière. Le Front Range est étonnant car il est recouvert d’une lumière d’une telle richesse que la banalité est impossible. »

Robert Adams pour An0ther

Robert Adams pour “The New West” montre aussi un nouvel eldorado pour le commerce et l’immobilier. Photographier l’Ouest de l’Amérique, oui, mais pas celle que l’on connait : « Pourquoi ouvrir les yeux ailleurs que dans des endroits intacts comme les parcs nationaux ? Une des raisons est, bien sûr, que nous ne vivons pas dans des parcs, que nous devons améliorer les choses chez nous, et pour cela nous devons voir les faits… Mais paradoxalement, nous avons aussi besoin de voir toute la géographie, naturelle et artificielle, pour connaître une paix ; toute terre, quoi qu’il lui soit arrivée, a sur elle une grâce, une beauté absolue et persistante. » explique-t-il dans l’introduction de son ouvrage.

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Robert Adams est alors précurseur de la photographie qui s’intéresse à l’éclatement de la nature par l’homme. En 1979, il réalise sa série “Our lives and our children, Photographs Taken Near the Rocky Flats Nuclear Weapons Plan“. Le photographe anticipe la transformation des paysages par l’homme. Prises entre 1979 et 1982, “Our lives and our children” est une série engagée sur les dangers de l’arme nucléaire.

À l’origine de la série, selon un article de Télérama, une immense échappée de fumée qui s’élève au dessus de l’usine d’armes nucléaires de Rocky Flats, dans le Colorado. Le photographe imagine un environnement brumeux et inquiétant. Le danger, dans la série c’est justement l’imprévisible et l’invisible. La menace nucléaire est toujours sous-jacente et si personne ne s’en inquiète, alors tout ce que les américains font quotidiennement pourrait ne plus exister. C’est avec subtilité que Robert Adams photographie principalement les enfants mais aussi la routine du quotidien : l’attente, les courses… Tout pourrait disparaître : « Ma conviction est aujourd’hui la même qu’en 1983 ; si l’humanité ne trouve pas le moyen d’établir une gouvernance mondiale juste, et ainsi de se débarrasser de la prétendue nécessité de
l’arme nucléaire, ce qui n’est que probable arrivera un jour.»
explique Robert Adams en 2018.

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« D’après moi, pour trouver en nous-mêmes la volonté d’interroger inlassablement les politiciens, nous devons d’abord chérir les individus avec lesquels nous vivons. Il nous faut découvrir ce que chacun de ces êtres recèle ce qu’il a de mystérieux. Combien d’entre eux, dans les moments de réflexion, de joie ou de souci, manifestent une sorte d’héroïsme. Chacun réfute l’idée de pertes acceptables »

Robert Adams
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Pour sa série, Robert Adams utilise un appareil photo de la marque suédoise : Hasselblad. Il cache son appareil derrière un sac de provisions. Il photographie la société de consommation redoutable, et pourtant faible sous cette menace.

Les attitudes spontanées des sujets rendent nostalgiques les photos du photographe. Des enfants jouent, des adultes sont surpris, certains ont un regard perdu, ils sont dans leurs pensées. Sa série a fait l’objet d’une exposition à la fondation Henri Cartier Bresson par Agnès Sire. L’auteur de la série explique pourquoi un artiste a la légitimité pour lutter contre de telles causes : « Être attentif au monde, qu’il soit agréable ou non, c’est la responsabilité des artistes. Ils nous aident à vivre dans le respect. Le beau, plus que tout autre est ce qui définit l’art. Le beau n’est rien moins qu’un mystère, mais porte en lui une promesse. Ainsi l’art pousse à la gratitude et à l’engagement, tant dans nos actes privés que publics. »

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Robert Adams est connu pour ses photographies qui documentent une époque de l’Amérique, mais aussi et surtout parce qu’il est précurseur d’un nouveau genre de photographies : le New Topographic

New Topographic

En 1937, Robert Adams né à Orange dans le New Jersey. Sa famille déménage dans le Colorado. Il étudie l’Anglais dans deux universités en Californie : à Redlands et en Caroline du Sud. Il s’intéresse à la Ansel Adams, photographe qu’il admire. Alors qu’en 1962, il devient professeur assistant d’anglais au College de Colorado Springs, il assiste à l’industrialisation et l’urbanisation de la région. Il commence à prendre des photographies en noir et blanc, au 35 mm, en 1963. Le photographe Myron Wook lui enseigne des techniques de photographe. Il commence alors à photographier le Colorado. Il réalise sa première série “Colorado Springs“. Le MoMa lui achète quatre tirages de sa série. Le Colorado ne le quittera plus :

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Il publie, en 1970 son premier ouvrage, “White Churches of the Plains” après de longues années de refus d’édition. L’année d’après, pour la première fois, il fait l’objet d’une première exposition au Colorado Springs Fine Arts Center. Il publie ensuite son deuxième ouvrage en 1974 que nous avons évoqué plus haut : “The New West, Landscapes Along the Colorado Front Range“.

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Mais c’est surtout en 1975 que la vie du photographe bascule. Il participe à l’exposition “New topographics : Photographs of a Man-Altered Landscape” imaginée par William Jenkins à New York. Dix photographes sont mis à l’honneur, pour leur vision singulière et avant-gardiste de la photographie de paysages : à la limite du documentaire, les photographes s’intéressent à ce qui paraissait banal à l’époque : les paysages dénaturés par l’Homme. Ce nouveau courant s’éloigne des photographies de paysages qui idéalisaient la nature.

Dans un article du Guardian, le journaliste Sean O’Hagan évoque avec précision l’importance du New Topographic : « L’exposition New Topographics en 1975 a été un moment où un certain courant de photographie à orientation théorique a commencé à imprégner le monde de l’art contemporain. Avec le recul, on peut voir comment ces images du “paysage altéré par l’homme” portaient un message politique et reflétaient, inconsciemment ou non, le malaise croissant quant à la manière dont le paysage naturel était érodé par le développement industriel et l’expansion des villes. »

L’exposition n’est pas vraiment acceptée : « Ce dont je me souviens le plus clairement, c’est que personne n’aimait ça » explique Frank Gohlke, photographe exposé à l’époque au LA Times. L’artiste publie “denver: A Photographic Survey of the Metropolitan Area” en 1977 puis “Prairie” en 1979.

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Avec “Prairie“, Robert Adams publie une fois de plus un ouvrage sur l’urbanisation, cette fois de Denver. On y voit des prairies, des champs, des fermes… Robert Adams offre une vision presque sentimentale de ces grands espaces. Sa série est exposée dans plusieurs villes, avant la publication du livre : au musée d’Art de Denver, au Colorado et au MoMa à New York.

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En 1979, il réalise les premières photographies de “Our Lives, Our Children”. Il publie ensuite plusieurs autres ouvrages dont “In the American West Is Hope Possible ?”. Il est exposé au Japon et à Bruxelles au début des années 90. Il reçoit la bourse de la fondation Mac Arthur en 1994. Il publie en 2005 “Turning Back“, un ouvrage photographique sur la déforestation : « C’est un voyage sinistre. » explique-t-il dans une interview pour Art21 avant d’ajouter : « Je pense que c’est aussi un terrible exemple de violence et d’insouciance à offrir à chaque nouvelle génération. Si vous ne vous souciez pas de ce dont vos petits-enfants et leurs enfants vont hériter, de quoi vous souciez-vous ? Je ne me soucie pas seulement d’une canette de bière sur une souche. Je m’inquiète de la disparition de l’une des grandes forêts tropicales du monde. »

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gros tronc arbre Robert Adams

En 2007, la première grande exposition du photographe américain lui est consacrée à Paris par la Fondation Cartier, intitulée “On the Edge”. Plusieurs rétrospectives lui sont alors consacrées notamment “L’endroit où nous vivons” en 2014 au Jeu de Paume à Paris. Le photographe continue alors de photographier le Colorado.

On vous laisse avec des photos d’autres séries de Robert Adams :

manège nuit fête forraine Summer Nights noir et blanc profond Robert Adams
“Summer Nights”
palmiers vents tombent
“California”
allée rocher eau
“West from the Columbia”
vallée brume eau arc en ciel noir et blanc
“Pine Valley”
route sapins arbre Amérique arround the house & forest roads
“Around the house & Forest Roads”

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