Pieter Hugo

Pieter Hugo, une ode à l’altérité

« J’ai reçu un courriel avec une photo qui faisait les rondes sur le net – certains gars de la rue au Nigeria qui ressemblaient à des collecteurs de créances. Dès que je l’ai vue, je savais que j’allais les photographier. » Nous sommes, à ce moment-là, en 2003 et si, pour Pieter Hugo (photoreporter de 44 ans et d’origine sud-africaine), rencontrer ces fameuses personnes vivant au Nigéria a été une évidence, la suite le fut moins. Un journal sud-africain va, en effet, rapidement publier des images similaires, mais en associant ces personnes au trafic de drogue. Si Pieter Hugo commence à appréhender cette rencontre tant attendue, il est hors de question d’y renoncer. « Notre rencontre a eu lieu dans un bidonville. J’étais inquiet et je ne savais pas à quoi m’attendre… »

Pourtant, cette rencontre va permettre au photographe de découvrir le véritable visages de ces dompteurs de hyènes. Et contrairement à ce qui étais rapporté, Hugo va faire la connaissance de personnes « super décontractés ». Une certaine alchimie se crée durant ce reportage et continue même des années plus tard. « Je les ai payés pour le tournage et je leur envoie toujours de l’argent de temps en temps. Je reçois encore des appels téléphoniques de leur part, nous parlons toujours» avouait-il en 2017.

Mummy Ahmadu and Mallam Mantari Lamal with Mainasara, Abuja, Nigeria, 2005 par Pieter Hugo
Mummy Ahmadu and Mallam Mantari Lamal with Mainasara, Abuja, Nigeria, 2005

La série de photos intitulée The Hyena and Other Men, elle, va se dérouler de 2005 à 2007. Deux années durant lesquelles Pieter Hugo va suivre quotidiennement cette troupe composée d’hommes, de « trois hyènes, une petite fille, quatre singes et un python rupestres ». Ce groupe unique en son genre vagabonde de ville en ville pour offrir aux habitants un spectacle, ainsi que pour vendre des médicaments. Pieter Hugo, quant à lui, immortalise ce quotidien grâce aux nombreux portraits de ses nouveaux compagnons. Avec, au bout du compte, une série renversante qui va faire exploser Hugo sur la scène internationale avec même le Prix Découverte aux Rencontres d’Arles 2008 à la clé.

« Je n’ai jamais vu les hyènes faire quelque chose d’agressif mais je n’ai jamais été à l’aise auprès d’elles. Mais les gars ont cette étrange relation co-dépendante avec eux. Parce qu’ils ont été pris dans la nature, ils ne peuvent pas être retournés, et parce que les gars dépendent d’eux pour gagner leur vie.

Les babouins se livraient à un jeu de balle différent. J’avais de la peine pour eux car ils présentaient des émotions humaines. Ils étaient presque conscients d’une certaine manière, et j’étais très triste de les voir dans cet environnement, enchaînés…Les hyènes étaient beaucoup plus heureuses tant qu’elles se nourrissaient. Leurs besoins semblaient plus simples que ceux des babouins »

Pieter Hugo
Dayaba Usman with the monkey Clear, Nigeria, 2005 par Pieter Hugo
Dayaba Usman with the monkey Clear, Nigeria, 2005
Abdullahi Mohammed with Mainasara, Ogere-Remo, Nigeria, 2007 par Pieter Hugo
Abdullahi Mohammed with Mainasara, Ogere-Remo, Nigeria, 2007 
Mummy Ahmadu and a snake charmer with a rock python, Abuja, Nigeria, 2005 par Pieter Hugo
Mummy Ahmadu and a snake charmer with a rock python, Abuja, Nigeria, 2005

Montrer un autre visage de l’Afrique…

Fort de ce succès, le photographe sud-africain va continuer sa déconstruction de cette Afrique clichée et va mettre en lumière les histoires de marginalisés. En effet, étant issu de la génération post-Apartheid, Pieter Hugo est désireux de confronter l’Histoire par la Photographie, de mettre à mal la norme qui s’est installée dans nos esprits. Mettre sous le feux des projecteurs des personnes aveugles, atteintes d’albinisme ou âgées dans Looking aside, des sites d’exécutions de masses et des tombes dans Rwanda : vestiges of genocide, ou bien encore, les contradictions de la classification raciale encore dans toutes les têtes dans son pays d’origine, l’Afrique du Sud, dans There is a Place in Hell for Me and My Friends, Pieter Hugo parcoure l’Afrique dans le but d’immortaliser une réalité sur laquelle on ferme, encore, trop souvent les yeux.

Mkhonzemi Welcome Makma, Pietermaritzburg, 2005 par Pieter Hugo
Mkhonzemi Welcome Makma, Pietermaritzburg, 2005
MEMORIAL AT A MASS GRAVE IN A LATRINE, NZEGA, GASAKA SECTOR par Pieter Hugo
MEMORIAL AT A MASS GRAVE IN A LATRINE, NZEGA, GASAKA SECTOR
Portrait d'Hayden Phipps, 2011, par Pieter Hugo
Hayden Phipps, 2011

…mais aussi du Monde

Seulement, sillonner le continent africain ne va pas suffire à Pieter Hugo. Il va, donc, au fil des années exporter sa vision dans d’autres coins du monde. Durant un vol Johannesburg/Atlanta (qui dure 16 heures), le photographe sud-africain va profiter du moment où les lumières de l’avion sont plus faibles, pour permettre aux passagers de dormir, et va prendre des photos infrarouges de ce qui l’entoure. Le but ? Proposer une réflexion sur l’usage que les humains ont fait de cette technologie, destinée à la photographie animalière, mais aussi, utilisé lors de la première invasion pendant la guerre d’Irak. Prénommée The Journey, cette série fera l’objet d’une exposition, ainsi que d’une publication. Enfin, ses deux dernières séries en date : Flat Noodle Soup et La Cucaracha, ont vu le jour respectivement à Pékin et au Mexique. Preuve de la volonté du photographe d’explorer de nouvelles terres (et donc de nouvelles problématiques), ces deux séries vont, chacune à sa manière, explorer la psyché de la population locale pour en ressortir ses contradictions, ses plus grandes peurs.

Zeng Mei Hui Zi, Beijing, 2015-16 par Pieter Hugo
Zeng Mei Hui Zi, Beijing, 2015-16
The hero prop/Mexico City, 2019 par le photographe Pieter Hugo
The hero prop/Mexico City, 2019

Retrouvez le travail de Pieter Hugo sur son site. Découvrez le travail de Danna Singer, une photographe partie en quête du vrai visage de la classe ouvrière américaine.

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