Retour sur ce qu’on a retenu du Festival Les Inrocks, où Beware est allé à la pêche aux sons lourds les 22 et 24 novembre dernier, à la Gaîté Lyrique.

La Gaîté Lyrique @FlorineCamara

Ceux qui nous ont mis une claque mémorable :

JOHN GRANT :

JOHN GRANT music

L’Américain porte la cinquantaine avec glamour et panache rock. Avec son quatrième album Love is magic, on atteint des sommets de fulgurances pop orchestrale dont il a le secret, servie par son song-writing aussi mélancolique que malicieux, qu’il a su affûter au fil des albums et des collaborations (son groupe, The Czars, proposait des pépites pop atmo).

Sur scène, le colosse à la voix de stentor n’hésite pas à onduler du booty, le visage recouvert d’un loup vert pailleté. L’heure est à la célébration, la joie est communicative, à l’instar de son He’s Got His Mother’s Hips qui soulève une foule de fans de la première heure. « Mon français n’est pas très bon » annonce t’il dans un phrasé impeccable.

John Grant @FlorineCamara

Le public est conquis dès les premières notes, le sol de la Gaîté semble secoué par un séisme de jouissance pure. J’essuie ma petite larme sur Pale Green Ghosts, classiques parmi les classiques et me mêle à la transe collective, sous les regards agacés de mes voisins, lassés de mes coups d’appareil photo dans les hanches. Deux jeunes femmes découvrant leur première gorgée de vin rouge (?!) tentent d’attirer l’attention en balbutiant – sacrilège – quelques blagues de comptoir sur Queen Of Denmark : elles sont contraintes à l’exil sous le poids de nos regards assassins. Oui, le spectacle est aussi dans la salle.

 

LOUD :

LOUD rap

Malgré les gilets jaunes, les interruptions de trafic, je me fraye un chemin jusqu’à la Gaîté. Au bar, je joue des coudes pour récupérer mon verre, entourée de Québécois en goguette : il se passe quelque chose de spécial en ce samedi glacial. Quoi ? Tu ne connais pas LOUD ? C’est le Canadien le plus cool du moment ! Ah ? Les regards sur moi se font incrédules, mais j’ai la carapace dure des candides. Dans la salle, je me risque à me positionner au troisième rang ; la foule se fait de plus en plus dense, je saisis au vol des « ce soir, ‘tain, je pogote ». Euh, pardon ?

LOUD @FlorineCamara

Arrive le phénomène : l’artiste a l’air d’un garçon sage, avec sa casquette soigneusement vissée sur ses mèches brunes et sa silhouette efflanquée. Quand les premiers titres crépitent, la verve franco-anglaise, le charisme, l’efficacité d’une instru quasi-cinématographique m’atteignent sans prévenir. Autour de moi, la déflagration fait onduler le revêtement du sol : 56K, New Phone, Nouveaux riches, Longue histoire courte, Le pont de la rivière Kwaï (aïe, aïe, aïe) … La connexion avec le public est acquise, et, quelques pogos et un nez en sang plus tard, je réalise que la scène rap québécoise est plus riche que je ne l’imaginais, à l’instar de mon chouchou Dead Obies.

 

Ceux qui ont rendu au mot bouncer ses lettres de noblesse :

QUEEN ZEE :

QUEEN ZEE music

Là encore, je n’étais pas préparée. Sass or Die : peut-on m’expliquer comment j’ai pu passer à côté de ce titre, sorti en juin dernier ? Alors que l’ambiance est un peu retombée (rapport au groupe précédent, TOUTS), la bande de Liverpool débarque, déchaînée, indécente et terriblement sexy, portée par son leader ultra-charismatique et salement foutraque Queen Zee. Sur scène, on assiste à une déferlante punk-garage. Chaleur.

QUEEN ZEE 1 @FlorineCamara QUEEN ZEE 2 @FlorineCamara

On évolue en terrain mouvant, on secoue la nuque sans même s’en apercevoir (Boy). Ça crisse, la timidité des premières notes est un lointain souvenir, et déjà on se frôle, la salle est en sueur, mes collants sont filés. J’en ressors vrombissante, avec la certitude que la scène demeure le lieu de toutes les transcendances.

 

Ceux qu’on n’a pas su aimer :

TOUTS :

TOUTS band

J’ai essayé, de tout cœur, j’ai essayé d’aimer ce punk alternatif, avec pour père The Libertines et pour mère Sum 41. Bon, Bombscare est le titre que j’ai trouvé le plus abouti et sur lequel la foule a lévité. Les Irlandais ont pourtant tout pour eux, les mélodies catchy, la frénésie volubile, la rage adolescente, de beaux clips à la lumière tamisée. Sur scène, le contact n’est pas passé. Pourtant, en écoutant Can’t Blame Me, j’ai encore envie d’y croire. Aurais-je été distraite par le taux d’humidité des aisselles de mon voisin de fosse ? La vérité est ailleurs.

 

Ceux qu’on regrette d’avoir manqués :

FONTAINES D.C :

Fontaines DC band @Molly Keane

La faute à une fermeture Éclair qui se coince, à un métro loupé (ok deux), et j’ai manqué les Dublinois. En arrivant, j’ai croisé les doigts très fort (Pourvu que ça ait été nul) mais mon pote de concert chasse toute possibilité de consolation en moi (C’est ce que j’ai vu de meilleur pour le moment, ce soir). Oui, c’est douloureux, surtout à l’écoute, a posteriori donc, des salement possédés Rocket To Russia, Too Real, de la crise de démence de Hurricane Laughter (petite requête, au passage : peut-on arrêter de saper les artistes de rock garage avec des fringues de créateurs ? S’ils sont crades et ébouriffés, ce n’est pas par étourderie, hein). Les riffs suintent, la rythmique se fait parfaitement l’écho de nos âmes pécheresses, le chant est scandé avec désinvolture. J’ai manqué Fontaines D.C quoi.

 

Photos live @Florine Camara

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