Lee Miller, Portrait de l’Espace Portrait of Space Al Bulwayeb, près de Siwa,1937 Lee Miller Archives © Lee Miller Archives, England 2025 All rights reserved

Lee Miller, figure essentielle de l’avant-garde internationale

Image d'avatar de Benoît Dupuis-TordjemanBenoît Dupuis-Tordjeman- Le 3 avril 2026

Dix-huit ans après la dernière exposition française au Jeu de Paume, le Musée d’Art Moderne de Paris propose une rétrospective de l’œuvre de Lee Miller du 10 avril au 2 août 2026 ; artiste dont le biopic sorti en 2023 avec Kate Winslet dans le rôle de la photographe revenait sur une partie de son travail.

Figure essentielle de l’avant-garde internationale, Lee Miller fut tour à tour mannequin, artiste surréaliste, portraitiste, photographe de mode et correspondante de guerre accréditée par l’armée américaine pendant la 2ᵉ guerre mondiale. Si l’artiste fut longtemps cantonnée à un rôle d’ « égérie », elle est aujourd’hui reconnue comme l’une des grandes photographes de son temps.

Retraçant l’ensemble de son parcours, de ses débuts à New York aux années de guerre en Europe, en passant par son séjour en Égypte et sa vie à Londres, l’exposition, organisée par la Tate Britain et en collaboration avec l’Art Institute of Chicago, démontre la richesse de son œuvre à travers près de 250 tirages anciens et modernes, dont plusieurs inédits.

Le portrait d’un début

Dessinant le portrait de l’artiste autant que de ses débuts, la première partie de l’exposition s’intéresse aux années 1920 et 1930. Plusieurs grands photographes et cinéastes de cette époque réalisent le portrait de la jeune Lee Miller. Elle est alors mannequin et s’impose comme personnalité du New York de la fin des années 1920 à travers cette activité. Figurant « l’archétype de la femme moderne, émancipée et active », elle est l’un des modèles les plus recherchés par les magazines.

En lien avec les surréalistes, elle est amenée à jouer l’un des rôles principaux du premier film de Jean Cocteau, Le Sang d’un poète (1930-1932). Elle rencontre, lors de ce séjour, Man Ray, dont elle devient l’apprentie et la compagne : cela marque, après son entrée dans le cinéma, son arrivée dans le milieu de la photographie.

Ils s’essaient à la « solarisation » ou effet Sabatier, technique consistant à réexposer brièvement un tirage ou un négatif à la lumière pendant le traitement afin d’obtenir une inversion partielle des tons de la photographie, créant un effet de halo onirique. Si le procédé est découvert dans les années 1840, Man Ray et Lee Miller sont souvent considérés comme les premiers artistes à l’avoir utilisé de manière créative.

Une recherche d’autonomie

Lee Miller ouvre son premier studio et travaille pour Vogue en qualité de photographe. Ses photographies sont singulières par leur cadrage oblique et des rapprochements insolites avec le sujet photographié, qui lui valent d’être exposée dans les galeries parisiennes aux côtés des photographes renommés de l’époque.

Puis, en 1932, l’artiste américaine s’en va pour New York, où elle ouvre un nouveau studio. C’est là qu’est organisée sa première (et la seule de son vivant) exposition personnelle. La galerie Julien Levy s’occupe de l’aménagement de celle-ci. Mettant en avant son travail de portraitiste et ses liens avec les milieux artistiques et littéraires, l’exposition participe de son essor.

Lee Miller s’installe quelque temps en Égypte, et plus précisément au Caire, après son mariage avec l’homme d’affaires égyptien Aziz Eloui Bey. S’intéressant « aux contrastes de matières et de formes et aux changements de perceptions induits par les angles de prises de vues », l’artiste évite « l’exploration des thèmes exotiques ». S’y affirment des motifs, textures et cadrages particuliers. Cette parenthèse africaine se referme avec sa rencontre du peintre et poète surréaliste Roland Penrose, qui la ramène en Europe aux côtés de ses amis surréalistes.

À l’ouest rien de nouveau

En 1939, au déclenchement de la guerre, elle reste à Londres et travaille pour Vogue comme photographe de mode. Comme le montrait d’ailleurs son biopic sorti en 2023, l’artiste utilise alors les ruines et bombardements de Londres comme décors de ses photographies. En mai 1941, elle participe à la publication de l’ouvrage Grim Glory : Pictures of Britain Under Fire (Gloire lugubre, images de la Grande-Bretagne sous le feu), qui témoigne de la vie quotidienne pendant le Blitz en mêlant célébration patriotique et humour noir.

En 1942, pendant l’hiver, elle est l’une des rares femmes photographes à obtenir une accréditation de correspondante de guerre par les États-Unis : changement de programme, la voilà qui couvre la réalité du conflit aux côtés des femmes engagées dans cette guerre : infirmières, membres de la défense anti-aérienne, aviatrices, etc. Elle traverse la Manche quelques semaines après le Débarquement de juin 1944 et se trouve en première ligne sur le front, notamment lors de la libération de Saint-Malo.

Dénonçant la violence du conflit, son travail oscille entre reportages de guerre classiques et engagement personnel. Elle se concentre sur les détails signifiants, et non l’ensemble. Puis, en avril 1945, aux côtés du photographe de Life David E. Scherman, elle se rend à Dachau et Buchenwald juste après la libération des camps. Sidérée par ce qu’elle voit, ses clichés, accompagnés d’un article intitulé Believe it en juin 1945, sont parmi les premiers à révéler au grand public l’entreprise d’extermination de masse des nazis. La « Shoah par balle » sera documentée plus tard.

Le 30 avril 1945, Lee Miller s’introduit dans l’appartement du Führer fraîchement suicidé. Elle réalise un cliché mis en scène, chargé de symboles, où elle pose dans la baignoire du dictateur. L’image est aujourd’hui considérée comme l’une des photographies les plus emblématiques de la fin du conflit mondial.

Son travail dans l’Europe d’après-guerre se poursuit jusqu’en janvier 1946. Ces images reflètent la douleur et les privations mais également les laissés-pour-compte de la Libération, comme les femmes et les enfants. Miller confie ainsi à son éditrice : « Je préfère décrire les dégâts des villes détruites et des personnes blessées plutôt que de faire face au moral brisé et à la foi anéantie de ceux qui pensaient que “les choses allaient redevenir comme avant” ». D’aucun pourrait considérer Marie-Laure de Decker comme la relève.

Mais l’expérience de la guerre étant marquante, elle peine à se relever et à passer à autre chose. Elle s’installe à Farley Farm House (dans le Sussex) avec Roland Penrose et leur fils Antony ; continue la photographie de mode avant de laisser peu à peu de côté son travail commercial ; elle continue toutefois de photographier des amis et proches et s’adonne à des expérimentations culinaires.

L’exposition est à retrouver au Musée d’Art Moderne de Paris, 11 Avenue du Président Wilson, 75116 Paris du 10 avril au 2 août 2026. Gratuit pour les moins de 18 ans, tarif réduit à 15€ et plein tarif à 17€. Ouvert du mardi au dimanche, de 10h à 18h ; nocturne le jeudi jusqu’à 21h30.

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Benoît Dupuis-Tordjeman
Article écrit par :
Journaliste et photographe, je m'intéresse à l'art mais aussi aux sciences. Amateur de grandes randonnées et d'astronomie, j'aime découvrir le monde et en partager la beauté. J'aime aussi communiquer cet amour du beau et parler d'écologie. https://linktr.ee/benoitdt_photographie

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