Diane Sagnier : photographe 1

Diane Sagnier : photographe

Diane Sagnier

Lorsque j’arrive enfin à République, Diane est déjà installée à la terrasse du Pachyderme. Elle est au téléphone avec une amie et la conversation semble urgente, mais cela ne l’empêche de me déployer un large sourire lorsqu’elle m’aperçoit. A peine assise, la jeune fille engage la conversation. Sa voix est énergique, ses yeux pétilles : cette fille rayonne tellement que je n’ai même plus prêté attention au ciel gris qui se couvrait au-dessus de nous. Moi qui avais tendance à caricaturer les jeunes talents comme des snobes irrépréhensibles et gonflants, je me suis sentie bien bête. J’avais en face de moi une jolie brune dont le sourire ne décollait pas du visage une seule seconde, et qui en plus d’être hyper sympathique, possède un talent exceptionnel. A ce moment précis, j’étais alors convaincue  d’une chose : cette fille n’avait pas finit de me surprendre.  Et vous non plus.

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Tu m’ as l’air très détendue Diane … Tu as l’habitude des interviews malgré le fait que tu n’aies que 21 ans ?

La plus part du temps je répond à des interviews écrites qu’on m’envoie par e-mail. Laisse moi réfléchir si j’ai déjà fais une interview de ce type là … Oui, une fois seulement, en octobre dernier. Donc non je n’ai pas trop l’habitude, mais ça va ! (rires)

Donne moi quelques traits de ton caractère dont tu es fière. Ou pas.

Tu sais c’est quoi le plus beau compliment qu’on m’ait jamais dit ? J’ai rencontré Eric et Ramzy lors d’une interview pour Madmoizelle, et j’étais super en retard. Je suis arrivée en petite jupe, talons. Eric est venu me voir et m’a dit : « c’est pas toi que j’ai vu courir dehors pendant que je fumais ma clope ? » après ça Ramzy me prend par les épaules, et me dit : « tu sais quoi, j’ai découvert que le nouveau mot des parisiens c’était FRAICHEUR. Ce que je veux dire, c’est que quand je te vois, ce mot prend tout son sens, toute sa valeur. Tu seras fraichi-fraicheur pour moi à partir de maintenant ! » J’ai trouvé ça très drôle, et très flattant. Sinon, en ce qui concerne mon caractère, je dirais avant tout motivée. Enthousiaste. Un peu tête dans la lune.

D’où vient ta passion pour la photographie ?

J’ai toujours fais de l’art. Ma grand-mère était peintre, mon oncle était musicien … Mon père était passionné par la plongé, du coup il faisait beaucoup de photos sous-marines. Quand le premier mac est sorti, il l’a tout de suite acheté. Photoshop y comprit. Il scannait ses diapositives, et je le regardais les retoucher. Après ça, il s’est procuré le premier bridge numérique. Le jour où il m’a laissé l’utiliser fût une vraie révélation pour moi ! J’avais 14 ans, je faisais des photos de mes copines, un peu en mode skyblog … Il faut dire que c’était très naze (rires).

A la base je m’étais lancé dans des études scientifiques. Rien à voir avec l’art donc, même si j’ai quand même pris l’option arts plastiques. Je me souviens que pour mon projet final de 10 planches, j’avais mis que des photos. A cette époque, j’étais donc déjà très attirée par l’art, et encore plus par la photographie. C’est un peu plus tard que j’ai décidé de vraiment me lancer, et de me consacrer qu’à ça.

Décris moi ton parcours universitaire, présente moi tes projets.

J’ai passé mon bac S dans le sud de la France. Après ça je me suis installée à Paris, et je me suis inscrite dans des facs d’arts plastiques, des BTS photo. J’ai voulu tester le concours de l’école des Gobelins, juste au cas où. J’ai réussis le concours, et j’y suis rentrée dès la première année. J’ai donc passé deux ans là bas. Je suis diplômée depuis juillet 2010, et aujourd’hui je travaille.

Je réalise pas mal de clips, principalement pour des petits groupes. Je vais d’ailleurs partir en tourner quelques uns cet été. J’espère réaliser plus de lookbooks, de photos presse pour les magazines. Juste réussir à gagner ma vie, et à travailler de plus en plus. Et il faut aussi que je me trouve un agent !

La photographie pour toi, qu’est-ce que cela représente ? Qu’est-ce qu’elle permet ?

Je pense que l’art permet d’évacuer une certaine frustration. C’est une manière différente de s’exprimer. Je me sens bien quand je photographie, je me sens à l’aise. Quand je suis en shoot, et dès que je me met à déclencher, le reste n’a plus d’importance. Ca me permet de m’épanouir le mieux possible. Je suis consciente d’avoir la chance de pouvoir faire de ma passion mon métier.

Donne moi 5 adjectifs pour décrire tes photos.

Solaires, lumineuses. J’essaye de rendre mon travail original, et même conceptuel quelques fois. Très spontané. Mélancoliques, car j’essaye de recréer un sentiment que j’ai déjà ressenti auparavant. Touchantes. Surtout quand ce sont des personnes que j’apprécie qui sont sur la photo. Et c’est touchant de retravailler ta photo, de voir le rendu final, de voir que ça plait.

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Lorsqu’on visite ton site internet, on peut voir que tu fais également de la vidéo. La vidéo et la photo sont deux choses similaires, opposées, ou complémentaires selon toi ?

Un peu des trois, en fait. C’est similaire dans le sens où ce sont deux métiers de l’image. Il y a un vrai parallèle entre mes vidéos et mon travail photographique. Je me débrouille pour garder le même genre de couleurs et la même ambiance. Et en même temps, c’est très différent de travailler l’image en mouvement et l’image fixe. Je me suis rendue compte dans mes premiers courts métrages qu’un plan fixe peut être très beau, mais à partir du moment où tu le met en mouvement ça peut tout dénaturaliser. A l’inverse, il est possible qu’un plan fixe ne soit pas terrible à la base, mais en mouvement, grâce à la retombée de la lumière notamment, ça peut rendre quelques chose de très beau.

Ca me plait beaucoup de balancer entre les photos et les vidéos, car ça me fait travailler différemment dans ma tête et j’ai une appréhension de l’image qui n’est pas la même. Ca me permet notamment de rester dans ma lancée artistique.

Tes modèles sont souvent très beaux. Quels sont les critères indispensables qu’une fille doit avoir pour poser pour toi ?

Quand c’est moi qui contacte le modèle, c’est que j’ai beaucoup apprécié la personne. J’ai senti que cette personne avait une aura, l’aventure dans les yeux. Un coté rock’n’roll et un peu décalé qui m’a touché et qui m’a vraiment plu. Par exemple, la dernière séance photo perso que j’ai faite c’est avec une artiste qui s’appelle Moziimo. Je l’avais vu jouée et elle m’avait rendue dingue … Elle était juste INCROYABLE. Elle avait une énergie impressionnante. Je suis allée la voir directement après le concert pour lui proposer de faire des photos tellement elle m’avait marqué.

Je déclenche mon appareil quand la personne me fait sentir quelque chose. Ce ne sera pas forcément de l’amour, le beau cliché … Mais plus de la fascination.

Au niveau de ton matériel, tu shootes le plus souvent au numérique ou à l’appareil argentique ? Présente moi tes appareils.

Je travaille le plus souvent au numérique, avec le 5D de Canon. Je le gère mieux, et c’est plus pratique. J’aime bien le fait de retoucher mes photos, de pouvoir les sélectionner. J’ai commencé l’argentique à l’école. J’ai un petit appareil photo que je trimballe partout, qui permet de prendre des photos souvenirs. J’adore ça parce que quand je développe la pellicule, je revis le moment précis où j’ai déclenché, et c’est juste fou. C’est un sentiment que je ressens un peu moins avec le numérique parce que tu vois l’image directement, tu n’as pas le suspens très intéressant que tu as avec l’argentique.

Que pense-tu du fait que les logiciels de retouches, tels que Photoshop, soient de plus en plus utilisés ? Est-ce que cela dégrade la véritable nature de la photo selon toi ?

A la base la véritable nature de la photo c’était des grains d’argent qui noircissaient sur des plaques en métal ou en verre. Les choses évoluent et prennent en qualité. Les logiciels de retouches tels que photoshop permettent d’aller plus loin dans l’image selon ta démarche. Il y a certaines choses que tu ne peux pas directement récupérer lors de la prise de vue. Moi par exemple, pour donner ma patte et mon grain de photo, j’utilise beaucoup photoshop. C’est indispensable pour retravailler les couleurs.

Après, c’est sûr qu’il ne faut pas trop s’y reposer et se dire que la prise de vue n’est pas importante. Avant de retoucher une photo il faut déjà avoir une très bonne base. Photoshop ne permet que de bonifier. C’est vrai que les photos de certaines personnes ne sont intéressantes que grâce aux retouches, et je ne suis pas sûre que ce soit la bonne manière de concevoir la photographie …

Quelles sont tes influences ?

Je puise mon inspiration dans la vie de tous les jours. Dans les magazines, les vitrines. Le caractère des gens, leurs particularités. Mais ma principale source d’influence artistique reste internet, les photos d’artistes peu connus, les blogs. Je suis le travail de quelques photographes tels que Nirrimi. Et puis forcément, il y a les grands noms comme Ryan McGinley qui dans un aspect un peu plus technique me surprendront toujours. Je pense être aussi très influencée par mes amis artistes dont le travail m’impressionne. Tout est bon à prendre en fait. Il n’y a pas qu’une seule source d’inspiration. Et heureusement,parce que je pense qu’on s’emmerderait sinon … (rires)

Sur ton site internet, on remarque qu’il y a deux colonnes bien distinctes : les photos de mode, et celles concernant la musique …

Quand j’étais aux Gobelins j’étais persuadée que j’allais faire que de la mode, d’où la colonne «  fashion photography » sur mon site. C’est en rencontrant des gens comme l’équipe de Crumb magazine ou de Mademoiselle que je me suis retrouvée à faire des photos de musique. Beaucoup, beaucoup, beaucoup plus que ce qui était prévu. Et j’adore ça ! J’adore rencontrer les artistes, tenter de retranscrire ce qu’ils m’ont fait ressentir en jouant leur musique. Aujourd’hui je fais pas mal de photos presse d’artistes et je me suis mise aux clips. Donc oui, on peut dire que la mode et la musique sont les deux milieux auxquels je touche le plus. Après, je t’avoue que je vais peut-être réorganiser mon site, vu la masse de photos qui va bientôt arriver …

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Dans ce cas, si tu aimes autant la musique, je vais pouvoir me permettre de te poser cette question : donne moi un titre de chanson que tu écoutes le matin en te levant, dans le métro, en soirée avec des amis, avant de t’endormir.

Ca c’est une question difficile, parce que j’ai des playlists qui sont tellement massives que parfois je laisse tourner en aléatoire. J’ai tendance à écouter tout le temps la même chose pendant deux mois. J’ai eu ma période Arcade Fire pour me lever et me donner la pêche. Bon Iver ca passe très bien le matin aussi, comme James Vincent Mc Morrow. Sinon pour le métro, il n’y a pas mieux que le dernier album de Metronomy. J’aime bien Florence and the machine aussi, Noah and the whale, Radical Face … En soirée ca peut être de tout. Mais pour motiver les gens quand on doit sortir, je met souvent « Will you return » des Avett Brothers. C’est une chanson rythmée qui donne envie de partir. Pour m’endormir, je dirais « She wants » de Metronomy, encore une fois. Cet album convient à toutes les situations en fait.

Le mot de la fin ?

Merci avant tout de m’avoir proposé cette interview ! J’espère qu’elle va plaire, que je vais pas ressortir comme une grosse débile dessus, je sais qu’on peut pas plaire à tout le monde mais bon (rires) … C’était hyper sympa de te rencontrer, de discuter avec toi. Ce fût un moment très agréable à passer et je pense que c’est ça le plus important !

Vous pouvez apprécier la totalité de son travail sur son site : www.dianesagnier.com

  1. Son travail est mignon,jolie.Mais je trouve personnellement qu’ elle s’inspire un peu trop de ses copains des gobelins qui meriteraient plus d’attention : maia flore,arnaud lajeunie,adeline mai,nastasia dusapin et meme de ceux qui ne le sont pas, sophie tajan,
    nirrimi,theo gosselin,….chacun d eux ont un message a faire passer,une personnalité.Elle n’est que le mélange de ceux qu elle leur pique à mon gout.J’espere qu’elle grandira et arrivera a trouver sa propre personnalite,je pense qu ‘elle se cherche encore ,et qu’à son age,c’est normal.

  2. C’est la mode! Une jeune génération de photographes émerge, ces derniers se côtoient, leurs univers se croisent. Les inspirations sont inévitables.
    Dans un nuage de noms, qui ne cessera de grossir, chacun prendra la direction artistique qu’il voudra.
    Cela dit, mettre cette demoiselle de côté, et aller jusqu’à avancer qu’elle n’a pas de personnalité, c’est un peu moyen je trouve. Cet article souligne très justement le caractère singulier de Diane ainsi que sa déroutante sincérité. Il reconnaît également l’orientation musicale (groupes, concerts, sessions acoustiques, etc…) que son travail est en train de prendre. Cela ressemble davantage à un projet solide, avec un bel avenir, qu’un vulgaire pot pourri selon moi.
    Continue comme ça Diane!
    Et Bravo à Hélène pour cet article.

  3. je pense qu’il faut modérer chacun de vos commentaires, oui il y a plagiat mais c’est vrai qu’il y a aussi influence, c’est normal a cette âge la, on se cherche.
    Mais qu’elle dise je cite “C’est vrai que les photos de certaines personnes ne sont intéressantes que grâce aux retouches, et je ne suis pas sûre que ce soit la bonne manière de concevoir la photographie …” Je trouve que c’est le propre de ses photos pourtant, elles sont intéressantes uniquement par la retouche qu’il y a en amont! Sans retouche elles ne seraient pas grand chose je crois, les modèles ne sont presque jamais assumées, elles sont soit cachées sous leur cheveux, soit toutes petites, soit dos tournés, les cadrages sont “torchés” des mains coupés, la netteté sur les fesses sans même voir le visage de la modèle, même quand elle prend une mannequin on dirait que ce n’était qu’une amie encore une fois dont elle n’assume pas la beauté, parce qu’on la voit à peine. Concernant sa retouche elle est très lourde, il y en a trop, la photo est presque dénaturée, c’est presque du graphisme au finale, c’est dommage je trouve qu’elle ne se focalise pas plus sur la prise de vue et sur l’univers qu’elle veut raconter (bien à elle) plutôt, enfin chacun ses gouts….

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