On a parlé de pop culture marocaine et de Goldorak avec Malca 1

On a parlé de pop culture marocaine et de Goldorak avec Malca

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Pour ceux qui s’en souviennent, on vous parlait déjà de Malca en octobre comme le Toro Y Moi marocain. On le retrouve six mois plus tard avec “ya Layli”, un tube qui confirme tout le bien qu’on pense de lui. Et c’est accompagné d’un clip réalisé par TBMA, les responsables de “Martin Éden” de Nekfeu.

BEWARE: Ta musique est très pop, mais on sent qu’il y a une double lecture dans tes morceaux. Celui-ci aussi?

MALCA: Quand j’écris, j’aime que ça soit à la fois pop et simple de prime abord. Ici on pourrait croire qu’il s’agit d’une relation charnelle avec une fille. Après, j’essaye d’avoir plus de profondeur et d’aborder des sujets de société proches de moi qui touchent à la société marocaine ou la société du monde arabe en général. Et en l’occurrence, ce morceau évoque ce qu’on a tous vécu en tant que marocains, cette sorte de frustration de ne pas pouvoir se toucher, d’avoir un mur qu’on ne peut pas franchir. Il y avait cette volonté d’adapter le propos du morceau avec beaucoup de swag, avec une idée très rétro futur du monde arabe. J’ai essayé d’imaginer la femme un peu comme un robot, avec un alliage métallique qu’on ne peut pas percer, quelque chose d’impénétrable, c’est un joli mot (rires). J’aime bien que ça soit un peu doux et sensuel dans la musique, avec en même temps un côté r’n’b très laidback et une façon de composer finalement très hip hop.

B: Comment s’est faite la rencontre avec TBMA pour le clip?

M: On cherchait des réalisateurs qui avaient un regard un peu spécial, on a essayé de travailler avec beaucoup de gens pour faire des clips. TBMA ont fait entre autres des clips pour Nekfeu et des gros artistes, mais ce qui m’a plu tout de suite avec eux, c’est que ce sont des mecs qui n’ont aucunes règles, des gens du ter-ter qui n’ont jamais fait d’école de ciné. J’ai un peu la culture anglaise dans ma façon de faire de la musique, c’est à dire on s’en fout que ça sonne bien ou que ça sature, et TBMA a un peu ça dans la vidéo. On a fait plusieurs briefs pour discuter des idées, de notre direction artistique et eux de leur esthétique. Pareil, il y a une double lecture dans le clip, cette idée de valoriser une sorte de pop culture arabe qui n’existe pas vraiment en fait. En fait si, elle existe mais on ne l’a jamais revendiquée comme pop culture.

B: J’ai l’impression que tu es le premier artiste à revendiquer une pop culture marocaine d’ailleurs

M: On peut le dire, je pense honnêtement qu’on est les seuls à avoir un recul sur notre pop culture en fait, dans la musique en tout cas. Il y a des mecs qui revendiquent ça au niveau des sapes aussi, je les porte dans le clip, c’est l’occasion de mettre en lumière des amis marocains qui font des fringues de fous que j’adore. Après je pense que c’est plus généraliste du monde arabe, on n’a pas assez de recul pour se dire qu’on a tous les mêmes codes, comme par exemple on a tous vu Goldorak en arabe, où on connaît les marchés noirs où il y a des marques avec des logos énormes. On s’est amusés à en mettre partout dans le clip. Évidemment, on s’inspire d’un certaine culture et de certains codes qui existent, c’est juste qu’on les réinterprète à notre façon pour pouvoir parler de choses concrètes qui existent et dont les gens parlent peu. C’est une manière de proposer une autre façon de voir le monde arabe en fait. Ça fait partie de mon leitmotiv, essayer de faire de la pop en apportant un regard social.

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B: Il y a un côté occidental dans cette pop culture qui rend ça aussi plus accessible, non?

M: C’est pas qu’on rejette le côté traditionnel, on adore aussi ça. Mais on est content que ce soit accessible pour les occidentaux, c’est un public à qui on veut plaire aussi. Je viens de Casablanca, et pour moi c’est vraiment la ville où se rejoignent l’Orient et l’Occident, c’est une sorte de mini Los Angeles assez absurde où on a pris les codes de la culture pop américaines, on les a machouillés, et on les a réinterprétés de manière totalement différente. Je ne triche pas en faisant ça pour séduire un public, c’est juste que la jeunesse de Casablanca ou de villes comme Beyrouth peuvent s’identifier dans cette dualité, et ce côté très m’as-tu-vu de la culture occidentale.

B: C’est cette dualité de cultures qui créent la frustration dans la jeunesse marocaine?

M: Complètement. Je développe cette thématique là, après ça ne veut pas dire que je la défends pour autant. En fait, je suis conscient d’en être le propre produit, quand tu me vois je donne plus l’impression d’être un hongro-bresilien-polonais physiquement avec mes cheveux longs. Je suis très conscient de ce que je peux représenter comme ça, mais quelque part on est le résultat d’une culture imposée. Par exemple, mon grand père portait des habits traditionnels marocains, puis sous le protectorat les choses ont évoluées, sous l’influence française on a eu la télévision, on a pu y voir des films américains. Et il y a eu le film “Casablanca”, et pleins de choses qui ont fait qu’on a créé une nouvelle esthétique quelques générations plus tard. On montre juste ce qu’on est finalement.

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B: Ce morceau fait partie d’un EP, un album qui sortira plus tard?

M: J’ai commencé à travailler sur ce projet il y a un an, avec le premier clip “she gets too high”. J’avais envie de sortir juste un titre pour voir comment il allait être accueilli, sans trop chercher à conceptualiser ma musique. Par la suite, mon regard a évolué et j’ai voulu prendre le temps de composer de nouveaux morceaux, dont ce titre qui est un teaser de toute l’esthétique qu’on veut proposer par la suite. Il représente vraiment bien l’album que je suis en train d’écrire. L’idée du concept album est quelque chose qui me plaît beaucoup, un peu comme un “Channel Orange” de Frank Ocean. Ce clip m’aide à avoir des retours, à échanger avec les gens, j’ai du mal à être prolifique quand je suis tout seul dans mon studio. Dans l’idée, on aimerait bien sortir un EP pour la fin d’année et un album pour 2017.

B: Où est ce qu’on peut te voir jouer bientôt ?

M: Il y a la Cigale le 6 juin, ça sera pour moi mon petit retour sur scène à Paris. Je fais la première partie de George Clinton au Trianon le 1er juillet, c’est l’hommage de rendre hommage à un papy de la funk. Il y a une autre date qui est une sorte de parenthèse pour moi. En fait j’ai un autre projet à côté de Malca qui s’appelle Echoes of Minneapolis où je rends hommage à toute l’esthétique de Minneapolis et donc beaucoup Prince, avec des gros claps, des synthés qui tâchent et de reverbs partout. Ça fait un petit moment qu’on a une résidence au New Morning, où à chaque fois qu’on joue c’est le feu et ça devient de plus en plus gros. Suite à la mort de Prince, le DA du New Morning nous a appelé pour qu’on fasse une date très spéciale le 23 juillet où j’interepreterai Prince pendant 2 heures avec plein d’invités dont son ancien bassiste. Clairement, quand on me l’a proposé j’ai réfléchi deux fois parce que je suis conscient de ne pas lui arriver à la cheville, mais j’aurais été stupide de refuser, c’est un rêve de gosse.

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