Japon, hivers

De Soreau à Shigemori, l’âme revisitée des jardins japonais 

Image d'avatar de Benoît Dupuis-TordjemanBenoît Dupuis-Tordjeman- Le 15 septembre 2025

Photographe français, Frédéric Soreau rend hommage à l’œuvre de Mirei Shigemori (1896-1975). Disparu il y a tout juste 50 ans, ce dernier fut l’un des plus grands maîtres du jardin japonais moderne. Une exposition à la redécouverte de cet art nippon à visiter à la Maison de la Culture du Japon à Paris jusqu’au 27 septembre.

Avec de nombreuses cordes à son arc, Frédéric Soreau se décrit comme photographe, auteur, ou guide. Ces différentes occupations lui permettent de « capturer la beauté des paysages et la richesse des cultures, en mettant en lumière les détails qui racontent des histoires uniques », de « raconter, partager, transmettre ses sensations de voyages, ses surprises, ses élans pour des civilisations trop souvent méconnues » et de faire « découvrir ces merveilles à travers des circuits personnalisés ». 

C’est en vertu de ses occupations que Frédéric Soreau rend un hommage vibrant à l’œuvre de Mirei Shigemori, à ses jardins. Il en tire des images épurées et contemplatives qui captent « l’essence même des jardins de Shigemori : leur dépouillement, leur tension, leur mystère ». Et la Maison de la Culture du Japon à Paris de préciser qu’il s’agit avant tout d’un « équilibre fragile entre maîtrise et liberté, entre vide et plénitude, entre nature et création, mais aussi entre le construit et le vivant, entre le visible et l’invisible ».

Afin de célébrer le jardin non seulement comme un art, mais comme une manière d’habiter le temps et de penser la beauté, en accord aussi bien avec l’œuvre photographique de Frédéric Soreau qu’avec l’art de Mirei Shigemori, la MCJP invite les visiteurs à parcourir l’année japonaise au fil des saisons. Une visite qui s’effectue en photographie et en couleur, à travers divers jardins et parcs du pays nippon, de Kyoto à Shiga. 

L’art en friche 

Disparu le 12 mars 1975 à 78 ans, Mirei Shigemori est l’un des plus grands maîtres du jardin japonais moderne, dont il participe justement au renouvellement et à l’actualisation de cet art. Paysagiste, certes, mais aussi penseur, historien de l’art et poète, Shigemori incarne un tournant décisif dans l’esthétique des jardins nippons au XXᵉ siècle, où il mélange élégamment « tradition millénaire et audace contemporaine ». 

Pour lui, « le jardin n’est pas un décor figé, mais un espace de méditation, de création et de transformation, en dialogue permanent avec la nature, la culture, le temps et l’esprit », explique la MCJP. 

Mirei Shigemori découvre l’ikebana (art floral), la cérémonie du thé, l’art du bois, et surtout les jardins dès l’enfance, en partie grâce à sa famille, plutôt cultivée, qui habite le département d’Okayama (sur la partie sud de l’île d’Honshu – la principale du pays – et face à l’île de Shikoku). Son père, en qualité de menuisier amateur, s’occupe du jardin familial. 

« Il ne faut pas se contenter de reproduire les jardins traditionnels d’autrefois, mais bien étudier ces œuvres et s’y référer ensuite pour créer un jardin contemporain. Se référer à elles et les imiter sont deux choses très différentes. »
Mirei Shigemori

L’artiste poursuit sa découverte des arts japonais à l’école des Beaux-Arts de Tokyo où il étudie la peinture japonaise (nihonga), la philosophie et l’art des avant-gardes européennes. L’influence occidentale est d’ailleurs très présente dans son œuvre et Mirei Shigemori devient admirateur de Claude Monet et Paul Cézanne. Et la MCJP de préciser qu’il s’inspire également du « surréalisme, notamment d’André Masson ou Yves Tanguy, qui utilisent le paysage comme projection mentale. Shigemori transpose cette idée au jardin, le concevant comme un espace spirituel, presque onirique – un jardin mental ».

Il publie, dans le courant des années 1930, une œuvre majeure en 26 volumes : Nihon Teienshi Zukan, première grande histoire illustrée des jardins du Japon. Ce travail de recensement des jardins historiques japonais « nourrira sa réflexion sur la nécessité de comprendre profondément la tradition pour mieux s’en libérer ». Des modèles anciens, Shigemori cherche à en extraire les principes esthétiques et philosophiques pour mieux les moderniser à travers l’introduction de nouveaux matériaux (béton, pavés géométriques) et des motifs abstraits (lignes droites, damiers, structures en spirale) et en respectant les codes symboliques du jardin japonais – rochers, sable, mousse, îles sacrées, références taoïstes ou bouddhistes.

Comme « le printemps fait éclore les mousses, l’été intensifie les contrastes, l’automne embrase les feuillages [et] l’hiver révèle les formes enfouies », Shigemori voit en chaque jardin « une œuvre d’art vivante, qui vieillit, change, se transforme et recommence ». C’est cette vision poétique et nostalgique qui le pousse à réinventer les jardins zen, à en respecter l’esprit en l’ouvrant cependant à de nouveaux horizons artistiques, spirituels et symboliques.

L’exposition est à retrouver à la Maison de la culture du Japon à Paris, au 101 bis, quai Jacques Chirac, dans le 15ᵉ arrondissement de Paris, du mardi 2 septembre au samedi 27 septembre 2025. Entrée libre, du mardi au samedi, de 11 h à 19 h. 

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Benoît Dupuis-Tordjeman
Article écrit par :
Journaliste et photographe, je m'intéresse à l'art mais aussi aux sciences. Amateur de grandes randonnées et d'astronomie, j'aime découvrir le monde et en partager la beauté. J'aime aussi communiquer cet amour du beau et parler d'écologie. https://linktr.ee/benoitdt_photographie

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