Photographe française de la seconde moitié du XXᵉ siècle et fille d’une famille d’aristocrates désargentés, Madeleine de Sinéty documente la vie ordinaire pendant quatre décennies, entre la France et les États-Unis. Peu connu du grand public, le Jeu de Paume lui dédie sa première rétrospective.

Née en 1934 au château de Valmer, propriété familiale dans la vallée de la Loire, dans une Europe qui, bien qu’elle ne le sache pas encore, bascule pour la 2ᵉ fois dans la guerre, Madeleine de Sinéty s’intéresse dès 1955 à l’art. Elle rejoint alors l’École nationale supérieure des arts décoratifs à Paris, puis part, à la fin de l’année 59, avec François de Sainte Marie pour un voyage de six mois de Paris à Bagdad, à bord d’une Renault 4CV, afin de documenter les conséquences de la révolution irakienne de 1958.
La photographie ne débarque dans sa vie qu’en 1969, avec l’achat de son premier appareil photographique. Séparée depuis peu de François de Sainte Marie, elle rencontre Daniel Behrman, journaliste américain et rédacteur scientifique à l’Unesco. Partageant une passion commune pour les trains à vapeur, ils se lancent dans un projet dédié aux derniers mécaniciens et chauffeurs de la gare Montparnasse. Le projet s’étendra finalement à la ligne Guingamp-Paimpol, et jusqu’en Allemagne.
Elle qui n’avait jusque-là connu que l’illustration – ce qu’elle faisait pour des magazines – se lance dans une pratique assidue de la photographie : d’abord à Paris, et principalement à Montparnasse où elle habite. En 1972, elle abandonne sa carrière après avoir découvert le petit village de Poilley où elle s’installe afin de photographier le quotidien des familles. Le résultat sera publié après un voyage à New York, ville natale de son 2ᵉ mari, Daniel Behrman.
Le reste de sa vie oscille entre déménagements – Del Mar en Californie, Rangeley, dans le Maine, retour rapide à Poilley, les familles du village lui offrant les billets –, bonheur – naissance de son fils Thomas en 1976 puis de Peter en 1980 –, et malheurs – cancer du sein en 86, mort de son mari en 90, perte de son aîné, alors âgé de 30 ans, en 2006. Mère seule, élevant deux enfants, elle commence à faire des photographies de mariage pour gagner sa vie en 1994.



La photographie comme remède à l’oubli
La pratique de l’art photographique l’amène vers des ailleurs, à la rencontre des autres. La proximité avec ses sujets – ces autres – devient dès lors sa signature. Bien que Madeleine de Sinéty se rende à Poilley pour documenter le quotidien, la vie à la campagne – comme Rinko Kawauchi célébrant la vie elle même – et le travail aux champs de ces familles bretonnes, l’artiste s’immerge pleinement dans leur mode de vie, aidant aux travaux des champs. Son regard et son travail photographique parlent « d’humanité, de tendresse ».
À l’image d’Antoine Lecharny avec la mémoire de la Shoah par balle ou de Fabrice Dekoninck et de sa mémoire de la guerre en Bosnie-Herzégovine, Madeleine de Sinéty semble travailler sur la mémoire de ce qui fut. à la différence que ce qu’elle documente n’a pas encore disparu lorsqu’elle le photographie. Elle sait cela « promis à disparaître » : l’ancien quartier Montparnasse sous le titre Paris démoli, les derniers trains à vapeur, les abattoirs de Manhattan, les rituels ruraux de Bretagne. À travers tous ces sujets, elle cherche à « conserver la mémoire de ce qui s’efface ». La photographie devient ainsi un moyen de raconter ce qui fut, de garder en mémoire ce qui a été. Un remède à l’oubli.


Ouverte depuis le 5 octobre 2025, l’exposition est à voir au Jeu de Paume à Tour (25 avenue André-Malraux, 37000 Tours) jusqu’au 17 mai 2026.
Tarif plein : 5 €
Tarif réduit : 2,50 €
Gratuité pour les moins de 27 ans, les scolaires et demandeurs d’emplois



