Connu pour son travail photographique entre exploration et contemplation de la mer, Jean Gaumy est exposé au musée national de la Marine à Paris jusqu’au 17 août. L’œuvre de cette figure majeure de la photographie contemporaine, membre de l’agence Magnum Photos, de l’Académie des beaux-arts et peintre officiel de la Marine, sera présentée en parallèle de l’exposition La pêche au-delà du cliché.

La première histoire entre Jean Gaumy et la mer a lieu une journée, en 1972. Il vit alors à Rouen et, adepte de la pêche en haute mer, décide d’embarquer sur le chalutier Wagram. C’est là qu’il réalise ses premiers clichés, entre documentation de « l’atmosphère, des gestes et des techniques traditionnels » de pêche.
Toujours équipé de son appareil photographique et du fameux ciré (était-il jaune ?), il est régulièrement appelé pour réaliser des reportages photographiques : il s’intéresse aux interactions entre les gens, à la « mer depuis la mer, plongé dans les éléments, ballotté comme tous les marins malgré un mal de mer qui ne le quitte jamais et le met souvent à plat », le tout avec un retrait, une pudeur et une forme de solitude qui lui sont propres.
« L’eau a toujours été un de mes ressorts intimes les plus puissants. Une forme d’échappatoire, une façon de rester fidèle à ma nature et, en même temps, la façon de m’affirmer, de me trouver.
Par expérience, la pêche et la photographie sont à mes yeux devenues très semblables. Les deux font émerger toute une part d’inconnu qui résiste, qui refuse de venir au jour. Nous autres, photographes, sommes très naturellement influencés et travaillés par le temps, mais aussi, et bien plus qu’on ne le pense, par l’invisible. »

Une vie de marin
Le travail de Jean Gaumy prend une dimension documentaire : de la banquise et des pôles aux plateformes pétrolières, des marais noirs au large du Finistère aux missions scientifiques polaires, de la Gironde à la Charente-Maritime, des sous-marins aux chalutiers, le photographe français documente la vie des acteurs de la mer, leur quotidien. Mais, toujours, Jean Gaumy réalise ses reportages à hauteur d’hommes, avec eux, partageant leur vie au quotidien.
En 1977, il réalise l’une de ses premières séries, La Boucane, du nom d’une conserverie de poisson. Bien qu’il présente la disparition à venir de cet univers particulier, son énergie le fascine. Un univers vivant, entre sel, humidité et graisse de poisson, entre l’odeur de fumé et de cendre et la liberté apparente de cette communauté de femmes d’où il retiendra « leur intimité chaleureuse faite de complicité, de coups de gueule, d’éclats de rire, de chants et de silences au labeur ».
S’il décrit principalement cette vie faite de sel, de vagues et d’écailles de poissons, Jean Gaumy dénonce aussi les dérives de la pêche industrielle, son impact sur la nature et la vie sauvage. Il couvre notamment le naufrage du pétrolier Amoco Cadiz, échoué le 16 mars 1978 au large du Finistère, documentant « l’immense désarroi que provoque la plus grande marée noire par échouement jamais enregistrée : 223 000 tonnes de pétrole brut libérées, un large secteur pollué en Manche occidentale, près de 350 kilomètres de côtes dévastées et 260 000 tonnes d’animaux marins tués ».
« Nous prenions acte de l’avènement d’un nouveau monde maritime.
Tout du moins, nous aurions dû. Il faut du temps. »


De l’art de la contemplation
Aujourd’hui âgé de 76 ans, Jean Gaumy fait la part belle à une part de contemplation : avec des paysages naturels (falaises normandes, glace de l’Arctique, terres lointaines), l’artiste propose aussi une approche rêveuse et méditative de la nature et de la mer. Un travail photographique qui se veut témoignage de « l’irrésistible accélération de la rupture qui s’opérait entre l’espèce humaine et son environnement originel ; entre civilisation et nature ».
« Mon travail d’après nature a constitué un vrai virage. C’est lors de cette période que je suis passé de l’argentique au numérique, mais aussi et surtout de l’instantanéité à une attitude plus contemplative. L’âge ? Sans doute. C’est un peu court. En fait, j’ai toujours eu envie d’approcher et de fixer le bouillonnement lent et vivant de la nature, mais aussi, presque paradoxalement, d’aller encore et encore vers celui plus agité des humains.
De temps en temps, depuis onze années, je tente de photographier dans un phare très connu en pleine mer et, lorsque c’était encore possible, j’allais aussi au Niger où la vie n’a rien à voir avec la solitude maritime. Je marche, j’observe, je rôde dans la solitude ou dans le plein mouvement du monde, mais, en définitive, je n’ai jamais fait que montrer silencieusement du doigt l’âpreté poétique du monde. »


L’exposition à lieu au musée national de la Marine à Paris jusqu’au 17 août. L’œuvre de Jean Gaumy, sera présentée en parallèle de l’exposition La pêche au-delà du cliché.



