Dhewadi Hadjab

Dhewadi Hadjab, tout en contrastes.

Image d'avatar de Kenza F.Kenza F.- Le 27 mai 2025

Parmi les nombreuses œuvres présentées par la galerie Mennour à l’occasion d’Art Paris, une toile se vend dès le premier jour pour 80 000 euros. Cette très belle vente est celle de Dhewadi Hadjab, un artiste algérien originaire de M’Sila, formé aux Beaux-Arts d’Alger, de Bourges et de Paris qui n’en est pas à son coup d’essai, puisqu’il développe depuis quelques années une pratique particulière à l’intersection entre scrupule et lâcher prise. Lauréat de l’aide à la production Rubis Mécénat en 2021, Dhewadi Hadjab est aujourd’hui représenté par la galerie parisienne Mennour, qui lui dédie récemment deux solo shows : Acte I : Vaciller en 2023, et Acte II : Fragmenter en 2024.

Dhewadi Hadjab, Sans titre, 2022, Huile sur toile, 290 X 240 cm, © Dhewadi Hadjab
Dhewadi Hadjab, Sans titre, 2022, Huile sur toile, 290 X 240 cm, © Dhewadi Hadjab

Le corps et l’action

« J’ai toujours voulu créer de l’action dans mes images, c’est pourquoi je peins des gens. Ce sont les gens qui ont introduit l’action dans mes images depuis le début »

Lucian Freud
Dhewadi Hadjab, Sans titre, 2023, huile sur toile, 180 x 145 cm, © Dhewadi Hadjab
Dhewadi Hadjab, Sans titre, 2023, huile sur toile, 180 x 145 cm, © Dhewadi Hadjab

Le travail de Dhewadi Hadjab, c’est d’abord des corps peints dans tous leurs états. A l’endroit et à l’envers, tendus et contorsionnés, pliés et recourbés ; les corps que l’artiste nous donne à voir sont le cœur battant d’une toile au sein de laquelle ils introduisent l’imprévisible et l’instable. Pour l’artiste algérien, le décor qu’il construit – le canapé aux lignes stables qui rappellent le format de la toile et le parquet régulier à l’excès – sert à ancrer le corps dans l’espace. Le corps humain est l’enjeu de la toile, il introduit l’action et la tension, qui deviennent palpables dès lors qu’elles contrastent avec la fixité du cadre. Dans ses prises de paroles, Dhewadi Hadjab affirme que pour lui, la représentation de l’Homme ne doit pas être statique, il puise ainsi son inspiration dans l’univers du théâtre et notamment dans le travail de Pina Bausch dont il cite souvent le nom. Le nom de ses deux premières expositions personnelles à la Galerie Mennour font écho à l’importance qu’il accorde au monde du spectacle vivant : Acte I et Acte II renvoient directement à la façon avec laquelle les corps du jeune artiste sont théâtralisés, parfois jusqu’à l’incongru et au spectaculaire.

Dhewadi Hadjab, Sans titre, 2022, huile sur toile, 180 x 145 cm, © Dhewadi Hadjab
Dhewadi Hadjab, Sans titre, 2022, huile sur toile, 180 x 145 cm, © Dhewadi Hadjab

Le corps et l’instinct

« La peinture est très physique en ce qu’elle est, peindre des scènes d’homme en action me procure un grand plaisir. C’est un des aspects du comportement humain qui m’intéresse le plus. C’est un instinct, et c’est mon instinct de le peindre. »

Francis Bacon

Malgré la dimension théâtrale de la pratique de Dhewadi Hadjab, les corps ne se veulent pas entièrement chorégraphiés. L’artiste accorde une place au naturel lors des séances photos au cours desquelles il capture l’image qu’il peint par la suite. S’il affirme souvent arriver aux séances photos avec une idée en tête concernant la posture du modèle, il dit aussi : « Quand j’étais aux Beaux-Arts d’Alger, j’ai une amie qui est danseuse et j’assistais aux répétitions, et le moment que j’aimais le plus c’était quand les danseurs et danseuses commencent à répéter un geste ou un mouvement, les premiers essais. C’est presque des loupés parce que le corps n’est pas habitué à ce mouvement. Je trouve ce mouvement là, cette cassure, cette posture vraiment cassée plus intéressante que le mouvement final tout fin tout propre ». (Interview de l’artiste, Exposition Acte I : Vaciller, 2022). Loin du policé et du cérémonieux,  la touche lisse et minutieuse de Dhewadi Hadjab ne peint pas des images polies.

Dhewadi Hadjab, Sans titre, 2021, Huile sur toile 160 x 200 cm, © Dhewadi Hadjab
Dhewadi Hadjab, Sans titre, 2021, Huile sur toile 160 x 200 cm, © Dhewadi Hadjab

Un renouvellement permanent

« Comment piéger la réalité ? Comment piéger l’apparence sans en faire une illustration ? C’est un des grands combats, une des grandes excitations d’être un artiste figuratif aujourd’hui. »

Francis Bacon
Dhewadi Hadjab, Sans titre, 2022, huile sur toile, 180 x 145 cm, © Dhewadi Hadjab
Dhewadi Hadjab, Sans titre, 2022, huile sur toile, 180 x 145 cm, © Dhewadi Hadjab
Dhewadi Hadjab, Sans titre, 2022, huile sur toile, 180 x 145 cm, © Dhewadi Hadjab
Dhewadi Hadjab, Sans titre, 2021, Huile sur toile. 355 x 295 cm, Eglise Saint-Eustache, Paris, © Romain Darnaud

Une fois tout cela établi, la pratique de Dhewadi Hadjab pourrait sembler porter en elle le risque de la répétition – un style photoréaliste, des éléments de décors que l’on retrouve d’une toile à l’autre, des corps en torsion – mais il n’en est rien. Comme chez d’autres artistes dont le pratique peut être qualifiée de photoréaliste, les codes du travail de l’artiste algérien ne sont pas un carcan mais un tremplin. En 2021, il crée pour l’Eglise Saint-Eustache de Paris un diptyque à travers lequel il renouvelle son approche. Dans cette Chapelle Cerasi contemporaine, l’habituel canapé est remplacé par un prie-Dieu, et la solennité du lieu et de l’entreprise semblent avoir poussé l’artiste à viser le spectaculaire. L’instabilité de la pose, la représentation de la tension du corps à travers les orteils et les doigts recroquevillés et le fort clair-obscur se rejoignent pour marquer durablement le spectateur. A travers son exposition récente Acte II : Fragmenter, Dhewadi Hadjab renouvelle son approche en représentant des corps incomplets, cachés par d’autres éléments du décor ou seulement partiellement capturés par un cadrage resserré. L’objet et l’enjeu de l’œuvre semblent ainsi devenir secondaires, le spectateur se retrouve alors face à une toile déconcertante de simplicité qui n’en devient que plus intrigante.

Exposition Acte II : Fragmenter à la Galerie Mennour © Galerie Mennour
Exposition Acte II : Fragmenter à la Galerie Mennour © Galerie Mennour

Entre statique et dynamique, entre silence et tension, entre instable et immuable, Dhewadi Hadjab fraie son propre chemin et nous donne à voir des œuvres captivantes et sobrement frappantes. Suivez son actualité sur ses réseaux sociaux.

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Kenza F.
Article écrit par :
Etudiante dans les domaines de l'art et de la culture, je m'intéresse à l'art contemporain nord-africain et moyen-oriental, tous mediums confondus.

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