Le couchsurfing – soit l’hébergement sauvage, façon “j’irai dormir chez vous” – a cette originalité d’insérer une forme de solidarité ancestrale dans un contexte utra-moderne : celui du net et des réseaux sociaux.

C’est ce paradoxe même qu’on retrouve à l’oeuvre dans les photos de Gabriele Galimberti. Ce photographe italien a voyagé pendant plus d’un an en comptant uniquement sur l’accueil de complets inconnus : de ses voyages sur les cinq continents, il a tiré une pellicule remplie d’images de familles, de tribus, de jeunes, de moins jeunes, de vieux célibataires et de couples. Chacun a accepté de l’accueillir pour quelques nuits en lui ouvrant son quotidien; en l’invitant à évoluer dans son environnement.

Gabriele Galimberti, photographe globe-trotter cs5

De l’Ukraine aux US, en passant par la Zambie

Ce partage d’intimité a inspiré des photos d’une belle tendresse : les hôtes posent devant l’objectif comme pour une photo de famille, ou bien sont capturés dans un moment particulier, une seconde, archétype (ou pas) de leur vie quotidienne. Si le photographe est accueilli au sein des milieux sociaux variés, on découvre aussi des intérieurs modestes voire dénués, comme venant appuyer l’idée selon laquelle ceux qui n’ont pas grand chose sont aussi les premiers à partager.

La série Couchsurfing ne se veut pas livre d’images de tous les pays du monde, mais elle emprunte un grand thème romanesque (le tour du monde) en passant par la petite porte, celle de la solidarité individuelle. Le photographe ne s’interdit pas d’aborder des thèmes sociaux, le tout avec une grande subtilité: à voir par exemple, la photo d’une jeune indonésienne tournant le dos à des immeubles sans fin  -et sans âme-, sorte de blockhaus géants rappelant la pire architecture HLM.

Gabriele Galimberti, photographe globe-trotterGabriele Galimberti, photographe globe-trotter

Trouver l’autre dans le voyage

Loin du tourisme de masse et des attractions commerciales, la série de Galimberti ouvre une réflexion sur les buts du voyage: l’étranger, ce n’est pas son hôte d’à travers le globe, c’est lui, celui qui s’immisce dans une vie qui n’est pas la sienne, où chaque détail rappelle l’incongruité de sa présence.

Ces photos font écho à  Delicatessen with Love, projet parallèle pour lequel Gabriele Galimberti a demandé aux “grands mères du monde entier” de cuisiner devant son objectif. Le résultat est émouvant et sent bon les dimanches chez Mamie, version lézard-grillé aux îles Caîman ou encore insectes rissolés au Malawi: après tout, à chacun sa madeleine… Pour ces photos “made with love”, le photographe aurait été inspiré par sa propre grand-mère qui, avant son road-trip d’un an, ne s’est souciée que de savoir ce qu’il allait manger et -ascendance italienne oblige- lui a cuisiné ses meilleurs raviolis.

Vous pouvez retrouver le travail du photographe sur son site, ici.

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