Originaire de Normandie et installé à Paris, Où est le D a redécouvert le dessin lors du confinement. À travers ses vidéos sur les réseaux sociaux, il transforme des objets abandonnés en véritables œuvres d’art, les laissant dans la rue pour être récupérés par des passants, réinventant ainsi le cycle habituel du déchet. Bercé dans la culture hip-hop, le street artiste nous invite, à travers ses créations, à se questionner sur notre place dans la ville et dans le monde.

Beware! : Ayant grandi dans la culture hip-hop, j’imagine que tu puises tes inspirations un peu partout. Lesquelles sont-elles ?
Je m’inspire des tags, des couleurs et des formes qui m’entourent, ainsi que dans celles et ceux qui redonnent vie à la ville en lui offrant une autre lecture, loin des murs uniformément gris ou blancs. J’aime évidemment regarder le travail d’autres street artistes avec lesquels j’ai grandi, comme Grems, dont j’apprécie particulièrement l’univers. On m’a aussi souvent associé à Keith Haring. Tous deux partagent une vision d’un art accessible, qui se propage, une approche qui résonne profondément.
Tu parles de l’importance de la diffusion et l’accessibilité de l’art son accessibilité. En quoi consiste le tien ?
Il s’inscrit dans l’héritage du street art qui prône avant tout la liberté d’expression. C’est d’abord le reflet de ma passion, mais il y a aussi une dimension thérapeutique : ça fait du bien de dessiner. Le but de mon travail est vraiment de créer un voyage. « OùestleD » pousse les gens à se plonger dans le dessin, pour s’y évader et réfléchir aux détails présents. Le paysage est à la fois complexe, car riche en éléments, et simple dans ses formes. Cela permet aux gens de s’approprier mes créations et d’y trouver, pour chacun, son propre message.

On retrouve en effet dans chacune de tes créations ces mêmes personnages et mêmes formes. Quelles significations y’a-t-il derrière ?
Deux personnages en sont constitutifs. Le premier, avec une grosse bouche, un gros nez et sans yeux, passe son temps à poser des questions. Il est apparu très tôt dans mes dessins, de manière intuitive et naturelle. L’autre personnage est plus souple, avec un grand corps, une petite tête et des yeux. Ils incarnent respectivement deux facettes présentes en chacun de nous : l’adulte et l’enfant. D’un côté, l’adulte, en proie au doute, est en quête de sens et d’identité ; de l’autre, l’enfant, plus léger, observe simplement le monde autour de lui, sans problématique particulière. Aujourd’hui, les deux personnages sont en train de se rencontrer. Je crois que c’est significatif.
Tu disais plus tôt que dessiner était thérapeutique. Avec la signification de ces deux personnages, y trouves-tu un accomplissement de toi-même ?
J’accorde une place centrale à l’intuition et à la spontanéité. Le dessin traduit ce que je suis et ce que je pense. Les nouveaux éléments que j’introduis dans mes créations sont aussi le reflet des nouveautés dans ma vie. Il y a un lien hyper fort entre mon art et moi : on se définit mutuellement.

Tu peux réaliser tes créations sur différents supports (toiles, objets dans la rue…) Comment ton art a-t-il évolué au fur et à mesure du temps ?
J’ai commencé sur papier, mais influencé par la culture hip-hop, j’ai rapidement ressenti le besoin presque instinctif de faire ça dans la rue. Comme une pulsion. Je réalisais alors des petits tags et des collages un peu partout. J’ai ensuite ressenti le besoin d’affirmer mon identité. Je suis passé à la toile et j’ai commencé à louer des espaces pour organiser mes premières expositions de manière plus structurée. En me baladant dans les rues, j’ai remarqué que les encombrants qui m’entouraient offraient un nouveau support pour m’exercer, un médium à la fois accessible, urbain et légal. Faute de place pour les ramener chez moi, j’ai décidé de les mettre en scène sur mes réseaux sociaux en proposant aux gens de les prendre. Je souhaitais aussi redonner un coup de pinceau, une seconde vie donc, à des objets destinés à être broyés. Poétiquement, je trouvais ça beau.

Aujourd’hui, tu travailles avec des villes et des particuliers. Comment est-ce que ces projets prennent forme ?
Ça s’est un peu fait par hasard. Un jour, quelqu’un m’a interpellé en me proposant de faire ça chez lui. Il m’a donné les clés de son appartement et j’ai réalisé une fresque sur l’un des murs de son salon. En tant qu’indépendant, je mets moi-même mon travail en valeur, à travers les réseaux sociaux notamment. Après avoir partagé cette expérience, j’ai reçu plein de demandes de particuliers. Aujourd’hui, certaines entreprises ou personnes me contactent pour que je fasse la même chose chez eux. Je reçois aussi de plus en plus de demandes de festivals et de mairies.

Le street art devient de plus en plus populaire auprès des gens. Comment expliques-tu cela ?
Il s’est imposé dans les villes, mais aussi dans les goûts et les imaginaires collectifs. Le terme est devenu plus large, presque générique : les styles se diversifient et les lignes bougent. Un peu comme pour le rap, certains débattent encore de ce qu’est ou non le “vrai” art de rue , mais au fond, ce n’est pas ce qui compte le plus. Chaque artiste, d’une manière ou d’une autre, est lié à l’art urbain. Le street art est avant tout une façon de s’approprier l’espace, de manière compulsive. Par exemple, les tags sont des moyens d’égayer les murs. Aujourd’hui, les mairies investissent de plus en plus dedans. Il y a, bien évidemment, l’effet de mode mais aussi une vraie volonté d’améliorer la vie urbaine.
Le street art devient un outil de transformation des villes aux côtés de la végétalisation et de la piétonisation.

Cette interview vous a plu ? N’hésitez pas à parcourir nos 10 meilleurs articles streets art de 2024 !
Son site : https://www.ouestled.com


