The Prophecy-1

The Prophecy de Fabrice Monteiro semble se révéler à nos yeux sans trop que l’on y force. On pourrait vous dire que c’est un pamphlet écologique. Que le spectacle de déchet humain dans une nature sauvage choque et donc sensibilise. Que les déchets en prenant une forme humanoïde dénoncent directement le responsable. Oui, on pourrait vous dire ça, et on hocherait la tête content, car c’est plutôt clever et bien réalisé. On conclurait en disant que The Prophecy est une série pessimiste et alarmante sur les réels dangers du consumérisme, et espérer un futur éveil collectif. On pourrait vous dire ça. Et puis fini ?

Mais…

Chose curieuse, à Beware!, on a ressenti un souffle épique à la vue de ce travail. Une sorte de chevauchée immobile des Walkyries. Quelque chose qui ne peut se traduire qu’au son d’un orchestre wagnérien. On y voit une apothéose, un coup d’éclat grandiose ! Des divinités foulant le sol des hommes ! Et étrangement, on s’est retrouvé incapable d’y observer un échec _ celui de notre modernité _ mais plutôt une victoire!

Mais quelle victoire ? Et bien, celle de l’Homme et ses créations sur une nature dont il s’est depuis des siècles émancipé ? Outch, whaaaaaaat ?

Promis, il n’y a pas un seul cynique à la rédaction, aucun de nous ne se réjouit à la vue de pneu dans l’océan indien. Cette pensée va à l’encontre du bon sens, pratique et logique, et l’écologie est un problème fondamental, mais nous sommes ici pour la photographie et uniquement la photographie. Nous la savons plus puissante lorsqu’elle fait ressentir plutôt que lorsqu’elle moralise.

Renversons le conflit de cette image. Prenons le problème à l’envers. Suivez-nous attentivement.

L’image ultime symbolisant le conflit Nature/Homme dans notre imaginaire collectif demeure celle de la fleur fragile étouffée dans le béton. C’est la représentation première, et inconsciente, de l’écologie.

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Et si pour « apprécier » cette série il fallait imaginer son contraire ?

À la manière de Victor Hugo dans Le dernier jour d’un condamné qui évoque le ciel comme une toile dorée dissimulée sous des étoiles noires, il nous faut tout retourner. Pensez à ces pylônes électriques perdus en pleine forêt. À ses timides stations-service d’autoroute en province, tache grise abandonnée au milieu de vastes champs. De petits morceaux de civilisations encerclés. Dites-vous que le gris ne grignote pas le vert, mais que le vert grignote le gris. À l’échelle du monde, nos villes n’ont pas la taille des forêts, et il y a des siècles de ça, dominé la nature n’était pas vulgarité, mais une sainte inspiration. L’homme, contre-la nature, se bat. Pensez cela.

Maintenant que vous avez fait l’exercice de cette folie, regardez à nouveau les photos de Fabrice Monteiro et dites-nous qu’il n’est pas un photographe du triomphe ! Ces silhouettes de déchets sont nos hérauts, triomphants. Ils sont notre sabre et nos boucliers contre une nature sauvage étrangère à l’Homme. Faits de PVC, de carton, d’aluminium, de fer banc, de polystyrène, de plastique, de verre blanc, de polyuréthanes ; les déchets ont leurs élémentaires. Et ils vont pour conquérir les océans, les forêts , les plaines. Notre modernité s’est incarnée. C’est un nouveau panthéon épique ou les dieux sont faits d’ordure. Et pourrait-il y avoir Dieux plus représentatifs de l’homme moderne que ceux-là ?

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À Beware! on a préféré deviner une volonté onirique, et ne pas réduire le travail de Fabrice Monteiro à un “simple” réquisitoire environnementaliste , et peut être est-ce ainsi qu’il a pensé son œuvre lui aussi, car…

Ah ? Merde… On vient de lire le dossier de presse… Il semblerait que cette série a officiellement pour but de sensibiliser sur la pollution au Sénégal et qu’elle a été conçue en partenariat avec l’organisation Ecofund. On a tous faux alors ? Merde. On s’est emballé. Peut-être qu’on aurait dû parler écologie et sensibiliser à la place ?

Nos excuses, que voulez-vous, à Beware! nous ne sommes pas toujours au top.

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Ps:  Avec tout ce malentendu on a pas eu le temps de vous dire tout le bien qu’on pense du reste du travail de Fabrice Monteiro. Il est doué. Il est terriblement doué et mérite bien plus que la plaisanterie qu’est cet article

fabricemonteiro.viewbook.com

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