Depuis les rives du Québec, Super Plage distille une pop électronique hybride, sucrée mais jamais candide, solaire mais jamais creuse. Son nouvel album, Grosse Maison, attendu le 16 mai, prolonge une aventure musicale entamée il y a quelques années, entre collaborations inspirées, beats dansants et poésie synthétique. Derrière ce projet, on trouve Jules Henry, un artiste autodidacte qui compose comme on respire, avec le cœur léger mais les idées claires.
Longtemps décrit comme un ambassadeur d’une « électro-pop franco-sexu » — une étiquette qu’il avait lui-même lancée sur un ton malicieux —, Super Plage revendique aujourd’hui une esthétique plus large, qu’il qualifie de House pop expérimentale. Une musique libre, décomplexée, enracinée dans la fête, mais qui ne cède jamais au cynisme ou au second degré forcé. Ici, on danse sans perdre le sens. On célèbre sans se disperser.
S’il ne cherche pas consciemment à évoquer les années 90, son univers sonore en porte des traces. Une certaine chaleur analogique, des claviers qui suintent la nostalgie et des refrains qui claquent comme dans un vieux clip de M6. Influencé par la French Touch, il cite La Femme comme une révélation, un premier pont vers la richesse de la scène musicale française contemporaine, qu’il observe et explore avec enthousiasme.
Dans Grosse Maison, il s’entoure d’alliées précieuses. On retrouve la chanteuse Virginie B., complice de longue date, rencontrée grâce à un heureux hasard professionnel. Leur première collaboration, Super Plage, a marqué le début d’une relation artistique profonde, nourrie de studio et de scène. Avec Claudia Bouvette, croisée lors d’une résidence d’écriture dans un chalet québécois, c’est une toute autre énergie : celle d’une fougue immédiate, instinctive. Deux voix, deux sensibilités, deux chemins différents vers la même maison.
Son esthétique visuelle, elle aussi, reflète cet équilibre. Depuis deux albums, Virginie B. signe ses clips, avec une grande liberté créative. Si l’artiste ne considère pas l’image comme un prolongement direct de son art musical, il reconnaît l’importance de cet univers parallèle, inspiré par des projets comme Miel de Montagne, Joie ou encore La Femme. Pour lui, la musique est une finalité, l’esthétique visuelle, un plaisir complémentaire.
Le single TIP TOP, dévoilé en avant-goût de l’album, incarne parfaitement cette double dynamique. Derrière son apparente légèreté se cache un regard lucide : “on peut être festif sans tomber dans l’excès, danser sans se désancrer ” . Super Plage assume cette posture entre euphorie maîtrisée et conscience collective. “Ce n’est pas parce que c’est la fête qu’on doit faire n’importe quoi ”, glisse-t-il. Tout est dit.
Les mots, dans son écriture, sont rares mais choisis. Chez lui, jamais de texte superflu. Le verbe est court, précis, presque politique. Moins dire pour mieux dire. Le texte ne vient jamais en premier, mais une fois intégré, il devient essentiel — une manière de tendre vers l’essentiel, sans fioritures.
Le 16 mai marquera donc une nouvelle étape, mais c’est l’été que la machine prendra tout son sens, notamment sur la scène des Francofolies de La Rochelle. Une date symbolique pour l’artiste québécois, qui suit depuis longtemps la musique française. Il y voit une occasion de rencontrer un public varié, souvent curieux, parfois surpris, mais toujours prêt à embarquer. Il nous glisse sur un ton confidentiel ” Je suis aussi excité de participer à ce festival d’un point de vue professionnel, qu’en tant que spectateur. C’est un festival que je suis depuis longtemps, et c’est un véritable accomplissement que de faire parti de l’affiche.”

Il perçoit des différences nettes entre la scène québécoise et la scène française. Au Québec, tout est bien produit, mais plus spontané. “Des Européens nous disaient que notre scène était plus punk”, raconte-t-il en riant. En France, les performances lui semblent plus ciselées, plus construites, comme en témoignent les grandes cérémonies ou les festivals. Deux visions différentes, mais complémentaires.
La pochette de l’album, elle, a été imaginée par la photographe montréalaise Andy Jon, en collaboration avec Rosalie Bordeleau, qui a également signé le stylisme. Une image forte, résultat d’une direction artistique partagée, à l’image de l’album : collectif, libre, soigné mais pas figé.
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