Herders Of Siberia

Oded Wagenstein, “Herders Of Siberia” et la vie après le nomadisme chez les Nenets

Du nomadisme à la sédentarisation, ou comment “les femmes doivent affronter seules les affres de la vieillesse”.

Caravane de nomades Nenets Herders Of Siberia
Troupeaux de rennes

Oded Wagenstein, photographe israélien s’est rendu au Nord-Ouest de la Sibérie, dans le petit village de Yar-Sale, afin de se documenter et de rencontrer un groupe de femmes âgées qui s’y sont installées après de longues vies passées traverser la toundra arctique en tant qu’éleveuses de rennes, passant d’une vie de nomade à la sédentarisation. C’est de cette recherche que l’artiste tire sa dernière série de photos “Herders Of Siberia”.

Mais qui sont ces femmes, et pourquoi aller à leur rencontre ?

Il faut s’intéresser un minimum à Oded Wagenstein pour comprendre sa démarche. Pour lui, utiliser le support photographique sert à explorer la relation entre le vieillissement, l’exclusion et le désir, tout en travaillant en parallèle avec JDC-ESHEL, qui fait partie d’une ONG mondiale de défense des personnes âgées. C’est pourquoi il est allé à la rencontre de ce groupe de femmes Nenets. “J’espérais qu’avec cette série photographique, je pourrais donner une expression visuelle symbolique de leurs souvenirs et de leurs histoires”. Les femmes âgées que Wagenstein a rencontrées et photographiées à Yar-Sale font partie de d’une des ethnies les plus importantes de Sibérie, les Nenets, également connues sous le nom de Samoyède. Il s’agit d’une communauté nomade indigène originaire du nord de la Russie Arctique. Chaque année, ils rassemblent de grands groupes de rennes des pâturages d’été aux pâturages d’hiver et traversent certains des paysages les plus inhospitaliers du monde.

Femme Nenets au milieu d'un troupeau de rennes
Luge au milieu de la toundra

Voyager sur de si grandes distances, dans des conditions aussi extrêmes, est physiquement éprouvant. Lorsque les femmes atteignent la vieillesse, elles sont souvent retirées dans des foyers sédentaires, synonymes d’isolement pour ce peuple nomade. À la différence, les hommes vieillissants sont encouragés à rester avec la communauté nomade, laissant les femmes Nenets seules dans les villes qui ne sont pas les leurs, confrontées à leur vieillesse.

Village de Yar-Sale
Campement traditionnel Nenets

Mais rencontrer ces populations n’était pas chose facile pour Wagenstein et fût carrément un périple. “Il a fallu un vol, un trajet en train de soixante heures depuis Moscou, un trajet de sept heures pour finir par traverser une rivière gelée pour les rencontrer”, nous explique le photographe. Il y a passé plusieurs jours à converser avec les femmes et y fait des portraits magnifiques, des visages reflétant leur existence difficile dans la toundra hostile. Autour de tasses de thé ces femmes se livrent, partagent leurs histoires, leurs chants traditionnels ainsi que leurs désirs avec le photographe.

Maison abandonnée
Enfant Nenets

Mais aujourd’hui un “danger menace les Nenets, non pas celui de l’extinction puisque leur population va croissante, mais celui de l’assimilation qui tend vers une perte de leur identité culturelle, refusant de reprendre une vie de nomade tant les conditions sont difficiles. Néanmoins, actuellement ce sont majoritairement les femmes âgées qui sont obligées d’accepter cette sédentarisation décrite par Wagenstein, des clichés de femmes qui valent le détour, pour un voyage au sein d’une communauté peu connut du grand public.

Femme sédentaire
Veillesse et solitude d'une femme Nenets
Intérieur d'une maison Nenets
Femme genets et son chat, sédentarisation
Oded Wagenstei

Vous pouvez retrouver toutes ses photos sur son site internet ou sur son Instagram.