Samedi 10 mai, Mon RovÎa a fait vibrer la Bellevilloise, salle parisienne pas si intimiste que ça, le temps de démontrer sa capacité à travailler la folk avec brio. Beware! y était.

Sur la scène de la Bellevilloise, salle de concert connue des mélomanes parisiens en quête de nouveautés, l’américain Mon RovÎa a offert une très belle performance, samedi 10 mai. Un concert à guichet fermé, alors même que l’artiste a du délaisser le Pop Up du Label pour la plus grande Bellevilloise. Et chez Beware! aussi on l’attendait de pied ferme de ce côté de l’Atlantique, après une rencontre en 2023, qui nous avait donné beaucoup a espérer.

Le jeune homme, originaire du Libéria, rendu orphelin par la guerre, est devenu Américain par adoption. Il grandi un peu partout aux États-Unis. L’influence du Tennessee et du Montana est indéniable. Entre les touches délicates de sa folk, on reconnaît des accents country bienvenus. Il ne s’en cache pas, d’ailleurs.
Sur la scène parisienne, il s’amuse de la diversité de son public, loin de celle de l’Amérique où il a grandi. Revenu, le temps d’un voyage, au Libéria à son adolescence, il se sait devenu trop Américain. Il n’est jamais vraiment à sa place, selon ses dires. Cette solitude est partout dans ses morceaux.
Sur scène il n’est pourtant pas seul. Il s’accompagne de Sam Hudgens et Tyler Martelli. Le trio reste fidèle à la recette de l’artiste : la simplicité avant tout. Alors que Mon RovÎa fait chanter son ukulele, ses camarades jouent de la guitare, acoustique surtout mais parfois électrique, et d’un clavier. Pas besoin de plus pour se laisser porter, en cette soirée de printemps aussi douce que les rythmiques déployées sur scène.
Mon RovÎa, des comptines résilientes mais pas moins intelligentes
Marqué par la tragédie, le musicien revient timidement sur ses expériences sur scène. Tout est marqué par la résilience, un mot beaucoup trop utilisé et souvent à tort. Pour éviter de tomber dans le mélo, il traduit ses traumatismes en récits parfois simplistes mais toujours optimistes, qu’il entoure de musiques légères, elles aussi très simples. Des petits écrins qui donnent de la légèreté à un travail qu’on aurait tendance – à tort – à réduire à des jolies comptines.
Elles cachent, sous leur apparente naïveté, des sens plus profonds. Comme il l’écrit lui-même sur son profil TikTok, où il regroupe pas moins de 350 000 fans, “The people must rise“. Sous ses notes aériennes, il y a un appel à l’action, à faire mieux.
“Crooked the road”, son titre le plus écouté sur Spotify, est un appel à se sortir des addictions dans lesquelles il est tombé. “Heavy foot”, une nouveauté qu’il a jouée sur scène mais qui n’est pas encore disponible, est une critique de l’actuel président américain, où la douceur signature de Mon RovÎa se transforme en ironie grinçante, mais plus dansante.
Sur les quelques nouveautés qu’il dévoile dans l’écrin parisien, face à un public qui le connaît et connaît ses chansons, on le sent plus libre. Après le succès de “Rust”, on avait déjà senti le potentiel plus country de sa musique. S’il n’en disséminait que quelques touches, on retrouve le genre plus présent dans les prochains titres.
Ici, on les attend de pied ferme. Et on espère le voir développer ces spécialités si chères à nos cousins Yankees. Déjà, parce que la country a le vent en poupe, et que, selon notre humble avis, Mon RovÎa a tout a fait sa place au sein de la nouvelle génération “yeehaw” qui se démarque ces dernières années.
Mais aussi parce que la voix gracile, presque réservée, de l’artiste mais aussi son sens du storytelling toute en délicatesse apporterait un vent de fraîcheur dans un genre qui ne demande qu’à se renouveler, et qui se lie si bien à sa folk de cœur. Ce qui lui permettrait aussi d’éviter de tomber dans la répétition, qui guette tant de jeunes artistes.



