Ghost Culture : le fantôme qu’on voit partout

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Ça commence comme l’histoire d’un mec qui était secrétaire à l’Élysée et qui finit par devenir sénateur. Sans mauvaise blague, vous commencez à entendre sévèrement parler de Ghost Culture autour de vous et loin d’être au coeur d’un scandale médiatico-politique, le jeune loup roux (choux-genous-poux-hibous-cabécou) remporte un franc succès cette année. On écoute l’album depuis le 5 janvier sans arriver à savoir si oui ou non, ça tient de la pantalonnade ou du coup de maître. Ses débuts en ingé-son chez Phantasy records ont flatté ses instincts de geek quand sa créativité a enfin résonné aux oreilles d’Erol Alkan, révélant le potentiel du technicien.

James Greenwood : J’en ai toujours eu envie, ce sont deux métiers très différents. En fait, aider un artiste en apportant ta vision de sa musique, c’est vraiment juste technique, presser des boutons.

Beware! : C’est frustrant ?

J : Oui ça l’est car je voulais faire mon propre son mais j’ai fait mon travail le mieux possible et j’ai appris énormément de choses en travaillant avec les autres, des choses que je peux réutiliser aujourd’hui  donc tu vois, c’est pas si mal, j’ai apprécié chaque minute que j’ai passé avec ces gens sur leur musique. Je faisais de la musique et Daniel Avery l’a fait écouté à Erol Alkan, ça lui a beaucoup plu et il m’a aidé à finir  l’album. Donc oui c’est très étrange d’entendre les gens parler de ma propre musique aujourd’hui.

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À fortiori, il n’émettait pas encore l’hypothèse d’arriver à la cheville médiatique de ses collègues Daniel Avery et Connan Mockasin mais sans nul doute, l’envie de monter sur scène le chatouillait déjà quand on lui demande ce qu’on peut attendre de ses lives :

J : J’adore faire de la performance. Quand je composais cet album,au fond je pensais à la scène, comment le jouer en concert. Donc c’est moi sur scène, avec ma batterie électronique, des pads, des lampes. J’adore faire de la performance et je veux le faire du mieux possible, jouer de la batterie et chanter en même temps autant que je puisse. Je ne veux pas me contenter de mon ordinateur.

B! : Les mêmes lampes que dans ton clip ?

J : Ouaiiis, pas spécifiquement la même mais le même modèle ouais.

B :  Comment on peut déjà penser aux lives alors que tu ne t’étais jamais imaginé un seul instant que cet album sortirait, et ce même encore deux mois avant sa sortie ? 

J : Non, je pensais à comment ça pouvait éventuellement marcher à cause des arrangements, et je me disais “oh quelque chose comme ça en live, ça pourrait être tellement cool”,  j’avais l’inspiration pour le jouer en live mais je savais évidemment que ce live n’aurait pas lieu avant la sortie de l’album. 

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Et en effet, je m’enjaillais imprudemment, la techno dans le casque, sur la route de La Boule Noire mardi soir quand je me suis raisonnée et me suis répété que je me rendais à un concert de zouzes tristes et sobres et tristement sobres. Que nenni. La première partie du concert de James Greenwood était vocale, des morceaux distincts et marmonnés dans quelques bouches du premier rang. L’artiste est dans son truc, il tape ses pads et chante complètement juste, les lampes synchronisées rappelle que monsieur est un petit malin de l’électronique et qu’il fait ce qu’il veut et que de toute façon il vous emmerde. En toute simplicité guitare/voix, la balade Glaciers a recueilli le silence nécessaire. Ce qui suit tient de la fessée : Ghost Culture y met du coeur et le concert devient brutalement plus house, les morceaux se rallongent et les paroles se taisent au profit de rythmes ravageurs. Et là on a vite compris, on a envie de danser les yeux fermés sur un album qui, au début, aurait pu donner envie de se pendre. Ne vous méprenez pas, c’est pas une critique négative, chez Beware on aime bien se pendre. C’est donc un album à deux écoutes puisque lui même se sentirait un peu tiraillé entre son côté crooner des teufs et poète torturé :

B! : La rumeur dit que t’es un crooner, c’est flatteur ou c’est qu’ils n’ont rien compris à ta dark attitude ?

J : Ouais c’est pas mal, certains disent que je suis un genre de Brian Ferry, c’est marrant. Si je suis un crooner tel que je suis, c’est d’accord mais en fait je m’en fous, j’aime bien ce style, cette idée de parler genre la main dans les cheveux (il imite et ça lol beaucoup). Ou ouais quelque chose d’un peu plus sombre, il y a un peu des deux, comme Elliot Smith”

Si deux écoutes sont possibles dans un album à priori assez raide, on compte encore deux facettes sur scène :

J : J’essaie de bien séparer les lives et le DJ set, ce sont deux choses complètements différentes. En live, tu te tiens debout au centre alors qu’en DJ set, personne ne te regarde (…) je pense pas qu’il soit nécessaire d’être sur scène pour passer de la musique parce que les gens qui dansent ne te regardent pas. Personne ne regardait Depeche Mode quand ils mixaient, je crois que c’est ce que doit rester un DJ. D’un côté il y a le concert performance pour regarder et de l’autre, le DJ Set pour danser.

https://www.youtube.com/watch?v=Paqmplr4EsA

Ce qui peut ressembler à des lamentations à la première oreille, Ghost Culture s’est pris la tête à l’écrire et à le faire du mieux possible :

J : J’ai commencé la musique en premier. Ça a été difficile au début, d’accorder les mots, d’utiliser les syllabes comme des mélodies (…) Mais toutes les mélodies, toute la musique,  je la produis toute de suite après que l’idée me soit venue. Les paroles, je les écris et les travaille avec une amie qui est une poète talentueuse, elle m’aide à m’améliorer. Je veux le faire bien et que ça soit constructif, que si je retombe dessus, ça me plaise toujours et que je ne me dise pas “putain qu’est ce t’as foutu c’est naze!”

B! : T’as l’habitude de dire que ce que tu écris est ce que tu as vécu personnellement. C’est pas perturbant de déballer un espèce d’auto-conte de soi ?

J : Ce n’est pas tellement mes histoires, c’est plus en rapport aux sentiments même si ça peut avoir l’air un peu mielleux. C’est juste des moments mais ouais y’a certainement un côté thérapie dans certains des morceaux. Ghost Culture ça veut surtout dire que ça m’appartient (ndlr : on suppute comme une marque déposée, concept breveté) c’est ma métaphore de la superficialité, c’est la culture à laquelle nous sommes tous sujets, j’ai peur des gens qui font les choses par profit, par intérêt, alors voilà la ghost culture c’est la culture qui m’effraie.

B! : Les morceaux sont-ils écrit pour quelqu’un en particulier ou vraiment pour toi du coup ?

J : La plupart sont écrits pour de quelqu’un ou sur quelqu’un, le reste c’est moi qui me parle à moi-même. Je mets en lumière des choses qui sont insignifiantes ou chiantes que je ne pourrais évoquer, là, comme ça. Ça apparaissait comme la chose la plus facile à faire finalement, y’a une des chansons qui parlent de mes vacances en Italie (ndlr : Giudecca) alors que The Fog est un peu plus en lien avec ce que j’appelle la Ghost Culture, plus politique.

Puisqu’il a déjà eu le sentiment de se psychanalyser sur un premier album, on peut se demander à quoi ressemblera le prochain “I guess something like Celebrations ?”, il répond. Toujours est-il que l’album, même s’il est agréable au casque, ne prend véritablement vie et de sens qu’en concert où le monsieur confirme un  jeu de showman tant c’est spontané et excitant. Si vous n’avez pas encore écouté l’album, obtenez d’abord de quoi danser au devant la scène du WeLoveGreen le 30 & 31 mai 2015, le temps y passera très vite, c’est la promesse de Beware!

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Propos de James Greenwood recueillis par Alice Colas

(crédits photo © Arthur Sloth)