Cesura

Le méli-mélo néorealiste du duo de photographes indépendant du collectif Cesura

Image d'avatar de Leila lakelLeila lakel - Le 29 novembre 2023

Le duo de photographes Luca Santese et Marco P. Valli fait partie du collectif Cesura. Ils travaillent régulièrement ensemble et proposent une lecture anti-propaganda des événements publics politiques. A l’issue du fanzine Dispacci-Malatì” illustrant l’enthousiasme populaire à la suite de la 3e victoire de l’histoire du club de football de Naples, j´ai choisi de les contacter via e-mail, c´était fin juin, à Piano di Sorrento… Presque une demi-année plus tard, ce qui fait beaucoup pour écrire quelques paragraphes, voici leur(s) récit(s).

Couverture du fanzine Dispacci-Malatì.

Votre travail au long cours Realpolitik 2018-2023, exposé fin juin au centre culturel Base Milano, regroupe cinq projets mettant en scène la vie politique italienne. L’esthétique, soupape d’un corpus d’images satiriques et parodiques, amène avec justesse une mise en abyme évoquant Le Théâtre et son double version 5.0. Comment avez-vous procédé pour mener à bien cette œuvre ?

On évolue au sein du collectif indépendant Cesura, fondé en 2008. A l´origine, on a commencé par produire des séries de portraits, en 2018 lors des élections législatives italiennes, puis on a vendu certains clichés à la presse traditionnelle nationale et internationale L´Espresso, Time Magazine, La Repubblica, etc. On a sélectionné les portraits les plus grotesques, dans l’idée de proposer une iconographie cohérente qui mêle art et politique [NDLR : comme beaucoup d´artistes qui collaborent avec leurs muses, et inversement], c’est ainsi que le premier chapitre Boys, Boys, Boys a vu le jour.

Notre démarche est avant tout documentaire, sociale et critique, ce qui nous a naturellement amenés vers une approche contemporaine des enjeux de la communication politique. On utilise une lumière artificielle et un flash ultra-agressif [NDLR: pour les photos prises en intérieur], ainsi que quelques retouches en post-prod.

Vous proposez un dialogue entre vos différents projets, mêlant documentation et fiction historique, les images que vous présentez ont néanmoins servi la propagande que vous fustigez. Un peu ambivalent, non ?

Dans un sens, oui. Cependant, on a réussi à constituer avec les photographies en noir et blanc du vice-président du Conseil des ministres (et leader de la Lega), Matteo Salvini et ses camarades, un livre photo Il Corpo del Capitano. Par la suite, les œuvres ont pu être exploitées par Matteo Salvini en personne, tel l’arroseur arrosé.

Au vu du climat actuel, pensez-vous que la critique a toujours le droit de cœxister avec son temps ?

De façon générale, en temps de guerres comme en temps de conflits, le travail culturel et artistique produit n´affecte pas nécessairement le présent. Nous n’avons pas la mainmise sur-tout, nous ne possédons pas de titres de presse, par contre nous observons que le flux constant d´images [NDLR: à lère du tout-GAFAM], la radicalité de certains canaux d’information peuvent déstabiliser l´auditoire, le lecteur…

Luca, retour en 2008, vous avez fondé Cesura avec le photographe Alex Majoli (de l´agence coopérative Magnum Photos). Cette initiative aide à sauvegarder l´autonomie et la liberté de la photographie que vous défendez ?

Je pense que les différentes activités de Cesura servent avant tout à encourager le travail d´artistes émergents. Depuis le début, cette maison de publishing s´est donné pour vocation de maintenir une forme d´indépendance au niveau éditorial, afin de proposer une alternative à un travail plus industriel…

 Extrait du fanzine Dispacci-Malatì.

Marco, votre approche artistique de la photographie dépend-elle toujours du prisme politique ?

Je pense que c´est impossible, au regard du médium que l´on utilise, de véhiculer des idées sans prendre de réelles positions politiques. Le but n´étant pas seulement de documenter ou d´informer de manière stérile mais bien de transmettre un message, une réflexion, une critique… Le choix des sujets, l’utilisation de la lumière, le cadrage et la sélection des photos sont autant de variables qui permettent de raconter quelque chose, à travers une séquence, un livre, un film ou une exposition…

Vos projets pour plus tard ?

Page du Fanzine Dispacci-Malatì.

Additionnant la mission que nous avions en Italie, nous nous préparons pour les élections américaines de 2024. Après cinq ans dans notre pays, le temps nous est donné pour tester nos capacités à l’étranger. Pour cela, nous allons faire traverser l’océan à Realpolitik et amener notre photographie tragi-comique dans le reste du monde !

La prochaine exposition des photographes se tiendra du 21 décembre au 21 janvier à la galerie d’art Contemporary Cluster, à Rome. On vous invite à aller y faire un tour si vous êtes dans le coin, en revanche si vous êtes en France car vous ne pouvez pas poser de RTT et vous payez les billets de trains pour Rome, on vous conseille l’exposition Fellini : Maestro ! à la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé.

Néanmoins, si vous êtes au chomdu, que vous habitez en province, que vous avez du mal à boucler vos fins de mois, mais que vous avez quand même une petite tablette ou un smartphone, on vous conseille de regarder Il était une fois la révolution de Sergio Leone, dispo ici, ou La Dame du vendredi d’Howard Hawks, dispo ici, que je vais moi-même regarder ce week-end.

Cet article a été écrit le 23 novembre, merci à Karen Schoen Wandt pour l’aide à la traduction. Ainsi, qu’à mon père Chaâbane Lakel pour la correction orthographique.

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Leila lakel
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