Deux ans après le succès incontournable de son album “Brat”, Charli XCX est de retour et change complètement de style pour la bande originale du film “Hurlevent” avec Margot Robie et Jacob Elordi. La chanteuse anglaise expérimente avec un projet plus romantique et gothique.
« Hurlevent » est un projet atypique. Nouvelle adaptation du classique de la littérature d’Emily Brontë, le film d’Emerald Fennell se démarque des précédents, apportant une adaptation volontairement plus moderne.
Avec sa bande originale, le film vient confirmer cette audace, en faisant appel à Charli XCX. L’artiste anglaise, à qui on doit le “brat summer” déjanté, en 2024, réinterprète le roman gothique à travers une musique radicalement contemporaine, avec plus ou moins de succès.

Une partie de la critique a salué la singularité du projet. The Standard salue le choix d’opter pour une bande originale à base d’orchestre romantique. En effet Charli XCX mêle textures, synthétiseurs sombres et rythmes électroniques, créant une atmosphère tendue et obsessionnelle. Elle reflète ainsi la violence émotionnelle et la passion destructrice de l’histoire de Cathy et Heathcliff.
Du côté des critiques, l’accueil est majoritairement positif, mais pas unanime. Sur Metacritic, l’album affiche une très bonne moyenne, mais certains estiment que le projet est parfois inégal ou difficile à définir, pas totalement bande originale, ni totalement album hyperpop autonome.
Entre gothique et hyperpop
Les titres traduisent musicalement les grandes thématiques du roman. Inspirée par l’atmosphère sombre des landes et de la tension psychologique entre les personnages, Charli XCX construit des morceaux qui oscillent entre introspection et crise émotionnelle.
L’apparition de Sky Ferreira sur l’un des morceaux marque un moment fort du projet. Après plusieurs années d’absence, l’américaine, ex-star de la pop, apporte sa voix mélancolique, donnant une dimension spectrale caractérisant l’aspect gothique de l’œuvre.
On trouve également des morceaux plus expérimentaux, proches de l’esthétique club, rappelant les racines hyperpop de Charli XCX. Ces titres semblent traduire la modernité de l’adaptation, ils ne cherchent pas à illustrer fidèlement le XIXᵉ siècle, mais à transposer l’intensité du roman avec une vision plus moderne comme le veut Emerald Fennell, aux manettes du long-métrage.
Un album qui divise ?
Selon L’éclaireur Fnac , l’album fonctionne selon deux modes d’écoute différents : avant ou après le visionnage du film. Ils pointent le flou identitaire du projet, coincé entre musique de film et album personnel de l’artiste. Pour les spectateurs et auditeurs, cette autonomie peut être déroutante.
L’album est bon mais pas assez pop et ne correspond pas réellement à l’univers de Charli XCX. Par ailleurs, il n’est pas suffisamment symphonique ou narratif pour incarner une bande originale traditionnelle, en particulier celle d’un film qui se veut d’époque. Ce positionnement peut être un atout, puisqu’il offre une lecture musique-film riche et complexe, mais il pose aussi la question de l’efficacité narrative de la musique. Sert-elle le film ou sert-elle avant tout l’interprétation du roman ? C’est sur ce point que le projet montre ses limites et ses contradictions.

Flou artistique
L’album précédent “Brat” de Charli était manifestement plus pop, flamboyant et incarnant parfaitement l’identité de la chanteuse. Sur “Wuthering Heights”, la dimension dramatique imposée par le film a atténué l’expression brutale et énergique qui faisait la force de “Brat”. D’après AP News, le disque est significativement différent de sa discographie antérieure. Rendant son identité artistique moins reconnaissable pour ceux-la suivant depuis longtemps.
Ce projet ne représente donc pas pleinement l’essence qui caractérise habituellement la popstar britannique. Il est profondément influencé par les exigences du film, au point de laisser parfois de côté la personnalité forte et expérimentale de Charli XCX.



