Club cheval en interview : "Notre musique c'est du RnB électronique" + écoute de Discipline 1

Club cheval en interview : “Notre musique c’est du RnB électronique” + écoute de Discipline

Club Cheval - Priscillia Saada

C’était un lundi au soleil comme on en voit plus trop. J’avais rendez-vous dans dans les beaux bureaux d’un label français avec une moitié de cheval. D’un Club cheval pour être précis. Journée de promo à la cool pour un groupe qui ne l’est pas moins. Rencontre avec Sam Tiba et Panteros 666 de Club cheval dans le cadre de la promo pour leur premier album Discipline, les poulains de Bromance qui ont quand même pas mal de vécus sous les sabots.

Vous avez commencé le groupe en roue libre, dans une dynamique assez déjantée, puis vous avez créé un live très maîtrisé. Votre univers visuel a aussi évolué : vous arborez des tenues uniques, une sorte d’uniforme noir sur scène. Vous aviez une volonté de discipliner votre musique ? De vous discipliner vous-même ?

Sam Tiba : J’adore le mot “roue libre” !

Panteros : Lorsqu’on a commencé le groupe Club cheval, nous étions encore catalogués comme un collectif de producteurs. On  a décidé de mettre un grand coup de désherbant sur le potager Club cheval, pour pouvoir mettre en avant le groupe et plus les individualités solo. Pour pouvoir former qu’un, on était un peu en manque d’unité. On a donc décidé de faire “Tous pareils!”, comme la France après la Révolution. Donc notre révolution c’était de mettre le groupe en avant et s’habiller de la même manière, presque avec une rigueur japonaise, minimaliste.

C’est quoi l’histoire de ces mecs sur la pochette ?

Sam Tiba : Lorsqu’on réfléchissait à un visuel qui nous représenterait le mieux, on pensait à une synthèse de l’humain. Toutes les races ensemble. On imaginait l’homme du futur, un chauve africano-eurasien, avec des sourcils rasés. C’était déjà impossible de trouver un gars qui acceptait de se faire raser les sourcils.

Panteros : Ça prend vachement de temps à repousser surtout…

Sam Tiba : EtudesStudio (ndlr : agence/auteur de l’artwork) connaissent bien ce mec qui n’est pas du tout dans la musique, mais dans l’architecture, qui s’appelle Moon et qui est coréen. Pour le coup il a une tête assez étrange et on l’a choisi pour figurer sur la pochette ! On pourrait penser à une armée de clones mais on préfère dire que c’est notre vision du prochain humain.

club cheval discipline

Par rapport à votre livre, vous travaillez dessus depuis longtemps ? En préparant cette interview je suis tombé sur un vieux dossier de vous, de Tracks, où Panteros tu présentais les autres avec vos surnoms respectifs : « Cuttos » pour MYD, « Melodious » pour Canblaster, « Gaythous » pour Sam et “Rythmos” pour toi. C’est toujours d’actualité dans votre live ?

Panteros : C’est presque ça ! Sam a toujours représenté le gars qui prend des “accap” qui viennent de différentes cultures, des sous cultures. Qu’elles soient caribéennes, espagnoles… (rires). Il découpe les voix et les remet sur de la musique. Du coup il s’occupe des voix en live. “Rythmos” pour moi c’est facile, ça a toujours été batterie et rythme.

Sam Tiba : Il n’y a que MYD qui devrait s’appeler “Bassos” maintenant !

Panteros : “Basolt” plutôt nan? MYD s’occupe de tout ce qui est synthé monophonique…

Sam Tiba : Le son en lui même.

Club cheval

L’aspect machine s’est plus développé, avec une batterie électronique sur scène, des sons de piano classique, sur scène vous avez supprimé les laptops également. On ressent un mariage de sonorités entre classique et digital. Vous avez changé votre manière de produire ou cela s’est fait naturellement ?

Sam Tiba : J’ai envie de te dire les deux en mêmes temps ! On a de plus en plus de machines depuis qu’on a commencé dans un appart avec deux synthés moisis, on a appris à les connaître et puis on a tellement vu de live, de mecs dont on adorait la “zik” sur disque… Quand tu les voyais en live c’était juste eux dans un home studio ! On voulait plus se rapprocher d’un vrai groupe comme un groupe de rock.

Panteros : Maintenant on se considère plus comme un vrai groupe de musique électronique. Il existe beaucoup de machines qui te permettent d’avoir une musique stable.

Sam Tiba : C’est ça ! Avant, les gens avaient peur des machines peu fiables, non transportables. Maintenant, on a un studio mobile. De plus en plus, on produit en branchant nos synthés de scène et on improvise.

Depuis votre première Boiler Room commune, vous vous êtes uniquement produits en live, fini les dj sets pour Club cheval ?

Panteros : Désormais, Club cheval c’est uniquement en live. Les seuls dj set qu’on fera au nom de Club cheval ce seront uniquement des B2B…

Sam Tiba : Ou alors si on fait des dj sets ce sera seulement à thème ! Parce que sinon tu te demandes “Qu’est que font les trois autres pendant que l’un joue?”, un B2B ça peut aller : l’un cherche son track et l’autre boit un coup. Mais à 4 on va pas danser (rires)! Avant quand on mixait à quatre, l’un de nous était en train de mixer alors que les autres posaient leur tête sur son épaule d’un air de dire “Hey ! C’est mon tour!”, on adorait ça ! Plusieurs fois, j’ai regardé des vidéos de nos dj sets et je me suis dis “mais on fait n’im-porte-quoi” en termes de scénographies (rires). La Discipline est venue de ça aussi.

Panteros : Un live c’est beaucoup plus d’efforts, mais c’est ça qui nous fait kiffer.

Je me suis toujours demandé comment quatre mecs aux univers musicaux aussi différents individuellement peuvent s’accorder sur un seul genre de musique ? Par exemple Panteros pour ta Boiler Room tu passes des sons gaber…

Panteros : “Metal Gaber”… “Cyber Hardcore” même (rires).

Sam Tiba : On a rien contre les personnes qui se cantonnent à un seul style musical. Je raconte souvent cette histoire lorsque Panteros m’a fait écouté du métal et j’admirais la rythmique, en rentrant chez moi, je réécoutais le morceau pour m’inspirer du kick.

Panteros : Tu t’en souviens je t’avais fait écouter Fire Factory ! On vient tous d’univers différents mais on a tous mis en commun pour le groupe. On avait le désir de faire quelque chose dans la musique électronique.

Votre projet d’album date de plusieurs années, le fait que Brodinski qui est très proche de vous se lance à son tour en 2015 vous a motivé ?

Sam Tiba : Ouais grave ! Ce qui nous a motivé, c’est de voir qu’un gars aussi talentueux, gentil et qui accorde sa confiance à peu de personnes croit en nous. Il a toujours été là pour nous dire quand il y avait quelque chose qu’il aimait, ou pas. Il nous représente bien, il nous supporte donc oui ça nous a donné de la force ! Et puis comme MYD travaillait avec lui sur son album, ces deux albums sont cousins.

Panteros : On a surtout la même vision de la musique, pour nous un album c’est 60 minutes de musique. Donc un peu comme un mix : avec pleins de choses, des choix assez forts, chapitré, avec un fil conducteur. On ne voulait pas que ce soit juste une compilation de choses hyper attendues. Brodinski a pris le pari de mélanger du Nine Inch Nails avec de la trap d’Atlanta et de sa culture musique electronique qui va de Tiga à John Frusciante. Le fait de faire ce truc et de l’assumer à 100% c’est beau et on était dans le même état d’esprit.

Avec Homieland Vol.2, la deuxième compilation du label Bromance, sur lequel vous êtes signé, on pourrait la caricaturer en disant qu’il y a 50% de musique électronique et 50% de rap/trap. C’est donc la nouvelle identité de Bromance ?

Panteros : C’est le rêve de Louis (ndlr: Louis Brodiniski) ! C’est la musique qu’il aime. Quand tu es quelqu’un à la tête d’un label, il faut laisser court à ses obsessions.

Sam, tu viens du rap et cette année tu as produit le tout premier EP de Jeff Chery sur Bromance. On pourra vous retrouver à produire des artistes individuellement?

Panteros : Ouais ! Déjà il faut trouver le temps et la bonne collaboration.

Sam Tiba : J’ai eu beaucoup de propositions, mais c’est avec lui que ça a matché. C’est juste que ça prend du temps de faire de la musique pour les autres, plus que pour toi même ! Y’a des allers-retours, il faut apprendre à connaitre la personne. Mais c’est très enrichissant. On va tous finir par produire pour d’autres ! MYD le fait beaucoup déjà.

Depuis quelques temps que vous tournez en live, vous avez un souvenir particulier de concert à nous raconter ?

Panteros : Notre première Boiler Room…

Sam Tiba : Il y a eu beaucoup de soucis technique, on pouvait pas jouer fort alors qu’on avait travaillé pour qu’il soit fort ! Tu vois notre live il doit être puissant !

Panteros : C’était comme les premiers vols des avions en tissu ! (rires)

Sam Tiba : Avec ce soucis, on s’est dit qu’on était tout de même ensemble et qu’il fallait jouer et puis ça a été une expérience très formatrice.

Est-ce que le terme de « Rnb électronique » correspondrait à votre musique ? C’est la définition que je donnerais en écoutant des morceaux comme « Other Guy » ou « Nothing Can’t Stop Us ».

Les deux : c’est exactement ça !

Sam Tiba : C’est du New Jack. On s’inspire beaucoup de groupe comme Blackstreet, Guy… C’est vraiment ces groupes des années 90 ! C’est un slow RnB, un peu ghetto. Après RnB électronique ça peut être Flo Rida qui chante sur un morceau électronique. Donc il faut faire attention (rires). Mais pour les gens le “RnB électronique” ça évoque un beat de merde avec un gars qui se remue dessus. Nous c’est plus du RnB avec des instruments électronique.

Vous êtes 4 dans le groupe, l’année de Club cheval en 4 mots ?

Les deux : Excitante, fatigante, mystérieuse et disciplinée !

                                                                  

Merci à Panteros et Sam Tiba – Discipline, le premier album de Club cheval sort aujourd’hui.

Ils seront en concert à la Gaîté Lyrique le mercredi 9 mars, lien du concert.

Un grand merci à Anatole Michaud pour son aide dans l’élaboration de mes questions.

La page facebook.