Sorti ce 19 janvier, l’album Phantom revient sur les chemins empruntés par Lionel Corsini, collectionneur de vinyles, boulimique de voyages et de rencontres, connu sous le nom de DJ OIL. Né des concerts, cet album émerge dans la discographie de l’artiste sans prévenir. Si la surprise était brutale, le contenu de ces 12 morceaux n’en est pas moins abouti et reflète la palette de profondes influences, de cultures et d’expériences que Lionel a foulé, ainsi libre de démêler les samples et les réminiscences africaines – aussi discrètes soient-elles – dans une production chaleureuse et ambitieuse mais néanmoins accessible et entraînante.

Rendez-vous express à RadioCampus, comptons ça en deux dizaines de minutes, où l’artiste nous confie qu’il a été le premier surpris par la naissance de cet album et que les projets en parallèle seront aussi riches en couleurs et en musicalité. Mais ça c’est pas lui qui l’a dit, c’est plutôt notre conclusion.

Beware : T’as eu un parcours hallucinant, t’as commencé à la radio, travaillé dans la nuit dans des clubs, un premier album avec TroubleMakers, un voyage en Afrique, deux albums solos. J’ai l’impression que chaque album est plus ou moins étroitement attaché à des périodes de ta vie ?

Lionel : Oui par ma vie de famille aussi, j’ai eu une petite fille  il y a 5 ans puis je suis toujours resté à Marseille, j’ai gardé une certaine stabilité par rapport à ça. Mais mes voyages en Afrique ont changé ma vie ouais.

B : C’est le projet Ashes to Machine qui pique ma curiosité, j’aimerais que tu nous racontes.

Lionel : Le but de ce truc là en fait, je suis parti en 2005 au Kenya avec mon ordinateur, invité par un ami à moi qui était là bas en poste ‘Charles Oudar’, il m’a invité pour faire une résidence avec des musiciens kenyans, une semaine de travail avec eux avec mon ordinateur sur scène où j’envoyais donc les parties, samples, eux jouaient avec moi, à partir de ça on a élaboré ensemble un répertoire commun de 8-9 morceaux et on a joué en live ensemble. À la fin de ce projet là on était plutôt emballés du résultat et de la façon dont ça s’était passé. Charles et le directeur de l’Alliance Française du Kenya ont décidé de proposer ce projet là à tout l’ensemble des Alliances françaises (ça marche par zone), il a été accepté par tous les pays. J’ai ramené Jeff Charrel avec moi aussi, on est partis tous les trois, on a fait une première série de 28 pays, on faisait une semaine de résidence de travail pour élaborer ce répertoire commun, 10-15 musiciens par pays dont Charles s’était occupé du recrutement. À chaque fois, une semaine de travail qui finissait par un concert avec eux, sans but discographique mais juste pour travailler, échanger, pour améliorer et prendre de l’expérience, rencontrer de nouveaux musiciens qui ne se connaissaient pas entre eux et qui après ont fini par continuer à travailler ensemble, ça c’était intéressant. Y’avait pas de but discographique, y’avait pas d’argent à la fin, on travaillait pas dans les mêmes conditions, les gens sont plus relax.

Ces gens qui ont joué avec vous, pour vous et vous pour eux, ça a fait 35 pays au total. À la suite de ça, t’as fait ton premier album en solo “Black Notes”.

Lionel : J’ai commencé à composer l’album quand j’étais en Afrique donc très influencé par ce pays même s’il n’y a aucun sample, ni aucune source sonore que j’ai enregistré là bas. Cet album est resté assez urbain, même s’il y’a quelques réminiscences africaines on va dire, mais c’est juste de l’influence, sur un morceau y’a MC que j’avais rencontré en Afrique du Sud et qui a posé sur mon album.

J’ai l’impression que ce voyage a été un peu pour toi l’occasion de te recentrer sur ce que tu avais appris et sur ce que tu aimes, quelque chose de vraiment beaucoup introspectif puisque c’était en l’occurrence ton premier album solo après les TroubleMakers. De ce fait, qu’est ce que ce deuxième album solo vient traduire ?

Lionel :  En fait cet album, ce ne sont que des enregistrements live que j’ai fait entre 2012 et 2014, enregistrements que j’ai fait à mon studio après une semaine de travail en résidence ou en live, soirées etc, qui n’ont pas été retouchés derrière donc je m’attendais pas du tout à faire cet album, j’ai posé les sons sur mon soundcloud et BBE m’a contacté pour me dire “ça nous intéresse, pourquoi pas les sortir chez nous” j’ai dit ok, je m’attendais pas du tout à sortir cet album là puisque j’étais en train de travailler sur un projet en décembre à Bordeaux avec des musiciens pour un nouvel album, mais pas du tout celui là. Y’a pas eu de calcul dans cet album là, je ne pensais pas que ces morceaux là sortiraient un jour. C’est une vraie surprise.

Une grosse sélection sur une centaine de morceaux alors. Difficile non? D’ailleurs le nom “Phantom” n’a pas été choisi par hasard.

Lionel : J’en ai choisi 25. Non, pas spécialement difficile, c’étaient les morceaux qui me semblaient les plus aboutis pour des morceaux lives, qui pouvaient être intéressants à l’écoute. Ils étaient écoutables. Pas pour attirer un label. Il s’appelle Phantom parce que les morceaux erraient sur mon disque dur.

T’as donc abordé le métier de la musique dans sa transversalité, au lieu de parler “d’influences”, et j’ai plutôt le sentiment que t’as étiré ces expériences et ces rencontres jusqu’à ce deuxième album.

Lionel : À partir du moment où tu te mets tout seul derrière les machines à travailler des samples et les enregistrements de musiciens que tu as fait, je ne pouvais que donner une vision personnelle de ce que j’aime en fait, la musique que je produis c’est la musique que je jouerai en DJ ou que je jouerai en live, de toute façon elle ne peut être que quelque chose de vraiment personnelle, je ne me pose aucune limite, je m’en fous du format et je n’ai jamais joué dans l’optique d’être plus facilement joué à la radio ou “synchronisable” sur de l’image etc, j’ai toujours été un peu sans concessions et même si là il est gravé sur des CD ou vinyles; du coup affûtables aux exigences de la gravure etc, j’ai toujours été très libre. Ce que tu peux pas faire avec un groupe où il y a automatiquement des concessions à faire. Et sur un projet comme ça, je ne fais aucune concession, pareil pour mes lives ou mes dj set, je ne ferai jamais de morceaux pour plaire au public, si ça me fait plaisir à moi et au public tant mieux mais j’observe ce qu’ils aiment, j’y fais attention, je peux me tromper mais j’ai jamais joué de ma vie un morceau qui ne me plaisait pas.

Ces lives et ces concerts vont se passer comment justement ? Puisqu’on s’attend à des scènes pleines de têtes et de profils de musiciens différents. 

Lionel : Aucune idée c’est la question, j’y réfléchis. En ce moment je défends cet album en dj live, je fais pas forcément de grosses scènes ou de gros festivals mais par contre s’il y’a une demande plus importante, je peux m’entourer de musiciens pour ce projet là car j’ai l’habitude de jouer à plusieurs. Mais comme cet album je ne m’y attendais pas, je n’ai pas encore réfléchi à la scène, pour Black Notes j’avais beaucoup réfléchi et finalement c’était mal placé parce que le label a coulé un mois après la sortie du disque donc du coup le live avait coulé avec. Du coup là, je ne sais pas. Par contre le projet que j’ai enregistré en décembre est plus un projet scénique avec des musiciens, plus travaillé etc, la scène sera plus simple à monter. Monter “Phantom” sur scène sera plus compliqué, je serai peut-être plus dans la logique soundsystem : c’est à dire moi tout seul ou avec un ou deux musiciens avec beaucoup de vidéos, de travail avec mon frère (ndlr : Bruno Corsini, réal du clip de “Black Notes” (ft Gift of Gab), la rédaction t’implore d’écouter / mater cette merveille, au moins 2 fois).

Qu’est ce que tu pourrais reprocher aujourd’hui à l’actualité musicale ou à la façon de consommer la musique aujourd’hui ?

Lionel : Y’a plein de choses, beaucoup de gens ne font plus attention, le format mp3 par exemple que je déteste, les radios qui diffusent du RnB ou de la dance pourrie ou alors la bonne musique passe seulement très tard dans la nuit, il y a un problème de curiosité, c’est un peu dommage. Je veux pas être trop passéiste et tout ça, passer pour le vieux con et tout mais voilà, y’aura toujours des générations qui retrouveront le truc et s’intéressent à d’autres choses, heureusement d’ailleurs. Je vis avec l’époque dans laquelle on vit, c’est pas facile des fois mais y’a du bon aussi. Je fais le caméléon, je suis pas si négatif que ça. Y’a des trucs qui sortent qui sont pas mal, Beans par exemple, ou bien Living Legends, King Rain, j’aime bien les Roots évidemment, les Blackalicious, et encore d’autres.Il faut continuer à éveiller les gens, c’est le premier but qu’il faut perpétrer.

Parle nous du coup de ce projet enregistré à Bordeaux. Et d’autres projets secrets d’ailleurs. 

Lionel : J’ai enregistré un album en décembre, un projet qui s’appelle Black Notes Experience, avec Anthony Joseph, Niktus le bassiste d’FFF, Bernard Menu au clavier, Hubert Motteau, Magic Malik, un projet électronique et avec des musiciens que j’ai enregistré, qui sortira dans l’année ou l’année prochaine. On a fait l’album en faisant les lives, ce sera plus facile pour nous de monter sur scène. J’ai un autre album qui sort sur BBE en avril aussi, que j’ai fait avec un groupe de slam et de hip-hop du Zimbabwe “Monkey Nuts” et également une B.O de film qui sortira en décembre. C’est la première fois que je travaille sur un long-métrage, “Mauvais Oeil”.