manifestation fumée
© Mathilde Cybulski

Embarquez avec les humains de Mathilde Cybulski

Attablée à un café péniche du centre de Strasbourg, Mathilde a le regard perçant et le visage rieur. En parcourant son fil Instagram, on se demande comment elle nous voit lorsque nous, on ne la voit pas. Photographe des humains, Mathilde capture les instants lors de concerts, de manifestations, ou de ballades solitaires, écouteurs sur les oreilles. Entre photojournalisme et essais visuels surprenants, rencontre avec celle qui nous raconte si justement ces émotions humaines.

manifestation 6 Mars srasbourg feministe
© Mathilde Cybulski
manifestation féministe riposte
© Mathilde Cybulski

D’où vient ta pratique de la photographie ?

MC – C’était un peu un hasard, j’étais tombée sur un appareil qui traînait chez moi. Petite, je n’avais pas accès à un appareil et un jour un copain voulait que j’envoie de photos. J’ai direct accroché avec le truc. J’étais à l’aise, ça m’intriguait. J’ai commencé à sortir avec, et à m’amuser. J’ai aimé l’objet directement. J’ai fait de photos partout, chez moi, dehors, pour essayer d’apprendre les réglages de base. En plus c’était un vieil appareil, plus rien d’automatique ne marchait, j’ai dû passer par le tout manuel donc j’ai appris assez vite. Et en parallèle, je me suis tout de suite intéressée au post traitement. Et ça aussi ça me plaisait grave, j’ai toujours tout fait sur Lightroom. J’y ai tout de suite passé beaucoup de temps, je passais mes journées à photographier et mes soirées sur Lightroom. Ça fait six ans aujourd’hui. J’ai finalement acheté mon premier réflexe deux ans plus tard. 

Quelles sont tes intentions quand tu photographies ?

MC – Je ne sais pas si c’est mon intention, mais j’ai du mal à me détacher de l’esthétisme. Je ne sais pas si c’est une intention ou une qualité, mais je suis rigoureuse là-dessus. Je peux avoir une photo intéressante, mai si quelque chose ne me plaît pas dans le cadre, j’ai tendance à la virer. Ça peut être problématique lorsque je fais du reportage, mais je me censure toute seule. Il y a plusieurs trucs qui m’intéressent. Concerts ça m’a toujours intéressé, ces qu’il y a un peu de monde de la foule des émotions… Donc les manifestations aussi, notamment des combats qui me tiennent à cœur. En gros beaucoup dans l’humain, retranscrire les pannes d’émotions que je croise. Sinon, pour moi, je fais de l’esthétisme, je teste des techniques photos, pour retranscrire mon mood.

Et ces gens que tu prends en photo, est-ce que tu leur montres tes clichés ?

MC – Ça dépend, je n’ai pas toujours l’occasion. Quand je fais de la photo de rue, je leur explique s’ils viennent me demander. Sinon pas forcément. En manif ou en concerts, les gens voient que je suis là donc ils m’écrivent ou me contactent sur les réseaux.

double exposition palais universitaire
© Mathilde Cybulski
pigeon mort pavés
© Mathilde Cybulski

Dans ces techniques photos que tu testes, fais-tu de l’argentique aussi ? 

MC – Non, mais j’aimerais bien essayer. Ça a l’air cool, mais ça m’effraie un peu. Rien que le développement, je n’y ai jamais touché, et je ne suis pas forcément bonne technicienne donc apprendre me prendra je pense du temps. 

police manifestation panneau
© Mathilde Cybulski

Les concerts et les manifs sont ce qui apparait le plus sur tes réseaux, pourquoi ?

MC – J’aime la foule, quand il y a du monde, quand ça bouge. Les concerts c’était plutôt au début, et avant le covid. Mais c’est très agréable à shooter: t’es dans un contexte de teuf, les gens sont contents… Y’a de la musique, c’est un univers que j’aime, la lumière est intéressante, et c’est plus complexe mais ça m’a beaucoup appris. Pour les manifs, il y a plein de monde, et beaucoup d’émotions mais ce ne sont pas les mêmes. C’est plus sérieux, plus lourd, mais je trouve ça passionnant. Les premières manifs que j’ai refait, après m’être éloignée un temps, je ne prenais pas mon appareil. Mais il y avait trop de choses à montrer, alors je l’ai repris. Surtout que personne ne fait attention à toi, les gens font leurs trucs. Donc tu peux faire ton truc, les gens sont pas gênés mais occupés. Je n’aime pas forcément quand les gens me remarquent, ça me met vite mal à l’aise, per exemple en mariage. Dès que c’est normale ça me bloque: en manif tout le monde s’en fout, et je me sens légère et libre. J’ose d’avantage. 

Tu essayes d’être la mouche sur le mur qui photographie sans qu’on la voit ?

MC – Ça dépend. Souvent oui, je me mets en retrait, je prend des scènes de gens. Parfois je vais au milieu du cortège, en grand angle, et du coup il y a un échange plus direct. Ça dépend notamment du matériel que j’utilise, et des gens que je vise. S’ils sont un peu chauds et veulent jouer avec moi, s’ils se mettent devant moi, on en joue ensemble. Parfois les gens sont tendus, donc je me mets en retrait, avec une focale plus longue. Je m’adapte quoi.

fumigène manifestation
© Mathilde Cybulski

Plus largement, as-tu des inspirations esthétiques ?

MC – Alors il y en a plein, par contre c’est vrai que j’ai quelques ouvrages, mais mes inspirations sont de partout. Il y a des images partout. J’ai tendance à trouver mon inspiration au hasard plus qu’en regardant le travail de grands photographes. Je le sais de plus en plus, et je vois bien leurs pattes, leurs cadrages… Mais ce n’étaient pas mes premières inspirations. C’était les photos sur les réseaux, une coloration, une composition, un format… Ça me donnait des idées. J’ai du mal à me fixer, et j’aime aller voir partout ce que les gens essayent, essayer moi-même, voir où je suis à l’aise et voir ce que ça peut apporter – peu importe la contrainte technique que ce soit. Et parfois ce sont les films aussi.

Embarquez avec les humains de Mathilde Cybulski 2
© Mathilde Cybulski

Et quels films par exemple t’ont particulièrement plus ? 

MC – Y’a quelques mois j’ai vu Ghost Dog, de […], incroyable, au niveau de l’image c’est assez taré.J’en parlais avec un copain vidéaste et il y a des films qui sont de véritables mines D’or au niveau du travail de photo. Mais même des séries à la con, ou des trucs connus comme Breaking Bad, où tu te dis parfois que les plans sont bien pensés et réexploitable en photo. J’Essaye de garder des idées sans tomber dans le piège de la reproduction, mais pour m’en servir différemment. J’essaye d’être attentive. 

police manifestation panneau
© Mathilde Cybulski

Et comment te sens-tu lorsque tu fais des photos ?

MC – Alors hyper bien, j’avoue que c’est ce que je préfère faire, c’est le bonheur. Souvent je pense que c’est des moments où il faudrait être hyper concentrés, et moi pas du tout, j’ai l’impression de planer. Je me promène, je suis dans mon monde, je passe à côté d’images parce que je suis concentrée sur un détail autre part, mais du coup, je me laisse complètement aller. Quand je peux, je mets mes écouteurs, ce qui est impossible en manif ou en concert, mais je suis beaucoup dans ma tête. Je suis dans ma bulle. Si les gens me parlent je répond, mais sinon je fais plus du tout gaffe à… en tout cas ça fait me sentir bien. En concert je sais qu’il y a des contraintes de timing, des déplacements entre la fosse, la régie, la scène… Donc il faut calculer ce que tu peux faire en une heure, et s’organiser. En manif, pas tellement. Il faut être là au bon endroit au bon moment, faut juste avoir un peu de feeling et être attentif à ce que les gens disent. Pour mes projets personnels par contre, je plane complètement, je mets de la musique dans les oreilles, et je peux être en plein centre-ville allongée par terre à prendre un détail en photo, sans même m’en rendre compte. La musique m’aide beaucoup, la gêne disparaît. Tu peux te sentir con dans la rue, et ne pas oser, mais quand je suis dans ma bulle ça va. 

Justement, dans tes projets perso, on voit parfois apparaître tes proches. Quel est ton rapport entre photo et intimité ? 

MC – De manière globale, je sais tout le temps des photos. J’ai tout le temps mon appareil sur moi. Donc parfois j’ai un but précis, mais parfois ce sont des moments de vie qui me semblent intéressants. En fait, si je trouve un intérêt à le partager, je le fais. Il y a des photos de mes amis place Kleber à Strasbourg, où on les voit cramer des attestations. Alors oui ce sont mes amis, mais c’est aussi un moment fort et représentatif de l’époque quoi. Même si c’Est dans le cercle intime, ça ne me choque pas de partager l’intimité si c’est pour documenter un truc précis. Je sais que ma vie et mes potes, ce n’est pas forcément intéressant. Mais avec la période covid, les moments que je vivais, ça me semblait intéressant de les partager parce que chacun le vivait différemment, et que ça faisait écho pour beaucoup de monde. Que ce soit mes potes ou des inconnus dans la rue, c’est la même vérité quoi. 

C’était ma dernière question y’a-t-il quelque chose qui te tiens particulièrement à cœur de partager sur ta pratique, sur toi, sur tes photos..?

MC – Ce qui est certain c’est que je suis touche à tout, que je n’ai pas un regarde fixe, ni rigide sur ma pratique. Ça va beaucoup évoluer, si ça se trouve dans un an je te raconterais pas du tout les mêmes choses. Parce que l’air de rien, ça fait quatre ans juste que j’ai mon appareil donc c’est très frais encore. J’ai capté mes préférences, et encore, c’est amené à évoluer, en fait je n’en sais rien! J’aime quand il y a du monde, j’aime les émotions… Mais ce weekend j’ai essayé de faire des photos animalières et j’ai adoré ça. Disons que c’est pas gravé dans le marbre quoi. Je pense qu’il ne faut pas se spécialiser trop vite. Après peut-être que je suis moins prise au sérieux à cause de ça, mais pour moi c’est important de continuer à toucher à tout. D’ailleurs je pense qu’il est possible de ne jamais s’enterrer dans un truc. Tant que je peux faire des choses différentes, je le ferais. Même si naturellement certaines choses sont plus claires. 

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