Haïti : chroniques d’un séjour

Article et photos par Antoine Duchamp

Je suis allé à Haïti dix jours pendant le mois de Septembre 2012. La première fois que je voyageais aux caraïbes. J’ai découvert un pays miséreux, économiquement très pauvre (le pays le plus pauvre du monde d’après certains).

 

Toutan tèt poko koupe, li espere pote chapo.

 

Sur mes dix jours, j’en ai passé à peu près la moitié à Port-au-Prince, la capitale, et l’autre moitié à Pandiassou, une petite commune toute proche de la ville de Hinche, dans la province du Nord-Ouest. Deux mondes bien distincts, deux modes de vie, deux systèmes étrangers l’un de l’autre.

 

Bruit, poussière, saleté, insécurité, anarchie sur les routes sont pour moi les mots-clefs appropriés à la description de Port-au-Prince. Depuis le séisme, la ville ne ressemble plus à grand chose: la plupart des débris a été enlevée, mais beaucoup de bâtiments restent détruits, en partie ou complètement. La ville ressemble à une ancienne première ligne de conflit armé. On constate quand même que les habitants essayent de tout reconstruire, enfin, tout ce qui est re-constructible. La reconstruction sera longue et compliquée, et demandera beaucoup de fonds.

L’argent nécessaire à cette reconstruction est peut-être entre les mains de l’Etat et des ONGs, mais certainement pas dans celles du peuple haïtien. Les habitants n’ont rien, à peine de quoi manger pour certains, quand d’autres trouvent difficilement de quoi se vêtir. Pourtant, personne ne meurt de faim en Haïti. Côté déchets, les rues de Port-au-Prince sont sales, pleines de détritus. Le frère Francklin m’a dit: “en Haïti, il y a une coexistence entre l’Homme et les détritus“, et ça le rendait bien triste. Mais attention à ne pas s’y méprendre: le problème ne vient pas de l’hygiène des Haïtiens, mais du fait qu’il n’y a pas de ramassage des ordures, pas de poubelles et trop de déchets (les habitants vivent entassés à Port-au-Prince, où il y a plus de 4 millions habitants).

 

Verdure, sourires, simplicité, travail, champs : mes quelques mots-clefs pour décrire Pandiassou, le petit village où je suis resté quelques jours dans la province de Hinche, dans le Nord Est d’Haïti. Bien que la vie paysanne y semble paisible, les fins d’années sont souvent rudes: les récoltes suffisent rarement à subvenir aux besoins familiaux jusqu’à la saison suivante. C’est un des objectifs principal du Frère Armand, qui a d’ailleurs commencé son aide avec ce projet: la construction de lacs collinaires, permettant de stocker de l’eau toute l’année, permettant ainsi d’irriguer les champs et d’obtenir une récolte même en cas de sécheresse ou caprice climatique. Ceci n’est aujourd’hui qu’un projet parmi tant d’autres, le Frère Armand ayant notamment construit une clinique, un hôpital, des écoles, un orphelinat, la mise en bouteille d’eau filtrée et potable à partir d’un des lacs (et tout cela à Pandiassou ou proche). Le Frère Armand a également mis en place des centres de nutritions qui fournissent deux repas chauds par jour, quatre jours par semaine, à plus de 6000 personnes par semaine. Sa fraternité a encore bon nombre de projets en tête ou en cours de réalisation pour aider le peuple Haïtien.

Le frère Francklin est très aimé, et particulièrement connu dans la région du plateau central. Nous étions sollicités très régulièrement, lors d’une balade durant laquelle il me présentait ses projets. Il était également très souvent au téléphone, à gérer tel ou tel problème, à répondre à telle ou telle question. Il m’a fait visiter la clinique, l’hôpital, deux écoles et l’orphelinat de filles de Dos-palais. Ces visites m’ont permit de constater les différences d’infrastructures entre une clinique et un hôpital Haïtien, par rapport à nos infrastructures Françaises. C’était également la première fois de mon existence que je rentrais dans un orphelinat, et j’y ai été très bien accueilli: les plus petites filles chantaient, les plus grandes se coiffaient (oui, les coiffures Haïtiennes nécessitent plusieurs mains et beaucoup de temps de travail !). L’organisation du frère Francklin travaille également à la construction de logements sociaux en dur, non loin de l’école et de l’hôpital à Pandiassou. Cependant, je ne connais pas les conditions pour accéder à ce genre de service.

 

Bien que toutes les actions du frère Francklin et de son organisation aient prouvé leur efficacité à la campagne, on se rend vite compte, de retour à la capitale Port-au-Prince, qu’un seul homme et son entreprise ne suffisent pas à aider des millions de personnes qui sont encore dans le besoin. Port-au-Prince est une ville tentaculaire, avec une misère omniprésente. Déjà 3 ans depuis le séisme, et déjà 3 ans dans des tentes, dans des camps surchargés pour beaucoup d’adultes et malheureusement beaucoup d’enfants. Et à Port-au-Prince, à quelques minutes de voiture des bidonvilles, sur les hauteurs de la route du Fort Jacques, des villas de luxe, protégées et cachées par de hauts murs couplés de gardiens.

Haïti est très contrasté, je ne me permettrais pas de porter de jugement sur la manière dont est gouverné ce pays et sur le pays en lui-même, je ne le connais pas assez bien. Je ne fais qu’un petit témoignage de ce que j’ai pu constater durant mes dix jours sur cette île.

 

Je souhaite une très bonne et longue continuation aux Petits Frères et Petites Sœurs de l’Incarnation et au Frère Armand, qui font un travail dur et sur du long terme, mais très important. Ils ont profondément métamorphosé ma vision de l’entraide. Ils m’ont sincèrement touché, m’ont tout simplement changé. J’espère qu’ils pourront assurer la pérennité de leurs œuvres et que d’autres se joindront à eux pour contribuer à rendre sa dignité au peuple haïtien, à l’intégralité du peuple haïtien.

 

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