Ulysse, l’écume des jours

Trois ans après Cashmere Guns, le trio belge Ulysse dévoile Surf, son troisième EP. En six titres (parmi lesquels un featuring avec Roméo Elvis), le groupe peint un décor uni – une plage inventée où se bousculent vagues de pensées et pensées vagues. Rencontre (presque) sous les embruns.

Arnaud, Benoît (alias Asian Rocky) et Julien forment Ulysse depuis 2014. Arnaud joue plusieurs instruments et chante, Julien fait principalement du synthé et des machines – « c’est le Jamie XX de Ulysse » – et Benoît de la guitare et du synthé. Mais la distribution des rôles est de moindre importance : « qu’on soit interchangeables dans ce qu’on fait, qu’il n’y ait pas de place fixe, c’est un peu lié à notre philosophie, à notre manière de travailler ». Tout est possible quand on fait tout soi-même, ce qui est le cas du groupe, qui réalise ses visuels et ses clips. « On fait de la musique mais on adore tout le reste. C’est clair que c’est difficile parce que ça nous prend beaucoup de temps d’être sur tous les fronts, mais c’est ça qui nous plaît. On imaginait direct le groupe avec une identité visuelle : on est tous les trois comme ça. Les artistes comme Tame Impala, Solange ou King Krule, qui ont une identité visuelle forte, nous touchent d’office. Les belles vidéos donnent vraiment une autre résonance. Dès le départ, c’était la musique, et l’image qu’on a voulu développer parallèlement. »

Ulysse

Les ondes mélodiques du trio rappellent celles de leurs confrères allemands Sizarr et, pour ceux à qui la référence ne dit trop rien, Arnaud pourrait être le lointain héritier d’un Caleb Followill (Kings Of Leon) remixé à la pudeur électronique des effets voix. Paroles en français et en anglais partagent un même horizon, celui de dire l’enfance introuvable, l’attente que quelque chose se passe et les amours en apesanteur. Voix floutées, synthés étirés et autres sonorités lancinantes donnent envie de divaguer en regardant par la fenêtre. Et si le morceau « Sirens » nous entraîne dans les fonds marins de notre pensée, « Mañana » ne manque pas, juste après, de nous ramener sur le rivage pour nous faire danser. Entre les riffs circulaires et les rythmes précipités, tout est une question de balance.

Ulysse

Comme pour quelqu’un qui essayerait de tenir debout sur sa planche de surf : « Le nom de l’EP est venu très tard. Rien à voir avec la prouesse sportive. Enfin, ça a un peu à voir. C’est plutôt la question de l’équilibre qui nous importe mais aucun de nous n’a fait de surf. C’est un mot très simple et très bref qu’on retient bien pour évoquer plein de thèmes qui se retrouvent sur l’EP. L’idée de cette notion d’équilibre est liée au fait que pendant trois ans, il s’est passé plein de trucs, ça n’a pas été un projet facile, il y a eu des hauts et des bas. ‘Surf’ c’est un peu un truc où tu te fais beaucoup de mal mais que t’adores faire : tu tombes tout le temps, tu bouffes du sable, c’est horrible, mais on aime assez bien l’idée que tu souffres pour faire un truc beau… C’est pas le truc le plus facile à faire mais on le fait ! »

Ulysse

Et puis, s’il n’y a pas beaucoup de surfeurs du côté de Bruxelles, les artistes de la scène musicale, eux,  n’ont jamais autant vu la lumière. « Mais la chanson ‘1000’ (code postal de Bruxelles, NDLR), qui vient de sortir, n’a rien à voir avec Bruxelles. En fait, c’est « mille », mais c’est un peu comme 1995, tu le prononces comme tu veux ! On n’a jamais aimé plus que ça l’histoire de représenter là d’où tu viens, ça ne nous vient pas naturellement. C’est trop cool qu’il y ait des mouvements mais on ne sent pas investi d’une mission. En termes d’affinités et de géographie, bien sûr, on est amenés à fréquenter les gens de cette tendance rap qui domine. Et on en écoute blindé ! Mais on aime bien l’idée de ne pas s’inscrire dans un courant particulier : tu peux en pâtir aussi mais ça sera peut-être plus vite daté. Créer ton propre univers ou quoi, c’est cool. Bruxelles a une importance pour nous parce qu’on y vit, c’est une influence indirecte. »

Ulysse continue de prendre son temps et d’agir avec parcimonie. « Composer à trois c’est super compliqué. On avait envie de sortir un truc dont on était super fiers et ça a mis du temps. On essaye toujours de se dire : ‘est-ce que c’est ça Ulysse ?’ » Réponse dans l’EP aujourd’hui…

Photographie : Guillaume Kayacan

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*
*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.