Du 30 janvier au 24 mai 2026, Global Warning, une exposition visant à revisiter l’œuvre de Martin Parr à « l’aune du désordre généralisé de notre époque, à travers différentes séries réalisées depuis la fin des années 1970 jusqu’à aujourd’hui », est présentée au Jeu de Paume à Paris.

Le présent est marqué par ses incertitudes, ses désordres, ses déséquilibres, ses dérives, entre réchauffement climatique (et son cortège de catastrophes, de la montée des océans à la désertification des terres, de la fonte du pergélisol à la 6ᵉ extinction de masse), incertitudes économiques et guerres qui émergent à l’horizon : Venezuela, Iran, Israël et Palestine, Chine et Taïwan, Pakistan et Inde, Inde et Chine, Cambodge et Thaïlande et, plus proche de nous, Ukraine et Russie.
Depuis cinquante ans, « sans militantisme mais avec constance, aux quatre coins du globe, Martin Parr dresse un portrait saisissant » de ses désordres qui semblent de plus en plus nombreux, se succédant tels les vidéos sans fin de nos réseaux sociaux. L’artiste y ajoute une pointe d’ironie, s’inscrivant dans une certaine « tradition satirique britannique », entre « humour incisif et moquerie douce-amère au service d’un regard critique, indirect mais profond ».
L’exposition revient sur plusieurs années de carrière et plusieurs séries, des îles britanniques et de l’Irlande au reste du monde. Y émergent plusieurs thèmes récurrents : les turpitudes et les ravages du tourisme de masse, la domination de la voiture, les dépendances technologiques, la frénésie consumériste et notre rapport ambivalent au Vivant dans une approche qui, bien qu’esthétiquement très différente, n’est pas sans rappeler le travail de Yann Arthus-Bertrand, Sean Gallagher, James Whitlow Delano, J.-Henry Fair, Daniel Beltra ou Gheorghe Popa – sur le fond et le message.
Non content de dénoncer ces désordres, il pointe aussi leurs causes : usage effréné des transports, consommation d’énergies fossiles, surconsommation globale, dégâts environnementaux. dé Clément et Cyril Dion n’auraient pas dit mieux. Avec ironie – une ironie mordante tant ce qui est partagé prête peu à rire –, c’est l’Anthropocène, l’ère géologique de l’Homme, que dénonce l’artiste.


Une œuvre et une cause
Les 180 œuvres présentées par le Jeu de Paume reviennent sur cinquante ans de production, de ses débuts en noir et blanc à des œuvres récentes ; le tout réparti en 5 parties, chacune abordant une thématique en lien avec ce message, cette cause pour laquelle œuvre, en silence, Martin Parr.
Avec humour, l’artiste dresse dans Tout doit disparaître un inventaire « cru et drôle de nos objets de désirs et nos modes de consommation, envisagés comme une forme de religion nouvelle », dénonçant l’univers consumériste qui est le nôtre ; Petite Planète évoque le tourisme de masse, sujet de prédilection de l’artiste qui, dans les lieux les plus emblématiques du phénomène, s’intéresse aux habitudes et aux comportements de ce touriste global, réalisant également, en filigrane, une étude des déséquilibres Nord/Sud ; il décrit dans Le règne animal la cohabitation entre l’humain et l’animal, entre indifférence et fascination, négligence et sur-attention, violence et affection ; puis, dans Addictions technologiques, faisant le bonheur de Bruno Patino et Gérald Bronner, Martin Parr aborde la question « de l’humain et de la machine sous ses formes les plus diverses : voitures, téléphones, jeux vidéo, machines à sous et maintenant ordinateurs et smartphones qui redéfinissent chaque jour au quotidien, notre rapport au réel, à l’espace et au temps ».
Martin Parr disait en 2021 qu’il crée « un divertissement, qui contient un message sérieux si l’on veut bien le lire, mais je ne cherche pas à convaincre qui que ce soit — je montre simplement ce que les gens pensent déjà savoir ». Souvent dans l’avion, en contradiction avec le message qu’il véhicule et bien qu’il ne cherche jamais « à se poser en donneur de leçons », il reconnaît volontiers l’impact environnemental de son mode de vie — notamment sa forte empreinte carbone — et refuse de prendre une position de surplomb vis-à-vis de ses sujets — chose que Yann Arthus-Bertrand, lui aussi critiqué pour son usage inconsidéré de l’avion et de l’hélicoptère, n’avait jamais exprimée ainsi.
« On va vers la catastrophe, mais on y va tous ensemble. Personne n’osera interdire la voiture ou les déplacements en avion », affirmait-il en 2022. L’exposition est à retrouver au Jeu de Paume du 30 janvier au 24 mai 2026, un hommage à cet artiste décédé à l’âge de 73 ans, début décembre 2025.





