Arts incohérents

Arts incohérents : 19 œuvres ré-exposées, le mouvement réhabilité

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La découverte en 2018 d’une malle contenant 17 œuvres (et deux qui ont été retrouvées par la suite) du mouvement des Arts incohérents (1882-1893) suscite l’émerveillement des uns et le scepticisme des autres. Et pour cause, deux de ces œuvres seraient respectivement les premiers monochromes et ready-made de l’histoire, initialement attribué à Kasimir Malevitch (1915) pour l’un et Marcel Duchamp (1913) pour l’autre.

Si les interrogations prennent des airs d’enquête, de contre-enquête, d’expertises et de contre-expertises, la polarité de l’édifiante découverte a réuni son lot de disciples et d’indicible pour une exposition « Déjà vu, encore jamais vu » ou plus justement « les Arts incohérents refont l’Olympia1 ».

C’était donc à l’Olympia, le 19 avril dernier, de 12 heures à 16 heures, que les visiteurs ont pu examiner les vestiges d’un mouvement artistique longtemps oublié. De facto, faute de pouvoir établir un diagnostic sur les Incohérents en l’absence d’œuvres, les historiens d’art avaient pour la plupart classé l’affaire. Mais voilà qu’un dénouement invraisemblable voit le jour, sortie du fin fond d’un grenier de banlieue parisienne, la malle, dénouement caustique d’une histoire rocambolesque, donne corps au mythe Inco. Et bouscule dans la foulée les prérequis d’un art moderne et contemporain, chronologiquement définis par les avant-gardes et leur lot d’inventions…

Le rideau de fiacre Alphonse Allais proto ready-made des Arts Incohérents
Des souteneurs encore dans la force de l’âge et le ventre dans l’herbe boivent de l’absinthe Alphonse Allais
Rideau de fiacre, avant 1897 (proto ready-made)
© Galerie Johann Naldi

Voici comment on pourrait résumer à chaud et à la manière journalistique le cataclysme qui secoue actuellement le monde de l’art. Mais si ce ” teasing ” un peu long, on vous l’accorde, n’en dit pas trop, restant dans le vif et le “ clicky ”, et alors qu’à l’instant où j’écris ces lignes, je réfléchis encore à l’angle opportun pour aborder les Incohérents, il m’apparaît évident que leurs travaux nécessitent un intérêt approfondi au même titre qu’une légèreté de ton est d’usage.

Partant de l’idée que relater un mouvement artistique passé, c’est se risquer à ponctuer son récit d’un « Il était une fois… », je me suis rendue à ladite exposition, j’ai réuni et confronté quelques sources sur le sujet, lu les deux livres accompagnant la découverte : ” Arts incohérents : Découvertes et Nouvelles Perspectives ”  sous la direction de Johann Naldi et ” les Anartistes ” de Michel Onfray, j’ai interviewé ce même Johann Naldi, le marchand à l’origine de la découverte — accompagné de Virginie Botte qui a contribué à l’organisation de l’exposition —, échangé avec mon entourage… M’apercevant que plus de deux mois s’était écoulé depuis l’événement à l’Olympia, et que la temporalité jouant un rôle crucial dans les médias, je n’étais plus vraiment dans « le chaud, la news, le cœur de l’actu », et ne pouvant me permettre une lecture en diagonale d’un mouvement dont je ne connaissais pratiquement rien, j’ai sorti la carte de l’ignorance, car comme dirait l’autre : « Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien », je me suis essuyé les pieds sur le simulacre de l’expertise, et j’espère pouvoir restituer là un témoignage autant informel que joyeux :

invitation à l’exposition «Les Arts incohérents refont l’Olympia"

Bon, mais sinon les Incohérents, quèsaco ?

Pour bien saisir les enjeux de ce mouvement prophétique, resituons le contexte :

On est en 1882, soit neuf ans après la Commune, la IIIe République sème son lot de renouveau : liberté de la presse, lois contre la censure, école obligatoire et laïque… Dieu est enterré, l’Empire aussi, mais la bourgeoisie et sa vision des Lumières ont la peau dure, des idées républicaines subsistent, l’antithétique hégémonie commerciale à la  “faveur” (fureur serait de bon sens) coloniale, les révolutions industrielles ayant donné naissance à la classe ouvrière et à un art officiel « décadent ».

Grosso modo, ce n’est pas la joie, sans surprise, les dominants mènent à nouveau la danse. Vous me diriez qu’il y a bien quelques hurluberlus qui viennent foutre un joyeux bordel là-dedans ? Et bien, vous auriez totalement raison ! Les Incos ouvrent le bal d’un contre-courant, la contrescarpe qui s’érige contre le sérieux, comme rempart à l’académisme, à l’élitisme, à la bourgeoisie… Dans le sillage des Zutistes (1871-1872 puis 1881-1883), des Hirsutes (1881-1883) et des Hydropathes (1878-1880), qui incarnent la pensée fumiste, usant et abusant de la satire, du pastiche, du détournement, dont on peut citer : Emile Goudeau, Jules Lévy, André Gill, Charles Cros, Alphonse Allais, Caran d’Ache, Eugène Bataille (aka Sapeck), Sarah Bernhardt, Arthur Rimbaud et Paul Verlaine (ces deux-là sont principalement zutistes) et tant d’autres, car, voyez-vous l’essence de cette école buissonnière peut s’illustrer par sa rupture avec l’expertise et le génie artistique2. L’art sera accessible à tous, ou ne sera pas ! C’est donc le début des réunions dans les cafés, un « tous artistes » bohème qui cultive la pluralité des arts : poètes, plasticiens, écrivains, musiciens et souvent tout à la fois, se retrouvent entre autres au cabaret du Chat noir, inauguré en 1881 par Rodolphe Salis, et donnent naissance à l’INCOHÉRENCE.

Affiche du Chat noir, Jules Levy rédacteur de la revue aux origines du mouvement des Arts incohérents
Tournée du Chat noir
Théophile Alexandre Steinlen
Affiche © Bnf

Jules Lévy (1857-1935), écrivain, Hydropathe et rédacteur de la revue éponyme « Le Chat noir » s’établit au fondement du mouvement et déclare (cf. « La Réforme » du 2 octobre 1882) ce qui pourrait faire office de manifeste Incohérents :

 […] Il faut maintenant une antithèse violente. Place à la nouvelle école extensionniste, collectiviste, excursionniste ! Arrière le poncif ! Foin de la ligne ! À bas le dessin ! Mort à la forme et à la couleur ! Il ne doit plus y avoir que l’idée ! Salut à la muse du burlesque ! Chapeau bas devant la nouvelle formule ! – Vive à tout jamais l’incohérence ! “

L’avant-garde est née et on peut la dater.

Une production artistique organique et organisée

Si l’on retient surtout les œuvres de Paul Bilhaud, « Combat de nègres pendant la nuit », et d’Alphonse Allais, « Des souteneurs encore dans la force de l’âge et le ventre dans l’herbe boivent de l’absinthe », qualifiées de « Joconde » des Incos, les pionniers de la peinture monochroïdale ne seraient réduire la richesse prolifique de « la pensée en action » qui anime les différents acteurs de ce mouvement.

Ils ont intronisé le calembour au musée, le rébus plastique, sculpté le potache… Célébrant la création dans tous ses états, ils ont surtout remodelé les contours d’une définition de l’art qui visait à décorer les salons. Rappelons que la modernité du siècle tient en la promesse impressionniste, un renouveau de forme donc, une révolution picturale. Manet et son « Déjeuner sur l’herbe » détonnent, les Incohérents auraient pour leur part organisé un happening à la Galerie Vivienne en 1886, parodiant le célèbre tableau et intitulant « Souper sur l’herbe » leur pique-nique sur vrai gazon avec tout le tintouin… Étonnant donc que l’un s’inscrive dans la modernité et la définisse, alors que l’autre ne soit inscrit quasiment nulle part et évoque un souvenir à la limite de la blague vaseuse. Pourtant, les sources journalistiques de l’époque reconnaissant l’éminence Incohérence ne manquent pas, il y en a à la pelle :

« Un local de quelques pieds carrés, aux murs couverts de choses hétéroclites, où l’on croit entendre le bruissement d’une Folie qui plane, où se ruent dans une mêlée, corps à corps, l’Esprit et le Songe-Creux, la Logique et l’Illogisme, le Rectiligne et le Curviligne, l’Envers et l’Endroit des choses, le Naturel et l’Artificiel, les deux Raisons de l’Art moderne, celle qui bat en brèche le rococo et celle qui bat la campagne ; des vers de Victor Hugo servant de piédestal à un paysage fumiste, l’Incohérence corporisée, s’épanouissant dans l’assemblage ollapodridesque de matières premières, secondes, etc…».

Richard O’Monroy, « La journée parisienne : Les Arts incohérents », Le Clairon, 2 Octobre 1882.

« M. Jules Lévy vient de réunir, Galerie Vivienne, tout ce que les calembours les plus audacieux et les méthodes d’exécution les plus imprévues peuvent faire enfanter d’œuvres follement hybrides à la peinture et à la sculpture ahuries.»

Félix Fénéon, « Les arts incohérents », la Libre Revue, 1er novembre 1883.

« L’incohérence expose ce que le journal publie. C’est une critique en action. »

Albert Pinard, « le Radical », 24 août 1884.

« Étant donné que le Beau n’existe pas en soi, qu’au plafond cérébral de tout artiste adhère une araignée qui de temps à autre “se met les pattes en l’air“, j’ose dire sans craindre d’être démenti, que la manifestation incohérente de cette année est une des plus intéressantes, des plus curieuses et des plus philosophiques du siècle. Je sais bien ce qu’en pensent les peintres… cohérents, ceux qui sont en possession de la faveur publique… Ils crient au Sacrilège ! […] Il feraient bien mieux, les maîtres de la peinture moderne, d’exposer près de ceux qu’ils conspuent, et de montrer, par des exemples illustres, ce que peut l’incohérence, alliés à la perfection du trait, à l’éclat de la couleur, au fini de la composition. »

Émile-Raymond Blavet

Mais alors comment expliquer ce vide historique, cet acte manqué, ce malentendu ?

Soit, l’absence d’œuvre, Johann Naldi en décompte à peu près mille présentées lors de sept expositions entre 1882 et 1893, et pour le citer : « La plupart des Historiens ont été très catégoriques sur un mouvement dont ils n’avaient vu aucune œuvre, ce qui pose une certaine problématique… C’est comme demander à un médecin légiste de faire une analyse médico-légale sans cadavre. » Il affirme que la présence de ces œuvres suscite une forme de « négationnisme », une défiance face à la redécouverte d’œuvres inédites sans provenance avérée… Et conclut par un clin d’œil adresser à ses confrères dix-neuviémistes :

Supposer que les oeuvres des Incohérents étaient mal réalisées, car exécutées par des écrivains, c’est déjà avoir une méconnaissance de la qualité de dessinateur de beaucoup d’écrivains. Mais à leur décharge, Jules Lévy n’a pas aidé à y voir clair, avec sa formule : “J’ai voulu proposé une exposition de gens qui ne savaient pas dessiner.”

Le monochrome de Paul Bilhaud, «Joconde» des Arts incohérents
Premier monochrome
Paul Bilhaud
Huile sur toile
© Galerie Johann Naldi

Ceux qui nient catégoriquement cette découverte n’ouvrent pas un débat très intéressant, et veulent remettre le couvercle sur quelque chose qu’ils ont toujours voulu garder étouffée. »

Johann Naldi

Le non-conformisme de ce mouvement, qui outre sa révolution formelle et son usage de médiums non académiques : peinture sur écumoire, peinture sur pain, cervelas à l’ail, cire molle, drap, poil, bouton, émail, cuir, bois, carton, etc., explose les carcans habituels, le pied de nez est total, les expositions sont publiques, la recette est reversée à des œuvres de charité, l’argent ne revient ni au marchand ni à l’État, et ça, ce n’est vraiment pas conforme et petite réflexion personnelle au détour, même que ça dérange toujours aujourd’hui. Difficile de mon côté de ne pas faire allusion au fait qu’ici encore, ironiquement, ce soit un marchand d’art qui contribue à réhabiliter l’œuvre Incohérente.

À la Renaissance, les Médicis et Giorgio Vasari (1511-1574), avec son ouvrage « Les Vies », ont contribué à donner du pouvoir à un Artiste, jusqu’alors invisibilisé au Moyen Âge, c’est la naissance de l’artiste génie, la propriété intellectuel vaut son pesant d’or. Depuis, l’art rime avec marchandise, les historiens d’art et les marchands s’en mettent plein les fouilles et mènent la barque. Une barque pleine de fric !

CQFD. Si les marchands d’art et les historiens d’art (peut-être pas tous…) se font visionnaires avec l’impressionnisme, l’Incohérence semble leur filer entre les doigts, et elle, si je peux parler en son nom, revendique pleinement son indépendance : les œuvres sont collectives, les matériaux périssables, signés sous pseudonymes, aucune recherche de gloire ou de pouvoir ne semble être au fondement de ce mouvement, le meilleur exemple visible demeure en l’œuvre d’Alphonse Allais, issue de son très remarquable « Album primo-avrilesque (1897) », (qui pour raison encore inconnue3 peine à s’établir comme monument artistique), à la symbolique plastique monochroïdale : « Première communion de jeunes filles chlorotiques par un temps de neige. » qui propose là une mise en abyme du calembour, en annotant « Acheté par l’État-l’État, c’est moi. »

C’est irrévérencieux, mais c’est certainement également du jamais vu et du presque jamais égalé, même si l’on note une certaine réminiscence dans un pan de la création contemporaine (une partie de la scène graffiti, cf. l’œuvre de Banksy, l’article à venir sur Ecilop et bien d’autres…). Cela étant dit, et tant qu’à être dans la digression chronologique, notons que les mouvements d’avant-gardes tels qu’on les connaît : le dadaïsme, le surréalisme, le suprématisme, fluxus, etc., trouvent échos dans bon nombre des créations incohérentes, par exemple :

Un pain peint de Man Ray semblable a un la peint des Arts incohérents

« Un la peint » (Arts incohérents) résonne avec un « Pain peint » (1958) de Man Ray.

Un la peint des Arts incohérents
Un la peint
© Bnf/ Galerie Johann Naldi

« La Marche funèbre composée pour les funérailles d’un grand homme sourd » d’Alphonse Allais trouve résonance dans « 4’33 de silence » de John Cage. Plus récemment, aurait été découverte une annotation derrière « le Carré noir » de Malevitch (1915) portant l’inscription « des nègres se battant dans une cave ».

Coïncidence ?

Michel Onfray et son ouvrage « les Anartistes », vous démontrerez par A+B+C+D+(on ne va pas citer toutes les lettres de l’alphabet) que non. C’est d’ailleurs principalement de son ouvrage que je tire et date mes sources4, je ne vais donc pas me hasarder à m’improviser critique littéraire, mais je vais quand même me risquer à ceci :

Michel Onfray propose un recueil apparemment détaillé (cf. la liste d’ouvrages cités) et se prononce grand justicier en dévoilant l’escroquerie avant-gardiste (XXe) au grand dam de l’Incohérence. Un pillage organisé, qui je cite :

Marcel Duchamp invente le concept d’anartiste, un mot-valise qui célèbre les épousailles entre l’anarchiste et l’artiste, et ce pour fustiger la collusion de l’art et du marché. Ruse de la raison, ce fut hélas pour pérenniser la collusion de l’art et du marché comme jamais ! Depuis Marcel Duchamp, jamais la dérision n’a été à ce point sinistre. À l’heure de conclure, je souhaite jouer la véritable avant-garde des Incohérents contre la fausse avant-garde du XXe siècle qui a détroussé Jules Lévy et les siens, sans le dire bien sûr… Il faut voler les voleurs, car s’il existe des figures qui méritent le nom d’anartistes, ce sont bien les Incohérents. […] »

Michel Onfray, Les anartistes

L’ordre des choses étant rétabli, au risque de redondance, si là vraiment, on ne souligne pas l’ironie de la mise en scène de l’ironie par ce scénographe au cent et quelques best-sellers, adepte de la philoTV, c’est que tout est sens dessus dessous.

Alors, dans tout ça, quel avenir redéfini-t-on aux Incohérents ? Une acquisition du musée d’Orsay ? Ou encore un hommage posthume onéreux : 10 millions d’euros pour les œuvres classées trésor national. Un trésor, on est d’accord, mais un trésor qu’on aurait pour une fois envie de partager, d’explorer, afin d’en extraire le sel. Et si, plutôt que de remodeler le passé par peur d’écrire le futur, on laissait un héritage potache et poétique, un hors du commun pensé ensemble, en hommage à l’Incohérence ?

1. Le 11 avril 1893 est organisé l’ultime exposition des Incohérents, elle a lieu à l’Olympia qui vient tout juste d’être inauguré par Joseph Oller.

2. La rupture avec le génie artistique s’illustre par la volonté d’en découdre avec l’académisme : des dessins faits par des enfants ou avec le pied sont présentés lors des expositions incohérentes, on tire même à bout portant sur une toile intitulée : « Paysage financier » Si, si !

3. Encore cette histoire de marchands d’art et d’historiens d’art, on vous dit !

4. Rendons à César : pour la réalisation de cet article, j’ai prélevé mes sources et je me suis principalement appuyé sur le très sérieux ouvrage « Arts incohérents : Découvertes et Nouvelles perspectives » sous la direction de Johann Naldi, Éditions Lienart, ainsi que sur « les Anartistes » de Michel Onfray, Éditions Albin Michel. J’en profite pour remercier Virginie Botte, sa disponibilité et son sérieux a permis d’alimenter cet article de photographies d’œuvres originales.

Communiqué officiel (de dernière seconde) : À la suite de l’effet boule de neige de la découverte des 19 œuvres des Arts incohérents, un total de 4 œuvres inédites ont été retrouvées depuis, autant incroyable que cela puisse paraître et au regard d’une expertise de fond menée par les gardes sceaux d’une bande d’experts en costard assermentés, voici en exclusivité le mouton anachronique manquant de l’œuvre Incohérente :

Mouton anachronique des Arts incohérents
Ceci n’est pas à prendre au pied de la lettre
Piedsnikelaid
Crayons et feutres sur papier

Arts incohérents : 19 œuvres ré-exposées, le mouvement réhabilité 3
Saint-Germain des pieds
Ready Michel
Acrylique en spray sur métro


mouton anachronique des Arts Incohérents
Pa c’est si simple
Larcinj
Poème d’abord dans la tête puis sur le mur puis sur la toile

Arts incohérents : 19 œuvres ré-exposées, le mouvement réhabilité 4
C’était l’incro des incos de Charles Cros
À la santé de ta mère qui boit de la Kro
Cette bière à gaufre

Moulagaufre & RAF (reforme à fond)
Acrylique sur toile

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