Portraits de Milanais confinés sous l'oeil de Gabriele Galimberti

Portraits de Milanais confinés sous l’oeil de Gabriele Galimberti

Italie, 8 mars. Face à une épidémie qui se propage dans le pays, la crise sanitaire est annoncée. Le gouvernement se voit dans l’obligation de prendre des mesures drastiques. Ainsi les rues se vident au profit d’un calme inquiétant.

Alors à Milan, sur le point de s’envoler vers les Philippines dans le cadre d’un projet pour le National Geographic, Gabriele Galimberti voit ses plans chamboulés. Voyage annulé, impossibilité de rentrer à Florence, confinement obligatoire en compagnie de sa consoeur journaliste, Gea Scancarello. Cette nuit là, il décide que cette épidémie qui frappe le pays sera la ligne directrice de son nouveau projet. L’Italie étant le premier pays d’Europe à être touché et mis en quarantaine, le sujet ne peut qu’intéresser. C’est pourquoi il contacte directement le National Geographic pour leur faire part de cette idée, qui est immédiatement approuvée.

Ce projet nous a, nous aussi, séduis ! C’est pourquoi nous avons décidé de le contacter afin d’en savoir plus sur son développement et la manière dont il a pu se concrétiser.

Portraits de Milanais confinés sous l'oeil de Gabriele Galimberti

Quand un photographe se heurte à la distanciation sociale

« J’ai trouvé le moyen d’utiliser mon langage par la photographie dans cette délicate et particulière situation de quarantaine » 

Gabriele Galimberti

Dans un premier temps, Gabriel Galimberti nous explique avoir souhaité travailler comme un reporter, ou «  Street photographer », en se rendant sur des lieux clés comme les hôpitaux ou les urgences.

Il s’aperçoit cependant rapidement que ce type de travail photographique ne lui convient pas et n’est pas satisfait des résultats obtenus les premiers jours.

Plus habitué à un travail de portraitiste, il voudrait inscrire ce projet dans cette même veine. La question reste comment, tandis qu’il se trouve en situation de confinement et que même les amis qu’il contacte refusent de le rencontrer devant la dangerosité potentielle que cela représenterait. Devant l’ampleur de la situation et ses conséquences, le photographe dit avoir simplement ressenti le besoin de photographier ses amis, de retranscrire et de comprendre leur isolement. Des contraintes naît la créativité, c’est ainsi qu’est apparu l’ingénieuse initiative du photographe Italien confronté à la distanciation sociale imposée, soit prendre en photo ses modèles de derrière leur fenêtre. « C’était une manière de discuter avec eux sans se mettre en danger de contagion » précise-t-il. Il avait ainsi trouvé le moyen de photographier les gens dans leur maison sans y entrer. « Ce projet se rapproche de mon langage habituel. C’est vraiment similaire à mes anciens projets, ce que j’étais content de pouvoir faire en dépit de la crise sanitaire ».

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Le reflet d’une société bouleversée

« J’ai beaucoup voyagé, mais je n’ai jamais ressenti cette sensation de danger » 

Gabriele Galimberti

Ayant d’abord contacté ses amis confinés à Milan, le photographe a ensuite proposé à ses followers sur Instagram de participer au projet en tant que modèle. Après quelques messages échangés avec les volontaires, toujours accompagné de Gea Scancarello, il a pu aller à leur « rencontre », du moins échanger avec eux et les photographier à travers leur fenêtre. C’est ainsi qu’ils ont pu collecter une vingtaine de portraits et d’histoires différentes.

Qui un jour aurait imaginé vivre un tel fléau ? Personne. Il nous a tous pris au dépourvu et chamboule le monde entier. C’est alors que de cette tragique période que nous vivons émane des relations humaines et sociales inédites. Les conditions exceptionnelles et les réactions variées des personnes rencontrées ont alors fait de ce projet une expérience riche et intéressante, avec au coeur des codes relationnels et des personnes bouleversés.

Certains étaient effrayés quand d’autres se disaient heureux de pouvoir profiter du confinement pour être avec leur famille ou – s’agissant des artistes notamment – de prendre le temps de peindre, de faire de la musique, de cuisiner,…

Aux dires du photojournaliste, les émotions oscillaient entre la peur et la joie avec inévitablement une tristesse en toile de fond. « J’ai beaucoup voyagé, mais je n’ai jamais ressenti cette sensation de danger » confie-t-il.

Ces photos traduisent l’état du photographe et des modèles. Dans l’impossibilité de retranscrire l’ambiance générale de la ville, il nous dit pouvoir cependant le faire pour une partie de la population en reflétant l’état et le ressenti d’une combinaison de différentes personnes et les émotions qui en découlent.

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Du confinement les idées germent

Depuis, le photographe a pu retourner chez lui, à Florence. Bien qu’anxieux et triste face à cette pandémie aux effets dévastateurs, ce confinement est l’occasion pour lui de réfléchir à de nouvelles perspectives quant à ses projets photographiques. 

Deux émergent pour le moment. L’un profiterait des musées désertés, l’autre prendrait des arbres pour modèles – à défaut de ne plus pouvoir prendre des personnes. Il nous parle de cette dernière idée comme d’une expérience nouvelle : « C’est la première fois de ma vie que je vais faire ça, c’est quelque chose de complètement nouveau pour moi, une nouvelle approche de prendre la nature pour  matière. »

Quoi qu’il en soit, nous suivrons de près l’avancée du travail de cet artiste dont le travail s’inscrit chaque fois dans une démarche sociologique, parlant de problématiques qui se retrouvent à travers le monde, notamment dans les livres qu’il a pu faire paraitre comme « In Her Kitchen », « Toy Stories », « The heavens »,…

Pour retrouver l’ensemble de ces projets, c’est par ici. Vous pouvez également le suivre sur Instagram