Exercice : de l’artisan à l’architecte

Si on regarde la définition d’exercice : le fait d’exercer son corps par l’activité physique, on se dit que le nom qu’ont choisi Edouard Danais et Gwendal Le Bihan pour l’agence est plutôt bien trouvé. Leur crédo : replacer les savoir-faire des artisans – et donc de la matière physique – au cœur du processus de conception.

agence architecture exercice

Edouard Danais et Gwendal Le Bihan ont tout les deux étudiés à l’école d’architecture de Nantes et se sont rencontrés lors d’une année d’échange au Brésil. Après avoir fondé le collectif Planète Copains avec d’autres architectes dans le but d’expérimenter des premiers projets avec de nouveaux matériaux et des moyens limités, ils fondent l’agence Exercice Studio en 2018. Outre leur travail de recherche mené directement dans les ateliers et les usines – travail de connaissance mais également de développement – ils développent notamment des pièces de mobilier ludique, comme des tables de ping-pong pour trois ou des billards urbains. Rencontre.

billiard urbain

Quel a été votre parcours avant de fonder Exercice ?

GLB : En arrivant à Paris, j’ai eut la chance d’intégrer la résidence Villa Belleville qui m’a permis d’avoir un atelier à un prix très abordable. J’ai commencé à travailler sur des installations artistiques qui questionnaient le rapport entre l’art et l’architecture. En parallèle, je continuais à collaborer avec différentes agences d’architecture sur des concours.
ED : Au sein de différentes agences d’architecture, j’ai très tôt été amené à suivre des chantiers. J’ai eu la chance de travailler avec des entreprises très qualifiées qui m’ont appris l’importance pour l’architecte d’intégrer les contraintes de fabrication dans son dessin.

table de ping pong multi joueur
Photographie Exercice

À quel moment le travail avec les artisans est-il devenu central dans votre travail ? Pourquoi avoir adopté cette démarche ?

GLB : En 2018, nous avons été lauréat d’un appel à résidence organisé par le WAAO, centre d’urbanisme et d’architecture de Lille, qui invitait à développer un projet de résidence dans un des pavillons de Jean Prouvé à Tourcoing. Il n’y avait pas de thématique précise, nous avons proposé une étude sur l’utilisation des éléments standardisés dans la construction contemporaine. 

ED : A la sortie de la guerre, Prouvé proposait de reloger rapidement et économiquement en construisant des maisons préfabriquées. Son atelier de conception était en même temps un lieu d’expérimentation qui lui permettait de réaliser des prototypes à l’échelle 1. C’est ce lien fort entre conception et fabrication qui lui ont permis de créer une œuvre économique et ingénieuse et c’est ce qui nous intéressait de retrouver dans notre projet de résidence.  
GLB : Nous avons tous les deux vécus dans des environnements d’ateliers. Ce sont des lieux qui nous intéressent et le projet de résidence était une bonne opportunité pour aller à la rencontre de ceux qui fabriquent et transforment la matière. Nous pensons que les filières manuelles dans le bâtiment ne sont pas assez valorisées. Les études longues sont plus prestigieuses. En sortant de l’école, on s’est retrouvé à travailler 8h par jour derrière un ordinateur, sur des logiciels de plus en plus complexe. Nous avions l’impression de perdre le contact avec la réalité de ceux qui réalisent le projet. Nous voulions comprendre comment les choses étaient fabriquées, quels étaient les outils qu’utilisaient les artisans, pour pouvoir adapter notre dessin en fonction et proposer des solutions plus économiques.
ED : Nous pensons aussi que le rapport entre l’architecte et l’artisan devrait être plus horizontal. C’est ce que nous essayons de défendre dans nos projets, d’être à l’écoute de tout le monde  pour créer des projets qui mettent en valeurs les savoir-faire de chacun.

atelier exercice

Travaillez vous vous-même la matière pour vos pièces de mobilier ?

ED : Nous travaillons dans un atelier à Saint-Denis, où nous avons un large espace pour bricoler et expérimenter. Cela nous permet de poursuivre notre démarche prospective et expérimentale sur la matière, pas nécessairement pour la partie mobilier mais davantage pour comprendre comment les choses sont faites. Le travail manuel possède une forme d’accomplissement plus immédiate. Cet aspect est très épanouissant au quotidien.
GLB : Nous apprécions tester de nouveaux matériaux, des techniques de mise en œuvre notamment sur des maquettes pour essayer de nourrir à plus grande échelle des projets de construction.

mobilier par le studio exercice

Quels sont vos prochains projets ? Sur quoi travaillez-vous actuellement ?

ED : Nous essayons de poursuivre nos rencontres avec différents artisans pour découvrir de nouveaux savoir-faire en fonction des lieux ou se situent nos projets d’architecture. En ce moment, nous essayons de monter un projet de revalorisation des filières manuelles avec des lycées professionnels du bâtiment dont la finalité serait une exposition.
GLB : Nous avons plusieurs projets de rénovation d’appartements, de construction de maisons et de boutiques qui nous permettent d’appliquer nos recherches de façon plus concrète. C’est le début mais c’est très motivant. Nous menons aussi quelques projets de design avec des artisans pour développer de nouveaux produits.
ED : D’une façon générale on essaye d’inventer nos projets avec les autres acteurs de la ville et de l’architecture. Nous essayons de tirer parti de la position centrale de l’architecte pour inventer notre pratique.

mur tetris
atelier saint denis

En voir plus sur leur site internet : http://www.exercice.studio/index.html