Pete Philly

Renaître, le natif d’Aruba (une île au large du Venezuela) sait faire, normal pour un cuirassé du live et de la cabine d’enregistrement tel que lui : plusieurs albums couronnés de succès avec son groupe Pete Philly & The Perquisite, un album solo tout aussi salué par la critique, Open Loops (ce titre), des tournées mondiales aux côtés, notamment, de Kanye West et James Brown (?!).

On aurait dit le garçon plutôt bien parti, à quelques marches de la grande porte…c’était sans compter sur le destin. Depuis un moment, en effet, Pete ne se sent pas bien. Il alterne pics d’absolue lassitude et bouffées de motivation. La parade des cabinets médicaux s’étire sur vingt années, jusqu’au dernier diagnostic, probant, enfin : la maladie de Lyme.

Astreint à une retraite au bout de lui-même, l’artiste voyage à travers l’Europe jusqu’à se retrouver à Amsterdam, ville dénuée, semble-t-il, d’urgence créative (J’essaie toujours de m’habituer à cet endroit, confie Pete) et qui laisse une étrange langueur la saisir lorsqu’il s’agit de soutenir une scène soul-alternative à laquelle elle ne connaît pas (encore) grand-chose. C’est qu’entre les charts d’europop remâchés et une scène folk-rock extrêmement prometteuse, Pete Philly a du mal à trouver sa place, contraint de redémarrer de zéro, en parfait outsider.

Pas d’inquiétude, le garçon a le talent comme la modestie chevillés au corps. S’en suit aujourd’hui une néo-soul libérée de tout ce qu’elle peut avoir de larmoyant, pour en garder cette essence, ce flow limpide infusé de jazz, de hip-hop, et de bizarrerie géniale, qui a fait les beaux jours de Missy Eliott, Timbaland ou Jidenna, pour ne citer que d’illustres inconnus.

Pour entrer dans le vif de son actualité, le clip de Gigawatts II s’ouvre tant sur un fight club qu’au cœur d’une fête foraine : liberté chérie retrouvée, dans la douleur certes – rite de passage à la tribalité réinventée – mais il est clair qu’il s’agit d’une célébration, celle de la renaissance d’un artiste qu’on pensait fou et qui, dans un élan rageur de force vitale, s’est révélé encore plus puissant qu’on ne l’imaginait. De cette bataille, il n’en retire aucun ego sur-gonflé sinon un titre au contagieux brio.

L’amour de la musique est aussi fait de ce bois, de ces petites résurrections quotidiennes qui soudain nous donnent une nouvelle raison d’avancer ; on écoute donc ce nouveau titre de Pete Philly le cœur bien en avant, certain que s’il y a bien une nouvelle encore meilleure que la fin de cette fichue semaine, c’est cette sortie.

 

Gigawatts II – Pete Philly feat Jurley Colin [PIAS] ( En concert au Pop-Up du Label le 22 10 2018)

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