À l’occasion de la sortie de leur nouvel album intitulé « Kara » nous avons rencontré Morgan du groupe We Are Shining. Issu de la scène Indie londonienne, ce duo authentique nous transporte avec intensité dans un univers teinté d’influences musicales.

We Are Shining

Après le succès de votre mixtape « Devileye » que ressens-tu à l’idée de présenter votre nouvel album intitulé « Kara » et d’être confronté à l’opinion du public ? Autrement dit, es-tu confiant ?

Morgan : En Angleterre, les deux projets se sont enchainés c’est la raison pour laquelle je n’ai pas eu conscience du temps écoulé entre ces derniers. Je suis confiant pour ce nouvel album dans le sens où j’apprécie le travail que nous avons réalisé. De manière générale, les français respectent les efforts artistiques et les personnes qui essayent de produire du contenu différenciant.
Nous avons réalisé ce projet parce que nous avions besoin de le faire. Notre souhait est bien évidemment que vous apprécierez notre travail. Par le passé, j’ai eu l’opportunité d’enregistrer en France ce qui reste une bonne expérience dans mon esprit. Contrairement à Londres, votre société promeut des artistes de manière chaleureuse, c’est la raison pour laquelle nous espérons trouver un réel support de votre part.

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Comment décrirais-tu ce nouvel album ?

Morgan : Avant tout, c’est un album complet que nous pouvons qualifier de palette en ce qui concerne les mélodies que nous utilisons, les artistes avec lesquels nous collaborons. Nous formions une sorte de famille rassemblée et impliquée dans ce projet. Notre manière de travailler était libre, divertissante et de la vie se dégageait constamment de cet espace. Nous ne voulions pas imposer une pression permanente à quiconque. Je dirais que je suis satisfait de l’univers que nous avons réalisé.

 

Chaque morceau est différent, j’ai l’impression que vous explorez toutes les facettes de la musique. Est-ce qu’il y a une histoire liée à cette diversité ?

Morgan : Au début, nous venons d’un univers issus du hip-hop ce qui nous a permis de développer une sensibilité à des musiques diverses et variées. Ce nouvel album s’inspire des musiques expérimentales de la fin des années 1960 et 1970 en Afrique et en Europe de l’Est. Ces pays ont une approche différente de la musique qui se veut être davantage folklorique. Durant ces années, ils commencent à intégrer l’électronique et les substances illicites circulaient. Ces expérimentations donnaient des résultats fascinants notamment au Pérou. Toutes ces influences sont regroupées au sein de cet album.

À quel moment avez-vous décidé de collaborer ?

Morgan : Cela fait un moment désormais, nous nous connaissons depuis presque vingt ans. Acyde voulait s’impliquer dans la production c’est la raison pour laquelle nous avons commencé à collaborer. Au début, nous avons réalisé des morceaux divers et variés pour plusieurs personnes sous le nom de The Shining. Parallèlement, nous avons commencé à produire des choses qui nous ressemblaient comme « Hey You ». Le label Young Turks est intervenu positivement dans ce processus. Ils voulaient sortir ce morceau, ce qui n’était initialement pas prévu mais c’était le début de ce que nous sommes aujourd’hui et cela ne se refuse pas.

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Le titre « Breaks » est co-écrit avec l’artiste britannique, FKA Twigs. Parle nous de cette collaboration.

Morgan : Je connaissais Twigs avant qu’elle ne devienne FKA Twigs. Nous fréquentons le même quartier, c’est donc une personne que je croise régulièrement. Un jour, elle est venue dans notre studio avec deux morceaux. Quand elle a commencé à interpréter « Breaks » j’ai immédiatement ressenti une émotion particulière. Je lui ai dit qu’elle serait une force dans ce domaine parce que ce moment était irréel et intense. Une fois que ce morceau était terminé, elle nous a annoncé qu’elle ne souhaitait plus apparaître sur cet album en raison de son projet personnel. Je respecte entièrement sa décision, j’admire la manière dont elle évolue. Un ami qui est impliqué dans le projet musical des Little Dragon, m’a fait écouter la voix d’Andrea Balency, ce qui était une évidence. J’ai immédiatement voulu lui demander d’interpréter « Breaks » en raison de la similarité de sa voix avec FKA Twigs. Nous avons travaillé en studio à Paris, je voulais qu’elle s’approprie le morceau c’est la raison pour laquelle nous voulions modifier certains aspects de ce dernier. Cependant, FKA Twigs avait si bien construit et incarnée l’intégralité de ce titre que nous avons reproduit la version initiale. Andrea est une artiste brillante avec qui j’aimerais collaborer à nouveau.

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As-tu d’autres artistes sur ta wishlist ?

Morgan : La sensibilité est à la base de toutes nos collaborations. Nous travaillons avec des personnes parce que nous partageons des valeurs, des émotions. Ces démarches ont un sens réel pour nous. J’avais profondément envie de collaborer avec l’artiste Mallie, ce que nous avons d’ailleurs fait avec le titre « Thru The Dark ». Actuellement, nous réalisons un projet avec cette personne qui sera, espérons-le, déterminant pour elle. Elle représente une force musicale impressionnante et authentique. Désormais, j’ai envie de construire des projets pour des personnes qui méritent une certaine reconnaissance. En tant que producteurs, nous avons envie de les mettre dans une position favorable. Récemment, nous avons travaillé avec des artistes reconnus comme Kanye West, ce qui est un autre aspect de la production.

 

Quel est votre but ultime en ce qui concerne la musique que vous produisez ?

Morgan : Pour être honnête, c’est une démarche égoïste. J’ai envie de produire des musiques qualitatives, des mélodies inconnues qui me surprennent. C’est une quête permanente qui me permet d’approfondir mes recherches. J’ai également envie que les personnes qui écoutent mes morceaux ressentent des émotions et se posent des questions. Le processus de création est une forme d’introspection.

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Crédits photos : Bolade Banjo et William Lounsbury