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Rencontre avec le rappeur Shaga, entre le personnage et le personnel

Autour d’un verre en terrasse à Bastille, nous rencontrons Shaga à l’occasion de la sortie de son EP Kérosène. Le rappeur qui monte aux influences éclectiques, féru de cinéma (le blaze vient du film Austin Powers et son “Shagadelic” qui traduit son côté excentrique) et de travail, se présente décontracté avant d’aller donner un cours de guitare à de jeunes amateurs à qui il aime transmettre sa passion. Une heure passée ensemble qui aura filé vitesse grand V tant le discours et la gentillesse du garçon nous aura absorbé. 

Bonjour Shaga, on commence dans le dur pour savoir comment as-tu composé l’EP Kérosène ? À quel moment tu as senti le besoin de sortir le projet ? 

Shaga : Toutes les musiques ont été faites avec le même compositeur, Yoan. C’est mon binôme musical depuis 2 ans, on fait toutes les compos ensemble. Soit il m’envoie son taf et je kiffe, soit je vais au studio avec une vibe et un délire et on tâtonne ensemble. On maitrise pas mal d’instruments tous les deux et on switch entre basse, clavier, guitare, batterie. C’est des musiques qui ont été faites entre il y a deux ans et il y a six mois, un peu sur le long terme. J’avais envie de sortir un EP et il y avait dans les cinq musiques ce lien dans le thème de vivre de la musique, l’angoisse d’une routine formalisée. 

Tu avais déjà sorti Eros sur une thématique bien précise, t’es plus dans l’optique de sortir un projet parce que tu as des choses à dire sur une thématique. 

C’est peut être maniaque mais je kiffe compiler les musiques dans un même thème avec une âme identifiable : l’amour sur le premier projet et un coup de poing pour le second. 

Cette envie de sortir un projet coup de poing est venue pendant le confinement ? 

Non c’était avant, le confinement n’a pas changé grand-chose pour moi. J’avais 2 clips sur 4 de La Dose qui étaient prêts avant le confinement. Tous les sons de l’EP étaient déjà prêts. 

En parlant de tes clips, tu te démarques pas mal avec une bonne touche de créativité et d’esthétique. Tu mets aussi ta patte dans le côté visuel ? 

Pour le moment je n’ai travaillé qu’avec un réal qui s’appelle Victor Taieb. On avait fait le clip de K7 ensemble il y a deux ans. On s’était simplement beaucoup amusés, avec beaucoup d’idées. C’était très spontané entre nous. J’arrive souvent avec des inspis en lui définissant comment je vois le son, et lui me propose deux/trois idées. Avant je lui proposais des scénarios mais je l’écoute parce qu’il me propose de supers idées. On aime bien faire des trucs à nous, je n’aime pas faire des choses pour rentrer dans un schéma imposé par le style de musique.

Tu te vois où dans cinq ans ? L’EP parle de ne pas vivre une vie imposée, alors tu serais où ? 

Ah j’aime bien cette question. Dans cinq ans, je me souhaite de progresser par rapport à mes attentes, d’être encore plus fier de ce que fais car c’est difficile. Je suis hyper heureux en studio à faire mon truc mais c’est compliqué d’être fier longtemps de ce que tu fais. Quand je fais écouter à une personne et que je sens qu’elle n’est pas très réceptive ou que je l’interprète comme tel, j’en suis au stade où ça m’emmerde, je peux me sentir nul. Je veux pouvoir être fier de ma musique en toutes circonstances et j’espère que ce sera réglé dans cinq ans. Et bien sûr faire des concerts ! 

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Rencontre avec le rappeur Shaga, entre le personnage et le personnel 1
Chaque projet est personnel, c’est une mise à nue et le fait de s’exposer peut être intimidant. 

Il peut y avoir des moments hyper agréables où les gens kiffent trop mais d’autres où il y a des déceptions et j’ai envie de passer outre. Mais ça va au-delà de la musique, c’est être fier de qui je suis. 

Pour la compo justement, est-ce que tu t’inspires de ce qui a le plus plu ou tu restes fidèle à ce que tu as envie de faire ? 

Je reste fidèle à moi-même. Je cherche juste à explorer d’autres choses. J’écoute quand même pas mal les conseils de mes proches : ma petite sœur, ma copine, mon producteur, mon manager… Quand ils disent quelque chose ça me touche, que je sois d’accord ou pas. Donc j’essaie de travailler sur ce qu’on me conseille, après si ça ne me plait pas je ne le ferai pas pour faire plaisir. Mais chacun a son avis et je ne peux pas écouter tout le monde, je vais quand même faire ce que je veux faire.  

Tu sens une évolution dans le projet Shaga ? 

Je sens les progrès ouais à force de faire du son. Quand t’es passionné je pense que t’as déjà un petit talent brut, une fougue, mais c’est surtout beaucoup de travail et d’expérimentation. Je suis dedans alors je ne m’en rends pas compte tous les jours, mais je le vois surtout quand je réécoute mes tout premiers sons. Je le sens surtout dans ma manière d’écrire : quand je doute d’une phrase, je la vire pour mieux la réécrire. Je ne veux plus me retrouver dans une situation où j’écris en roue libre pour être gêné en l’écoutant avec des gens parce qu’un mot me dérange. Je veux juste être fier de ce que je fais parce que la musique trop souvent peut être un état d’âme, une inspi sur le coup.  

Tu me donnes ta recette ?  

Ahah je ne sais pas. En vrai je pense que c’est le travail et l’amour de la musique. (il s’arrête tout sourire pour saluer son pote Thomas, guitariste, avec qui il travaille sur un prochain projet et nous demande de partager son insta, ce qu’on fait avec plaisir : @thom9_). Il bosse avec moi sur un projet sur lequel je me livre énormément, ce sera Romain et pas Shaga ! 

Ça a un côté thérapeutique aussi d’écrire des sons ! 

Grave ! Shaga c’est un personnage même s’il y a une grosse partie de moi. Mais ça reste une facette de ma personnalité, je n’ai pas montré la partie deep et dramaking. Mais le “Kérosène man” sera toujours là faut pas déconner ! 

Qu’est ce qui te fait plaisir aujourd’hui ? 

Je suis dans un travail avec moi-même aujourd’hui. Le temps passe vite, Kérosène parle un peu aussi du temps en message caché. Aujourd’hui ce qui me fait plaisir c’est quand je prends le temps. Jusqu’à Kérosène j’étais pressé d’aller loin même si bien sûr je vais continuer à balancer du son à haute dose. Faire de la musique c’est parfait pour ça, ça me rendrait heureux toute ma vie. Le temps n’existe plus, c’est que de la dopamine et de l’émotion.  

Pas trop compliqué de sortir l’EP sans pouvoir le défendre sur scène ? 

Franchement si ! En plus la scène c’est un truc que je kiffe et on misait dessus car l’EP est taillé pour. Sur scène je suis en mode Kérosène, des moments d’instants présents dont on parlait, des moments d’exutoire. C’est beau de voir la sincérité dans le regard des gens, c’est quelque chose de fort. D’un autre côté c’est du temps que je prends pour faire autre chose parce qu’on n’a pas le choix. C’est beaucoup de travail un concert, du stress en moins, j’adore ça mais c’est très chronophage.  

Tu gères toi-même tes réseaux ? Quel rapport tu as avec ça ? 

De base, je ne suis pas branché réseaux. Ça fait deux ans que je suis vraiment sur insta sinon je suis un gars de la vraie vie. Aujourd’hui j’ai compris que c’était une force. Le seul réseau sur lequel je suis vraiment c’est instagram parce que je me sens à l’aise avec l’outil, j’aime répondre aux gens qui m’envoient de la force. Mais je me dis que je dois faire attention à ne pas passer trop de temps dessus. Je passe de l’info aux gens, je donne de la force aux artistes que j’aime mais ça doit rester du fun. Parfois ça m’écoeure de passer autant de temps à regarder combien j’ai de likes sur les publications, il ne faut pas que ça devienne une pression. 

Rencontre avec le rappeur Shaga, entre le personnage et le personnel 2
Plus fun en mode portrait chinois, si t’étais un monument tu serais lequel ? 

Il réfléchit. J’ai envie de répondre à cette question, je réfléchis à comment détourner le truc. Je les fais un par un dans ma tête ahah. 

J’ai la même avec l’animal sinon. 

L’animal je l’ai, je pense que je suis un renard ou alors un chat : parfois affectueux je fais des câlins à tout le monde, et un côté “personne ne m’approche”.  

Sinon pour le monument j’ai envie de te dire le lac du bois de Vincennes. En ce moment je kiffe les lacs c’est reposant. C’est pas vraiment un monument mais un monument de la nature. Donc soit un lac, soit la statue d’Athena à Porte Dorée pour le souvenir du temps que j’ai passé là-bas. 

Dans un de tes sons tu parles de West Ham, alors si t’étais un joueur de West Ham ce serait lequel ? 

Ah West Ham honnêtement c’était pour la rime, force à eux ! Mais joueur de foot Juninho sans hésiter ! Mon père a vécu à Lyon et est pour l’OL depuis toujours. Et quand j’ai commencé à regarder le foot avec mon père c’était les années chaudes en Ligue des Champions tu vois. Je partageais ça avec lui et Juninho c’était mon idole, je lui ai envoyé une lettre quand j’étais gamin. J’ai un pote qui a eu une réponse avec un mot dédicacé et moi pas alors que j’étais plus fan que lui, j’avais le mort ! 

Est-ce qu’il y a une question que t’aurais aimé que je te pose ? 

En vrai non, j’ai kiffé toutes tes questions ! Pas besoin d’une nouvelle question. Vraiment cool en tout cas j’ai passé un bon moment ! 

Promis je n’en ai pas rajouté. En tout cas on remercie fort Shaga pour sa dispo et sa gentillesse et on ne peut que vous conseiller d’aller écouter son nouvel EP Kérosène maintenant que vous en connaissez la genèse. Pour retrouver notre article sur l’EP c’est ici.