Samedi 20 août dernier, Beware s’est fait inviter par l’artiste peintre Louis Salkind à une visite privée de son exposition à la galerie DIX9.

L’invitation reçue, nous, aussitôt, on s’intéresse, on fait quelques recherches sur le net pour se faire une idée du personnage. Louis Salkind, on ne connaissait pas à Beware, mais d’ailleurs, à Beware, on ne connait pas grand-chose.

Finalement, sans trop d’effort, on tombe sur un CV, et ce CV nous impressionne. On se frotte les mains, contents, et on se dit qu’on va aller parler peinture avec un mec qui s’y connait. Mais aussi, on s’inquiète, car on lit les interviews par lui déjà données, on lit les articles écrits sur lui, qui sont très compliqués ; un confrère à même intitulé le sien “métaphysique originelle” ce qui à Beware nous a beaucoup impressionnés , car nous ignorons ce que c’est, nous, la “métaphysique originelle”. Nous vient aussitôt la crainte de ne pas être considéré comme une presse sérieuse. En réponse, armé d’un appareil photo jetable et de chemises propres, nous nous sommes rendus aux 19 rues des filles du calvaire, pour inaugurer cette première “Rencontres jetables”# 1

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Regard léger, profil tout à fait 16e siècle, surement capétien, surement un peu Valois, et la voix très douce, tout à fait murmurante ; Louis Salkind nous a accueilli avec du thé. On a sonné, on est entré. La galerie DIX9 donne sur la cour d’une bâtisse cossue ; à l’entrée, seule une plaque laisse deviner sa présence. Un grand espace au centre, une baie vitrée pour la lumière, et chaque mur pour lui : Louis Salkind s’installe ici pour la troisième fois. Les deux premières, il exposait ses Présences flottantes ACT1 , et ACT1 seconde partie. Les très respectés Beaux Arts Magazine et Telerama se sont permis des papiers élogieux à ce sujet_ et c’est en garçon ordonné qu’il expose, à partir du 3 septembre 2016, Présences flottant ACT2.

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Chez Louis Salkind, on le devine, il y a un besoin de s’exprimer. À croire qu’il est venu au monde trop lourd, trop rempli, devant en somme s’empresser de faire advenir ce qui devait advenir de lui. Alors, Louis Salkind a fait du théâtre avec succès, ai-je entendu, puis du chant lyrique avec succès, et de la danse avec succès, et tant d’avec succès additionnés, l’autorisait presque à se planter dans la peinture. « Ça serait justice », grommellent les incapables. Or il ne s’est pas planté. Mais d’ailleurs, ça serait mensonge que de le présenter comme un individu trop versatile pour être honnête, car il assure se consacrer dorénavant entièrement à la peinture. On peut toutefois s’estomaquer devant ses années, pour exemple, 2007, où il faisait cohabiter le chant, le théâtre, la danse et les beaux-arts dans des petites semaines de sept jours.

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Est-ce la preuve que Louis Salkind a beaucoup à dire ? Il faut admettre que oui. Nous avons fait étape devant chaque oeuvre, et devant chaque oeuvre Louis Salkind nous gratifia d’un petit exposé sur la genèse et l’élaboration de l’oeuvre.

Il raconte sans pudeur ses influences, ses démarches abstraites, mais aussi parfois extrêmement lucides. Une toile comme « Marilyn de Willendorf » ou « Homme » sont le fruit d’une réflexion tout à fait raisonnée et évoque des sujets de société , quand d’autres oeuvres plus secrètes et personnel tel que « Promenade au sous-bois » viennent au monde suite à un rêve. Plus intéressant encore, lorsqu’il raconte une association sonore être à l’origine du choix d’un motif et d’une couleur : nous regardions « La nuit cannibale », et il nous confie avoir donné des dents au sarcophage, car sa couleur OR sonnait comme une mORsure.

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Techniquement, on remarque une plus grande maturité dans sa nouvelle série. Plus à l’aise, déjà un peu plus peintre qu’il n’était, ses formes_ parfois bestiales, parfois humaines_ flotte dans un fond organique bleu nuit cauchemar, vert mercure, qui est à l’opposé de ses fonds uniformes de son premier acte qui avait la simple charge de ne pas retenir l’attention au profit de son sujet. Là, il s’ose à autre chose, et s’approprie toute la toile. Il aurait pu benoitement reproduire le succès de sa première exposition, mais non, car il est respectable à ce point. Mais de manière similaire aux silhouettes de l’ACT 1, tout nous parait être ondulant, rien n’est figé et définitif. D’une large toile représentant une chauve-souris, il nous demande si nous l’a pensons terminé. Lui-même l’ignore. Certaines oeuvres lui semblent si mystérieuses, qu’il, en nous la montrant, expire lourdement et d’un mouvement d’épaule semble dire presque gêné : « oui c’est ce qui est sorti de moi »

Et c’est peut-être en cela qu’on ne peut s’empêcher de trouver Louis Salkind attachant. Que ce soit pensée lucide ou rêve incontrôlable, il ressent le désir de le peindre, et de l’exprimer. À la question du « quoi peindre ? » Louis Salkind choisit de peindre tout, de faire l’étalage complet de son être. Les représentations de ses fantasmes, de ses opinions, et de ses envies vivent ensemble en harmonie sur les murs de la galerie. Tout ce qui gronde en lui, consciemment ou inconsciemment, devient en définitive, art. Son mécanisme d’inspiration est à toute épreuve.

Quant aux exposés qu’il a pu nous tenir détaillant chacune de ses oeuvres, on vous les tait, car l’interprétation a de la saveur quand elle est échangée, et non pas répétée. D’ailleurs, allez parler vous-même à Louis Salkind.Pour qui aime à causer peinture, il trouvera là un interlocuteur de choix. Puis, en plus, il y a du thé.

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Les photos ne reproduisent pas avec justice les couleurs et les reflets du travail de l’artiste; vous trouverez ses oeuvres sur : http://www.louissalkind.fr/

Remerciement à Raphael Foulon pour les photos.