Georgia O’Keeffe

Georgia O’Keeffe : L’érotisme à l’état pur

Une fleur est généralement de petite taille. Les fleurs suggèrent toutes sortes d’associations. Vous tendez la main pour la toucher délicatement – vous vous penchez pour la sentir – vous y apposer vos lèvres sans même y penser – ou vous l’offrez à quelqu’un pour lui faire plaisir.

Georgia O’Keeffe – L’exposition, Centre Pompidou

Figure intemporelle de l’art moderne américain au XXe siècle, Georgia O’ Keeffe a laissé derrière elle une empreinte indélébile dans ses œuvres mélangeant à la fois des nuances réalistes et abstraites. Les tableaux de l’artiste peintre sont sans aucun doute une représentation réaliste du monde qui l’entoure, mais aussi celle d’une beauté imparfaite qui ne demande qu’à être exprimée.

À l’occasion de l’exposition lui étant dédiée jusqu’au 6 décembre au Centre Pompidou, le musée retrace depuis ses débuts son parcours artistique mettant en avant les photographies prisent par son amant Alfred Stieglitz, ses travaux au fusain lorsqu’elle était professeure de dessin au Texas ou encore ses fleurs érotiques laissant parler l’intimité féminine. Artiste féministe, Georgia O’Keeffe défendait dans ses fleurs, considérées au premier abord comme des représentations pures et innocentes, une spiritualité de la sexualité de la femme.

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Inside Red Canna, Georgia O’Keeffe – 1919
Huile sur toile, 55.90 x 43.10 cm

Quand vous prenez une fleur dans votre main et que vous l’observez vraiment, elle devient votre monde pour un instant. Ce monde, je voulais le donner à quelqu’un d’autre.

Georgia O’Keeffe – L’exposition, Centre Pompidou

Fleur (nf) : Ce qui attire, séduit d’un attrait parfois artificiel.

Les fleurs pour Georgia O’Keeffe ont été une réelle source de liberté et d’expression. Cette manière de les représenter de façon très intimiste a fait scandale dans les années 20, car cet art nouveau était une petite révolution à l’époque. Plus de deux cents tableaux ont été peints à leurs effigies. Georgia O’Keeffe alterne entre forme voluptueuse et courbe féminine qui font de ses œuvres de réelles figures du modernisme. Pour la plupart, elles révèlent l’intimité féminine, pour d’autres, elles reflètent l’arrivée de l’artiste au Nouveau-Mexique en utilisant à la fois des couleurs chaudes comme le rouge, l’orange ou encore le jaune, mais aussi en représentant des fleurs dites hallucinogènes comme celle peinte en 1957 “White Flower”, vénérées par les Indiens Zuñis qui invoqués avec celle-ci les prêtres de la pluie.

imson Weed / White Flower No.1, Georgia O'Keeffe, 1932
Jimson Weed / White Flower No.1, Georgia O’Keeffe, 1932
Huile sur toile, 121.90 x 101.60 cm
White Iris No.7, Georgia O'Keeffe, 1957
White Iris No.7, Georgia O’Keeffe, 1957
Huile sur toile, 102×75,2 cm

Une sexualité féminine qui prime

En gros plan, l’artiste peintre habille avec de délicieuses nuances colorées des fleurs aux multiples formes laissant le plus souvent transparaître une vulve à la fois discrète et délicate. Les fleurs sont pour l’artiste peintre la figure parfaite de la représentation féminine, mais aussi une manière naturelle de représenter la reproduction. En tant que spectateur, nous avons l’impression que Georgia O’Keeffe nous fait la représentation ici d’une photographie érotique. “J’ai peint ce que chaque fleur représente pour moi et je l’ai peinte suffisamment grande pour que les autres la voient telle que je la vois.” disait Georgia O’Keeffe d’après une citation parue dans le magazine BeauxArts. C’est en 1954 que l’artiste s’inspire de l’effet “Blow Up” qui est le fait d’agrandir une image, technique notamment utilisée par le photographe Edward Weston.

Chaque fleur que Georgia O’Keeffe peint s’offre à nous avec pudeur, elles sont toutes considérées comme des précieuses, des muses aux yeux de l’artiste. C’est à travers ces œuvres que nous pouvons voir que l’artiste Georgia O’Keeffe avait une vision révolutionnaire, féministe et provocatrice de la femme, bien avant l’heure. L’artiste va venir jouer avec les formes et les lumières pour mettre en avant l’intimité féminine afin de faire passer ce réalisme radical par une petite touche discrète et parfaite. Son art érotique pointe du doigt également la place des femmes dans la création artistique, mais aussi fait référence aux théories du neurologue Sigmund Freud concernant la création artistique qui serait d’après lui lier aux pulsions sexuelles.

Series I - No. 3, Georgia O'Keeffe, 1918
Series I – No. 3, Georgia O’Keeffe, 1918
Huile sur panneau, 50,8×40,6 cm
Jack-in-the-Pulpit No. IV, Georgia O'Keeffe, 1930
Jack-in-the-Pulpit No. IV, Georgia O’Keeffe, 1930
Huile sur toile, 101,6×76,2 cm

Un réalisme dans ses toiles qui est omniprésent

Dans les années 1920, d’immenses buildings semblent croître spectaculairement à New York en l’espace d’une nuit. À ce moment, je vis une peinture de Fantin-Latour, une nature morte que je trouvais vraiment belle, mais je compris que si je peignais des fleurs si petites, personne n’y prêterait attention, car j’étais inconnue. Alors j’eu l’idée de les agrandir comme d’énorme immeuble en construction.

Georgia O’Keeffe paru dans le livre The Artist’s Voice. Talks with Seventeen Artists de Katharine Kuh

L’idée de concevoir des fleurs dans une vision rapprochée lui vient de ses photographies mais aussi de sa découverte de la ville moderne qu’était New-York à l’époque où elle étudie l’architecture des immeubles surplombants la ville. L’effet “Blow Up” sur ces œuvres permettra de les rendre encore plus réelles et de mettre en avant les messages que la peintre voulait faire passer à travers elles.

Georgia O’Keeffe restera l’une des premières artistes qui aura révolutionné l’art féminin.

Retrouvez la rétrospective de Georgia O’Keeffe du 8 septembre au 6 décembre au Centre Pompidou.

Georgia O’Keeffe
Georgia O’Keeffe (American, 1887–1986). Blue #2, 1916. Watercolor on paper, 15⅞ x 11 in. (40.3 x 27.8 cm). Brooklyn Museum; Bequest of Mary T. Cockcroft, by exchange, 58.74. (Photo: Sarah DeSantis, Brooklyn Museum)

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