Grandmaster Flash raconte la naissance du hip-hop et The Get Down à travers son enfance

Image d'avatar de Eric RktnEric Rktn - Le 20 août 2016

Grandmaster Flash raconte la naissance du hip-hop et The Get Down à travers son enfance 1

Combien de légendes vivent encore pour raconter l’histoire d’une culture aussi vaste que le hip-hop? Grand Master Flash l’est toujours, et est toujours prêt à partager un peu de sa sagesse. Embarqué comme consultant et producteur exécutif avec Nas sur la série The Get Down, il profite de son passage sur la célèbre radio Hot 97 pour raconter son enfance dans le Bronx des années 70, et la naissance du hip-hop.

“Baz [le réalisateur] est venu vers moi en disant:”je ne veux rien savoir des années où tu as produit des morceaux. Ce qui m’intéresse, ce sont les années organiques, quand tu faisais ça dans la rue, à partir de rien“. Je l’ai regardé et je lui ai demandé pourquoi. Il a immédiatement saisi le feeling: “je veux réaliser ce projet depuis un certains temps. Les gars, à partir de rien, vous avez créé une industrie qui pèse un milliard de dollars sans pc ni mac ni internet ni Twitter ni Facebook ni Instagram ni studios ni clubs ni technique. Juste deux exemplaires d’un même morceau, deux platines et un table de mixage”.

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GEEK DES 70’S

Dès ses débuts, Flash décortique la musique qui l’entoure, et devient vite obsédé par les breaks.

“l’idée était de trouver dans les morceaux ce passage de batterie, ce break. On a cherché ces solos dans la pop, le rock, le jazz. Tout ce qui contenait cette partie de batterie […] je me levais à 9h du matin pour aller au disquaire et je revenais à 22h chez moi, les bras chargés de vinyls”

Mais pour les breaks? Ces parties où il n’y a aucune parole, quasiment aucune mélodie ? Il poursuit:

“J’ai remarqué que les gens dansaient sur les morceaux, mais quand le batteur jouait son solo pendant quelques secondes, leurs corps étaient plus actifs. Quand j’ai vu que ce moment était trop court, j’étais dégoûté, pourquoi ça n’est pas comme ça tout le morceau? Le reste était inutile. Je me suis dit “il faut que je trouve un moyen de faire durer cette partie incroyable“. Et c’est comme ça que ma mission a commencé, à étudier les sillons, à étudier le wafer que les gens appellent maintenant le slipmat (la partie en tissu de la platine sur laquelle on pose le vinyl ndlr), à étudier comment la platine tournait, les muscles du bras utilisés pendant que je touchais le vinyl qui jouait…J’ai créé cette théorie en ayant une approche mathématique et scientifique

3 années s’écoulent pendant lesquelles Flash reste enfermé chez lui, à sampler tous les morceaux qui lui passent sous la main, des samples devenus des classiques du rap comme “Hypnotize” de Biggie Smalls.

Il poursuit sa recherche méticuleuse, tentant d’ameliorer chaque élément de son “système”, une ébauche qui deviendra la base de connaissance du dj d’aujourd’hui: la tête de lecture, la matière idéale pour que le vinyl glisse sous les scratchs, le choix de platines ayant une vitesse de lecture instantanée, inventer la pré écoute au casque. Un sens de la débrouille et des obsessions de geeks qui relèvent du génie pour un adolescent qui avait 17 ans à l’époque.

“J’ai grandi dans un milieu extrêmement pauvre, et j’ai toujours été fasciné par les choses qui se connectent […] J’allais dans les casses où les gens jetaient des équipements ménagers, je les ramenais chez moi et je démontais tout: des sèche-cheveux, des enceintes, des radios…J’étais détesté à la maison pour ça. J’étais dans une quête pour comprendre “Comment se fait-il que si je branche ce truc dans ce truc, le son sorte de ces boîtes?””

LES SACRILÈGES

Finalement, il reste le problème de sampler avec précision, en live avec deux exemplaires d’un morceau. C’est là qu’intervient la fameuse scène du crayon dans The Get Down. 

“Je voyais les djs qui faisaient attention à leurs vinyls, qui les prenaient dans leurs mains comme des enfants, les nettoyaient avec précaution, les rangeaient bien dans leurs pochettes. Je les regardais jouer, mais quelque chose me gênait […] j’étais obsédé par les breaks et comment les faire durer plus longtemps. Quand enfin j’étais sûr de mon système, j’ai appelé Mike, mon meilleur pote à 3h du matin pour lui montrer ça. Les djs me détestaient parce que personne n’était censé mettre ses doigts sur un vinyl, jamais, jamais, jamais, jamais…Alors mettre une marque de crayon dessus pour marquer l’endroit où se trouve le Get Down ? Un sacrilège.”

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De manière très mathématique, il détaille la formule qui lui permet de faire tourner le solo de batterie indéfiniment, un loop qui sert de berceau pour les premiers rappeurs de l’histoire du hip hop.

Avant que je n’invente tout ça, il n’y avait pas de rappeurs […] ils ambiançaient avec les morceaux qui passaient mais c’était impossible pour eux de poser par dessus”

Malgré sa contribution historique et essentielle au hip hop, Flash reste humble.

“Je veux juste que les gens sachent que, et peu importe votre degré d’implication dans le hip hop […], je suis là juste pour raconter comment nous sommes partis de rien, je transmets juste un savoir, et je ne suis pas là pour juger

Une humilité qui remet en question le mantra des puristes avec “Le rap c’était mieux avant”, une position que Flash ne défend pas, préférant l’innovation technologique, il utilise d’ailleurs un mac ainsi que Traktor pendant ses lives. Pour l’occasion, il décide de tout enlever pour ne garder que le basique et montrer qu’il n’a pas perdu la main. Pour clôturer cette leçon d’histoire légendaire, il se met à jouer quelques morceaux classiques pour b-boys, puis s’amuse avec la première beat box fabriquée de ses propres mains, comme un enfant qui n’a pas conscience du pan entier de culture qu’il a construit.

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Eric Rktn
Article écrit par :
Poète en freelance, papa de Le Noeud Pap' Magazine. Twitter / Instagram: @eric_rktn

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