IDLES : "CRAWLER", l'âge de raison ? 1

IDLES : “CRAWLER”, l’âge de raison ?

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Depuis onze ans, le groupe fait vibrer la scène punk rock britannique. Avec “CRAWLER”, il dévoile une facette plus mature de sa palette.

Un cosmonaute se tient, visiblement épuisé, dans un hall d'immeuble. On l'aperçoit de manière déformé, à travers la vitre de la porte. La lumière crée un effet de clair obscur.
@idlesband

L’année dernière, “Ultra Mono” s’offrait comme un opus ultra-énergique, marqué par l’humour abrasif qui a fait le succès des cinq musiciens de Bristol. Très attendu, il n’a pas déçu les fans. Pourtant, avec “CRAWLER”, IDLES s’ouvre à une nouvelle voie. Plus sensible, plus sombre, beaucoup plus profond, l’album sort des sentiers battus.

“MTT 420 RR”, une montée en puissance plus subtile

La chanteuse Adele le faisait récemment remarquer, après avoir réussi à faire changer l’ordre de lecture par défaut de la plateforme Spotify : “On ne crée pas des albums avec autant de réflexion et d’attention à l’ordre morceaux pour rien. Notre art raconte une histoire et nos récits devraient être écoutés de la sorte.”

Et, dans le cas de “CRAWLER”, c’est le morceau “MTT 420 RR” qui ouvre la dance. Les habitués du travail d’IDLES seront peut-être surpris par ce morceau aux touches d’éléctro, marquée par une intensité croissante des basses. Une ambiance sombre, presque étouffante, mais beaucoup plus subtile que ce à quoi le groupe nous avait habitué.

Pas de rythmique frénétique, pas de marque d’humour, aussi grinçante soit-elle. Joe Talbot, le chanteur, répète comme une prière “It was February I was cold, and I was high“. Il fait alors référence à l’accident de la route qu’il a récemment subi. Un accident qui lui a aussi inspiré le très explicite “Car Crash“. Une expérience de mort imminente, sous influence, qui a donc profondément marqué sa manière de produire.

Le morceau introductif est plus sombre, plus approfondi aussi. Pas d’explosion d’énergie, autre marque de fabrique, non plus. Le morceau est une lente montée en pression, presque cérémoniale, aux portes de quelque chose d’orchestral. Peut-être le plus abouti de l’album, ce titre marque une nouvelle ère pour les britanniques, libérés de l’étiquette de groupe tempétueux que certains leur auraient collés.

Sur le divan avec IDLES

Autre surprise, le morceau “The Beachland Ballroom”, ode à la salle de concert américaine, est une ballade, définitivement rock’n roll, aux accents acoustiques. Ce titre représente la liberté artistique retrouvée, l’aisance d’un groupe qui réalise qu’il peut se dépasser, se redécouvrir.

Talbot confie à NME : “Il y a tellement de groupes qui enchaînent les petites salles et rêvent de pouvoir remplir les grandes salles. […] On est dans une position où on peut aller dans ces grandes salles et être créatifs, sans plus juste suivre le mouvement, et on apprécie vraiment ce qu’on a.” Et sortir d’un mouvement irréfléchi, le groupe le fait ici en pensant des textes plus intimes.

Ecrit pendant la pandémie, l’album a, en effet, profité d’une attention toute particulière. Les artistes, comme beaucoup d’autres, profitent des confinements successifs pour se lancer dans un travail introspectif particulier. À cela s’ajoute une longue thérapie et un processus de travail sur ses addictions pour Talbot.

Et si, bien sûr, l’album reste paré de riffs effrénés et de phrases mordantes, l’ombre d’une réflexion sur le trauma flotte sur l’intégralité de l’album. Et c’est peut-être cette honnêteté qui fait de “CRAWLER” l’album le plus profond du groupe, qu’on a hâte de retrouver le 28 février 2022 sur la scène de l’Élysée-Montmartre.

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