Découvrir un artiste en devenir, c’est parfois se changer en chercheur d’or, et s’empresser d’être le premier, à tout prix, au risque de se perdre. Mais pas avec ÂA, dont le talent relève de l’évidence.

Marée basse porte cette mélancolie particulière, transmise depuis des générations. Celle de ceux qui partent, arrivent, veulent se forger un destin exceptionnel, au nom des leurs, quitte à ce que leurs désirs les plus intimes s’étiolent.

ÂA, tout au contraire, a décidé de poser des mots sur ce bliss, d’en nourrir sa créativité et de proposer une architecture sensible, touchante ; il y raconte tant les oscillations de ses introspections que celles du monde qui l’entoure.

Photographie de ÂA par Manuel Obadia Wills
Photographie de ÂA par Manuel Obadia Wills

Ce qui frappe chez cet artiste autodidacte belge d’origine congolaise, qui s’inspire aussi bien du cinéma, de Barbara que du courant surréaliste, c’est aussi cette belle maturité : Marée basse tient l’auditeur grâce à cette voix langoureuse et précise, et aux percussions, pulsations libératrices. Mitch Olivier, l’ingénieur du son d’Alain Bashung, ne s’y est pas trompé en mixant ce single.

Si la filiation pop-RnB est naturelle, les amateurs de maloya ne bouderont pas leur plaisir, tant ce titre ramène à Davy Sicard. L’hymne des heures tièdes de l’été est là.

Marée basseÂA (Columbia)