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Dire de Jordan Lee qu’il est un Justin Timberlake français n’est pas totalement faux, mais terriblement limité. On ne va pas affirmer que c’est reducteur parce que, hey, qui n’aimerait pas être comparé à lui, mais cela ferait rentrer Jordan Lee et ses deux premiers EP dans une case r’n’b un peu trop petite pour sa musique.

Pour capter au mieux son spectre, on lui a donc demandé de nous envoyer 9 morceaux qui l’influencent: un panorama divers mais pas décousu à partir duquel on peut retracer une généalogie de la black music (George Benson puis Pharrell puis Outkast puis The Internet puis Majid Jordan). Une évolution logique du genre dans laquelle Jordan s’inscrit avec “Highlights“, et “what do I know“, extrait de ce nouvel EP en écoute ici

BEWARE : Je vois que tu as mis beaucoup de chansons qui parlent d’amour, c’est fait exprès ?

JORDAN LEE : Je t’avoue que je n’ai même pas fait attention! Mais c’est vrai qu’en général mes chansons préférées sont souvent celles qui ont un rapport avec les filles. Je ne choisis pas forcement, je crois que c’est juste un truc d’émotions.

C’est un thème qu’on retrouve beaucoup dans ta musique, mais j’ai l’impression que c’est plus mélancolique, non?

JL : Disons que pour cet EP j’ai justement essayé de raconter plusieurs histoires différentes sur un thème quasi similaire. J’ai écrit la plupart des textes avec Tim Gustave, un jeune rappeur de Boston. On voulait exprimer des émotions fortes et différentes à propos d’histoires impossibles, qui ne vont pas toujours dans les deux sens. C’est un peu notre coté contradictoire. Mais pour la plupart, elles finissent bien, je les préfère comme ça. C’est pour cela que cet EP s’intitule “Highlights”.

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En parlant de Tim Gustave, comment vous êtes-vous rencontrés ? Parce qu’il était déjà présent sur ton premier EP…

JL : Oui, ce gars-là a beaucoup de talent ! J’ai rencontré Tim quand il était de passage à Paris via son cousin qui est un ami. On a commencé à parler musique sur Facebook, à la base il était à la recherche de productions. Puis il m’a proposé son aide pour finir ou corriger certains de mes textes, de là on a collaboré sur de multiples morceaux qui n’ont pas encore tous vu le jours. D’ailleurs on travaille en ce moment même sur son projet et ça s’annonce plutôt cool !

Dans la sélection, tu as mis aussi Pharrell, Drake et Outkast, soit trois artistes dont on ne sait plus trop s’ils sont rappeurs ou chanteurs. Ça te dirait de rapper un jour sur ta musique ?

JL: C’est vrai qu’aujourd’hui la frontière est très mince. Effectivement, j’adore ce côté Chanté/Rappé. J’ai essayé et j’essaye encore de le développer. On retrouve un peu de ça dans “Fuckin’ Down” de mon premier EP, ou encore plus récemment dans le refrain de “What Do I Know“. Peut être qu’un jour je ferai un morceau entièrement rappé qui sait ?

Plus généralement, ta sélection porte beaucoup sur la black music, et ça se retrouve dans tes productions. Je voulais savoir, quel est ton plus lointain souvenir avec ce genre ?

JL : Je me souviens qu’autour de 3/4 ans mon père m’avait acheté une de ces petites guitares en plastique hyper colorées que j’affectionnais particulièrement. C’était l’époque oú il me faisait découvrir James Brown, et ne me demande pas pourquoi, j’avais particulièrement accroché sur  “Sex Machine“. Je faisais du Air Guitar en marmonnant un semblant de ” Get on up,  Stay on the Scene , like a Sex Machine”. J’ai aussi quelques souvenirs sur “Too Young too Die” de Jamiroquai, en 93 il me semble, on était partis à la Fnac et le morceaux passait dans la boutique. Je me souviens que j’ai tout de suite accroché. On le mettait en boucle à la maison. J’ai même une video de mon frère et moi en train de danser dessus si ça t’intéresse (Rires)

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Tu produis toi-même ta musique ?

JL : oui, j’ai commencé vers 12 ans. À la base, je voulais mettre en musique les chansons que j’écrivais. Puis c’est devenu une vraie passion, il fallait que j’arrive au résultat le plus professionnel possible.

Je demande parce que je voulais savoir comment tu es passé de ton projet “Love On The Beat”, très pop (et très cool) à ce que tu fais maintenant.

JL : Love On the Beat, c’était une association de personnages et de styles. Le challenge, c’était de rassembler toutes nos influences et d’en faire des titres efficaces et “pas trop faciles”. On a écrit pleins de morceaux à l’époque avec Julian et c’est naturellement que j’ai participé à la production. Après la fin du groupe, j’ai voulu revenir à quelque chose de plus personnel, où je n’avais pas besoin d’autres avis sur “le son de la caisse claire” que je choisis, par exemple. En soi, ça n’a pas vraiment changé, j’écris toujours des chansons, je les produis et Julian vient toujours me donner un coup de main pour développer certaines idées et rejouer les claviers si besoin, il m’accompagne aussi sur scène.

Dans la sélection, je n’ai pas vu de morceau de r’n’b des années 2000 un peu honteux comme Baby Bash. Tu écoutais ce genre de morceaux aussi (comme nous tous) pendant ces années ?

JL : Bien sûr ! Ce serait mentir de dire que cette période fin 90/2000 ne m’a pas influencé. J’écoutais beaucoup Pharrell, Timbaland ou Just Blaze. Je n’en ai pas mis dans la playlist, parce qu’à mon sens, cela allait de soit. Mais si tu en veux vraiment une, je dirais “R.kelly – I bieleve I can Fly

Tu as aussi mis “breezin” de George Benson, qu’on peut rapprocher de ton EP qui comporte deux morceaux instrumentaux, dont “night lights”. Ça a de l’importance pour toi, ne pas toujours coller des paroles ?

JL : Tu as fait le bon rapprochement, j’adore ce morceau de Benson. Cela n’a pas forcément d’importance pour moi, c’est plus au feeling. Disons que je n’ai pas cherché à coller de mélodie sur “Night Lights” car pour moi ce morceau fonctionnait très bien sans. Je me suis dit aussi que c’était le bon moyen de faire comprendre aux gens que je ne faisais pas que chanter, et que je compose et produis aussi.

Du coup, sans réfléchir, ça serait quoi l’histoire de “night lights” ?

JL : c’est un morceau très personnel. Il est devenu ce qu’il est très rapidement et sans prise de téte. C’est un peu le moment solitaire de la remise en question dans l’EP. Si je devais le résumer en une phrase : “Rouler seul dans la nuit de la Californie en décapotable“.

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Entre tes deux EPs, deux ans se sont écoulés, pourquoi ?

JL : J’ai recommencé à composer et produire directement aprés la sortie de “Therapy” en 2014. Seulement, je ne pouvais pas re-proposer la même chose, il fallait que j’aille encore plus loin, donc j’ai pris un peu plus de temps. Mais concrètement, j’avais la plupart des chansons il y a déjà un an, le tout c’était de les mettre en musique le plus précisément possible.

Mettre du Drake et Majid Jordan dans la playlist fait sens, à leur manière ils ont repoussé les genres. Quelle direction tu voudrais donner à ta propre musique ?

JL : Je planche déjà sur la suite mais disons que je ne pourrai pas définir exactement ce qu’elle sera. J’ai envie de pousser encore plus la recherche de sonorités, mélanger encore plus les genres pour obtenir quelque chose d’encore plus personnel. La suite sera je pense encore plus éclectique et donc plus risquée

Je ne sais pas si tu as vu, mais le sujet de philo au bac cette année est “savons-nous ce que nous désirons?” je te pose la même question pour ton projet du coup

JL : C’est une super question. Dans la vie en général, je sais ce que je veux et ce que je ne veux pas. Je pense être pareil dans la musique. Pour le coup, je pourrais te dire que je veux exporter ma musique outre-Atlantique, et que je voudrais travailler avec des gars comme Pharrell, Drake, Kendrick ou Timabaland etc.

Ton premier EP est sorti sur Roche Musique, celui-ci sur Sodasound, tu peux m’en parler ?

JL : Je n’ai pas grand chose a dire sur le sujet, mais ce qu’il faut savoir c’est que les gars de Roche sont mes super potes et qu’on prépare encore de belles choses, notamment un nouveau morceau avec Crayon qui devrait sortir pour cet été. je ne peux pas en dire plus…

Dernière question cruciale: est-ce que tu penses qu’on entendra un jour le nouvel album de Frank Ocean ?

Je ne sais pas, mais il intérêt à se bouger, parce que je ne vais pas l’attendre (Rires)

Jordan Lee sur Facebook / Soundcloud

Eric Rktn est sur Twitter

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