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Gerwyn Davies est Australien. Il est né à Ipswich, près de Brisbane, et a grandi à Darwin dans le nord du pays. Après avoir obtenu un Bachelor en Photographie, Gerwyn poursuit ses études avec un Doctorat en Art et Design à Sydney. Il devient alors artiste et très rapidement ses œuvres captent l’attention des galeries et des musées. Un coup de projecteur bien mérité pour cet artiste aux mille visages.

Son travail, très singulier, se situe à un carrefour disciplinaire, entre photographie, sculpture et stylisme. Il invente les personnages, crée les costumes, imagine les décors et immortalise les scènes à l’aide de son appareil photo.

Gerwyn Davies photo
Crédit Gerwyn Davies
Gerwyn Davies photo pétale de rose

B : Tu es actuellement Doctorant en Art et Design à l’Université de New South Wales, après avoir obtenu un Bachelor en photographie. Peux-tu nous en dire plus sur ton parcours et sur ce qui t’as amené à devenir artiste ?

GD : Je n’ai jamais vraiment pris la décision de devenir artiste. C’est arrivé assez naturellement de part ma passion pour les matières et les couleurs.

Plus jeune, j’avais en tête de rejoindre le monde de la publicité. J’étais attiré par l’image… et le style de vie des publicitaires des années 1990 (rires).

Vers 19 ans, j’ai décidé de m’orienter vers le journalisme mais je ne me suis pas reconnu dans ce domaine. La rédaction journalistique est très codifiée, et j’avais besoin d’un environnement qui laisse place à ma créativité. Je suis parti un an à Londres avant de revenir en Australie, plus précisément à Brisbane, afin de me consacrer à des études en Photographie. Puis j’ai déménagé à Sydney et j’ai continué mes études en Art et Design.

Aujourd’hui je suis artiste et doctorant / professeur en Art et Design, et je suis heureux de faire ce que j’aime.

B : Les costumes ayant une place centrale dans ton travail, pourquoi ne pas avoir choisi d’étudier la mode ?

Même si j’ai une passion pour la fabrication de costumes et que je suis intéressé par le domaine de la mode, je n’ai pas pour ambition de créer des pièces que l’ont peut porter au quotidien. J’aime expérimenter et ajouter de la fantaisie – l’art m’offre cette liberté.

Gerwyn Davies crevette
costumes étranges

B : Comment décrirais-tu ton travail artistique ?

En bref, je crée des autoportraits dans lesquels je me transforme en permanence. J’aime créer des univers artificiels et des images hyper réalistes pour que la frontière entre réel et irréel devienne floue. Dans mon travail, le tragique et la parodie côtoient l’excès et l’exagération.

B : Cette ambivalence et cet excès attirent le regard, mais la plupart de tes photographies sont difficiles à déchiffrer. Peux-tu nous parler de ta démarche artistique, et de ce que tu souhaites exprimer à travers tes oeuvres?

J’aime jouer avec le symbolisme et la parodie de manière subtile. Ca permet une prise de recul et un certain détachement vis à vis du message. Certaines séries comme Alien réalisée récemment au Japon, sont de pures explorations artistiques. Elles me permettent d’étudier les formes et les matières sans chercher à diffuser un message fort. D’autres photographies, comme QLD, portent un caractère plus engagé, voire même politique. QLD est la représentation de l’état du Queensland en Australie. Il est à la fois tropical et ensoleillé, mais son gouvernement est conservateur. La communauté homosexuelle a été victime de sévères répressions policières. Cette photographie reflète cette ambivalence. Il s’agit d’un  ‘despote homosexuel des tropiques’ en quelque sorte.

Je ne me considère pas comme un artiste engagé ou politique parce que je ne veux pas créer de débats, mais lorsqu’une cause me tient à cœur je ne m’autocensure pas.

costume brillant par Gerwyn Davies
Gerwyn Davies osaka
cône vert Gerwyn Davies

B : Tu ne dévoiles ton visage dans aucun de tes autoportraits, et souvent un contraste s’opère entre la masculinité de tes jambes tatouées et la féminité de certains de tes costumes. Quelle place les notions d’identité et de genre ont dans ton travail ?

En masquant mon visage, je crée un inconfort intentionnel pour le spectateur. C’est aussi un moyen de remettre le costume au devant de la scène. Chaque photographie présente un personnage avec une identité unique. C’est le vecteur pour communiquer l’idée de transformation, de renaissance.

Moi même homosexuel, j’envisage le genre comme étant pluriel. Je ne me considère pas masculin pour être tout à fait honnête. J’aime créer des personnages dénoués de genre. Ca ajoute un élément perturbateur. Mes jambes tatouées ont souvent un effet comique, mais je ne prête pas vraiment attention aux parties de mon corps visibles sur les photographies.

B : A en voir le résultat final, on peut imaginer l’intensité de l’effort nécessaire à la production de tes œuvres – de la création du costume à la photographie. Peux-tu décrire ton processus créatif ?

GD : Je procède de manière très méthodique. La première étape est de laisser libre court à mon imagination et de partir à la recherche de la matière et de la couleur qui sera au cœur de l’œuvre, et qui me permettra d’incarner mon nouveau personnage. Lorsque j’ai trouvé la matière qui me servira à construire mon costume, je passe à l’étape de la fabrication. Je commence par dessiner des croquis tout en jouant avec les textures et en imaginant la scénographie. Je construis le costume avec une idée bien précise en tête, mais la plupart du temps je m’étonne moi même du résultat. Puis vient le photoshoot, et la post production.

Okinawa par Gerwyn Davies
Gerwyn Davies Kyoto
Gerwyn Davies Kyoto 2

B : Lorsque l’on regarde l’ensemble de ton travail, on s’aperçoit très vite que le procédé est identique pour chacune de tes photographies. Malgré cet aspect répétitif, chaque cliché a son propre caractère. Quelles sources d’inspirations te permettent de te renouveler?

GD : Il y en a plusieurs. Les matières et textures sont au cœur de mon travail, et elles constituent inévitablement, une grande source d’inspiration pour moi. Je suis toujours à l’affût de nouveaux matériaux et de nouvelles combinaisons. J’avoue d’ailleurs avoir la hantise de venir à bout des matériaux disponibles…

Je suis aussi un grand fan de musique. Les artistes qui me fascinent le plus sont ceux qui, comme moi, transforment leur apparence physique pour incarner des personnages. Je pense notamment à Björk ou, dans un autre registre, à Nicki Minaj.

En ce moment, je suis de très près le travail de Kimiko Yoshida. Je suis très admiratif. Elle aussi explore les notions de transformations, de personnages et d’identité.

Une autre façon de trouver l’inspiration est de laisser place à la rêverie. C’est une méthode essentielle au processus créatif et elle est aussi très efficace.

Gerwyn Davies Kyoto rouge
Gerwyn Davies Kyoto
Gerwyn Davies Kyoto

B : Quels sont tes projets pour cette année ?

GD : Une exposition à Bundaberg à partir du 28 Juin, et la rédaction de ma thèse qui porte un regard historique sur la façon dont les hommes transforment leur apparence physique depuis des années.

Retrouvez Gerwyn Davies sur :

Son site :

Instagram : https://www.instagram.com/ger.wyn/

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